Introduction
1.
“Les yeux fixés sur le mystère de
l'incarnation du Fils de Dieu, l'Église
s'apprête à franchir le seuil du
troisième millénaire”,
afin d’aller à la rencontre de son
Seigneur dans une fidélité renouvelée,
généreuse et soutenue par l’espérance de
la rencontre finale et définitive.
“Toute année jubilaire est comme une
invitation à la célébration de noces”:
ainsi le pape a-t-il défini cette
célébration jubilaire,
noces de Dieu avec l’humanité par
l’incarnation de son Fils dans le temps.
“Dieu a planté sa tente parmi nous”
(Jn 1,14) afin de demeurer et de
dialoguer avec nous, afin de nous
libérer de tout esclavage et afin de
nous enseigner le chemin de la
solidarité et du service.
2.
Pour nous également, de la grande
Famille du Carmel (religieux -
religieuses - laïcs) cet événement doit
être vécu comme un moment de grâce, un
passage qui nous renouvelle dans une
fidélité créative. Les grands thèmes du
Jubilé (comme le pèlerinage, la Porte
Sainte, la purification de la mémoire,
le témoignage des martyrs, la nouvelle
solidarité prophétique) ont de vives
résonances dans notre coeur et dans
notre foi.
3.
Nous sommes invités à retourner à la
sobriété essentielle de la Règle
comme le firent nos Saints et nos
Saintes, promoteurs et inspirateurs de
re-fondations et de renouvellements.
Nous voulons vous inviter à regarder le
passé, le présent, mais surtout l’avenir
vers lequel nous guide l’Esprit par les
défis des signes des temps et des
lieux.
I
“CONSIDÉRONS NOS VRAIS
FONDATEURS”
1.
Une histoire dynamique
4.
À l’origine de notre Ordre, il n’y a pas
eu de figure charismatique isolée. Il y
a eu un groupe de pèlerins qui, après
avoir laissé l’Occident pour se mettre “au
service du Seigneur”, ont voulu
partager des aspirations et des
expériences, se regroupant sur les
pentes du Mont Carmel. Dans un contexte
de grande ferveur visant au
renouvellement radical de l’Église à la
suite du Christ Pauvre et Maître de
fraternité, l’itinéraire vers la Terre
Sainte et l’habitation en ces lieux
étaient, au 12e siècle, la
forme suprême d’une recomposition des
idéaux.
5.
Se rassembler ici et là dans l’un des
lieux significatifs de l’histoire du
salut requérait une re-lecture des
grandes figures et des grands événements
reliés aux divers lieux. C’est ainsi que
se comprend un témoignage qui parle des
Carmes de cette époque:
“D’autres vivaient en
imitant l’exemple du saint et solitaire
prophète Élie, comme ermites, sur le
Mont Carmel qui s’élève près de la cité
de Porfiria [et Haifa], proche de la
fontaine dite d’Élie, non loin du
monastère de la bienheureuse vierge
Marguerite. Ils vivaient dans la
solitude, chacun pour soi, dans des
grottes comme dans des ruches où, tels
des abeilles, ils confectionnaient le
divin miel de la douceur spirituelle...
ce mont Carmel, sur lequel a demeuré
Élie, est situé à proximité de la mer, à
4 milles d’Acre”.
6.
Telle est notre origine. Nos pères
étaient guidés par un “propositum”
de suite généreuse de Jésus. Il se
concrétisait dans une forme
communautaire inspirée par la méditation
continuelle et “priante” de la
Parole, par le dialogue et par le
discernement communautaire, par le
travail manuel et par le service
réciproque, par la communion des biens,
par une sobriété et une simplicité des
structures et des espaces, par la “centralité”
de l’Eucharistie dans un lieu de prière.
La tradition spirituelle - déjà présente
également en ce lieu par des
établissements précédents de moines
byzantins - était conservée par divers
moyens: la prière psalmique, la
mortification corporelle, la
purification du coeur, la lutte
spirituelle, la solitude, l’ample
flexibilité dans les prescriptions,
l’attente vigilante du retour du
Seigneur.
7.
Dans le transfert forcé vers l’Europe,
ce “propositum” a été conservé
tout en s’associant aux Familles
naissantes des Frères Mendiants. Cela a
permis d’opérer de sages adaptations du
noyau charismatique inspirateur sans
compromettre les grandes intentions
inspiratrices. Le processus du
déracinement de la Palestine et de
ré-insertion en Europe a requis des
choix courageux et une fidélité
dynamique.
2.
Dynamisme pour faire face à de nouveaux
défis
8.
Le Carmel a dû affronter de nouveaux
défis du 15e au 17e
siècles, quand s’est opérée le grand
tournant de la modernité, comportant
l’imposition de la rationalité et
l’émergence d’un nouveau sens de la
dignité de la personne et de son
autonomie. De nombreuses “réformes”
ont surgi à cette époque, réformes qui à
partir du début des années 1400 ont
proposé un retour à l’idéal primitif.
Nos Communautés contemplatives féminines
sont nées et des formes d’agrégations
ont crû parmi les laïcs attirés par la
vie des Carmes. C’est aussi à cette
époque que remonte l’extension
progressive des formes populaires de la
dévotion mariale et la multiplication
des initiatives culturelles et sociales
à l’ombre de nos couvents.
9.
Parmi tous les mouvements de renouveau
il est nécessaire de souligner celui de
Thérèse de Jésus, aidée par Jean de la
Croix. Plus qu’une “réforme” ce
fut une vraie “re-fondation”.
Leur enseignement spirituel et leur
activité de fondateurs de “couvents
et monastères réformés” ont été
durant ces siècles un modèle et une
inspiration pour tout l’Ordre du Carmel.
De plus, pour le Carmel du rameau
antique, tant la réforme de Touraine,
qui a donné des mystiques et des
écrivains spirituels remarquables, que
le rôle joué par Marie-Madeline de
Pazzi, avec sa passion ardente pour
l’Église et son expérience mystique,
dérivée de l’Écriture et de la liturgie,
ont été très féconds.
3.
Une nouvelle prise de
conscience
10. Ce
dernier siècle nous a aidés, avec ses
changements rapides et profonds, à avoir
une conscience croissante de notre
charisme et de notre spiritualité. À la
fin d’un siècle marqué par la
sécularisation, par la recherche de la
justice et de la liberté, et par la
globalisation, se fait jour avec force
une irruption planétaire du besoin de
spiritualité et, de là, d’une expérience
mystique.
11. C’est
proprement à l’intérieur de l’horizon de
cette sensibilité, qui apparaît avec une
extrême clarté au déclin du siècle, que
la Famille carmélitaine
interprète, re-comprend son
charisme et sa mission, de la part de la
Famille carmélitaine. De nombreuses
grandes figures d’écrivains et
d’historiens de la vie spirituelle ont
contribué à cette nouvelle
compréhension. Mais ce sont surtout
l’exemple de vie et l’enseignement
doctrinal des saintes Thérèse de
l’Enfant-Jésus, Docteur de l’Église, et
Édith Stein, du bienheureux Titus
Brandsma et de la bienheureuse Élisabeth
de la Trinité, qui nous aident à
approfondir et à essayer d’inculturer le
charisme carmélitain.
12. Ils ont
en effet perçu les nouveaux problèmes
qui émergeaient et les ont signalés.
Nous en rappelons quelques-uns: la
spiritualité plus ordinaire et la soif
de fraternité plus universelle, le
mystère de la Trinité et le défi de la
culture, un nouveau visage d’Église et
la mémoire de nos origines hébraïques,
la nouvelle communication et la
conscience de la dignité féminine, le
dialogue avec les religions et une
nouvelle théologie de la croix et du
martyre, la “centralité” du
Sauveur et la liberté du chrétien
adulte. Ils nous ont signalé de
nouvelles approches et de nouveaux
langages, inspirés par notre grand
patrimoine et compréhensibles pour les
nouvelles générations.
13. Tout au
long du présent siècle, dans l’une et
l’autre tradition carmélitaine de vie et
d’histoire, on a retrouvé la richesse
des origines: la Règle, les traditions
mariale et élianique, la pratique
pastorale. On a récupéré l’heureuse
originalité de la “re-fondation
thérésienne”, sans nier sa
continuité avec les éléments vitaux des
quatre siècles qui lui étaient
antérieurs. Nous avons eu également la
grâce de la célébration de divers
centenaires et l’inscription au registre
des Saints, des Bienheureux et des
Docteurs parmi nos Frères et Soeurs. Ce
long cheminement nous place face à une
grande obligation: l’appel à répondre
avec fidélité créative au Seigneur qui
parle à nos coeurs dans les signes des
temps et des lieux au seuil du Troisième
Millénaire.
II
FRANCHIR LE SEUIL DU
NOUVEAU MILLÉNAIRE
DOTÉS D’UNE IDENTITÉ
RENOUVELÉE
14. L’un des
symboles les plus évocateurs du Jubilé
est le franchissement de la “Porte
Sainte”. Le pape la traversera le
premier dans la nuit de Noël prochain: “il
montrera à l'Église et au monde le
saint Évangile, source de vie et
d'espérance pour le troisième millénaire
qui vient”.
Nous parviendrons tous comme pèlerins
à la “Porta Sainte”, et la
traversant nous poserons un pas de plus
avec toute l’humanité vers la rencontre
définitive du Christ Seigneur.
15. Ce sont
des gestes et des symboles évoquant pour
nous des valeurs vitales qui ont marqué
notre identité et doivent encore
l’animer et l’orienter. Des expressions
comme: pèlerinage, nuit,
rencontre avec le Christ, porte de la
vie, mais aussi purification de
la mémoire, martyre, réconciliation avec
Dieu et la Communauté, joyeuse
fraternité, cantique de libération,
et d’autres, ont caractérisé les étapes
les plus vivantes de notre spiritualité,
et demeurent encore une source
d’inspiration. En passant ce seuil, nous
portons notre mémoire historique et
suivons quelques indications pour
entrer, munis d’une identité bien
claire, dans ce nouveau millénaire. Nous
les signalons pour nous orienter sur ce
chemin.
16. 1.
Vivre en pèlerinage. L’expérience du
pèlerinage est enracinée dans notre
histoire. Nous devons continuellement
retourner à elle: nous mettre en route
vers la périphérie, vers d’autres
situations socio-culturelles pour
explorer de nouvelles possibilités de
rencontres, de témoignage et de service.
La sagesse inspiratrice de notre
spiritualité nous indique des buts
clairs et des méthodes adéquates pour
vivre la liberté chrétienne et nous
placer au service de nos frères et de
nos soeurs.
17. 2.
Fidèles à la grande Tradition. Un
aspect très évident depuis nos origines
fut l’enracinement dans la grande
Tradition spirituelle du monachisme.
Cette constante a donné naissance à la
recherche de relations vitales avec le
prophète Élie, présenté dans le document
post-synodal Vita consecrata
comme “modèle de vie religieuse
monastique” et comme “prophète
audacieux et ami de Dieu”.
La Règle assume fidèlement la
sagesse spirituelle, ascétique et “orante”
du monachisme classique. L’intense
dévotion à sainte Marie du Mont-Carmel a
des accents patristiques et monastiques:
qu’on pense aux titres de Mère,
Patronne, Soeur, Vierge Très Pure.
La nouvelle interprétation de la
Règle, que nous essayons de relire à
partir des points de vue des divers
contextes géographico-culturels, peut
être un modèle à appliquer même à
d’autres secteurs de notre vie et de
notre spiritualité.
18. 3.
Centrés sur le Christ. Le
christocentrisme essentiel de la
Règle, qui a toujours été exprimé à
partir de la phrase “in obsequio Jesu
Christi” (“dans la dépendance de
Jésus-Christ”), imprègne toute
la Règle et ses prospectives,
comme mouvement structurant interne et
comme prospective eschatologique, dans
ce texte qui se termine en faisant
allusion au Retour du Seigneur Juge et
Sauveur.
Ce trait a connu durant huit siècles de
notables amplifications et aussi de
précieux enrichissements. Tous nos
grands maîtres, de Thérèse de Jésus à
Jean de la Croix, de Marie-Madeleine de
Pazzi à Thérèse de Lisieux, d’Édith
Stein à Titus Brandsma, ont eu une
passion spéciale pour la recherche du
visage du Seigneur, pour le dialogue
avec Lui, pour l’élaboration de nouveaux
langages nécessaires pour décrire les
parcours de la pleine transformation en
Dieu. Selon les sensibilités
linguistiques, éthiques et spirituelles
des lieux et des temps, les diverses
générations de Carmes et de Carmélites
ont contribué à maintenir la “centralité”
du mystère du Christ parmi les modèles
de sainteté et à explorer les
insondables richesses de son
incarnation. Nous aussi nous sommes
invités à continuer ces expériences et à
les vivre en dialogue avec notre
Tradition spirituelle et avec la
religiosité populaire.
19. 4. La
méditation assidue de la Parole du
Seigneur. La méditation de la Parole
est une autre structure vitale du projet
carmélitain d’une vie à la suite du
Christ. Les mots “méditant” et “veillant”
expriment le mouvement de la lecture et
de la méditation, de la prière et de la
re-connaissance avec les yeux du coeur
de la présence du Seigneur dans sa
Parole et dans tous les événements. Ce “méditer
la Parole du Seigneur” à l’école de
la Règle reprise par Thérèse de
Jésus et par d’autres mystiques du
Carmel, prépare à l’oraison conçue comme
dialogue d’amitié avec Dieu, et à une
contemplation qui est union avec Lui,
Parole de Dieu incarnée. Notre charisme
contemplatif et la pratique renouvelée
de la “Lectio divina” ont tout à
gagner d’un dialogue sérieux avec les
nouvelles herméneutiques et les
nouvelles lectures. La Parole de Dieu
dans l’Écriture devient dans la
rencontre contemplative
Parole-de-Dieu-en-nous pour être reliée
avec la Parole-de-Dieu-dans-la-vie. Nous
devons vivre cette lecture de la Parole
non seulement pour nous, mais aussi pour
l’exprimer dans des écoles de
spiritualité, dans des rencontres de “Lectio
divina”, avec une méthodologie
pastorale qui enseigne au Peuple de
Dieu une approche existentielle,
contemplative et “orante” de la
Parole.
20. 5.
L’interpellation de la soif de
spiritualité. Notre Tradition
spirituelle est interpellée de façon
salutaire aujourd’hui par le phénomène,
si souvent incarné dans un
spiritualisme, d’une soif de
spiritualité. À la lumière de
l’expérience et de la doctrine de nos
Saints, nous sommes invités à fournir
des indications et des propositions
pratiques, à offrir des solutions, à
opérer un discernement évangélique, afin
de vaincre le risque d’expériences
superficielles du sacré. Nous sommes
appelés à vivre une spiritualité vitale
et incarnée, inculturée dans les
différents contextes et qui soit non
seulement une théorie mais une
expérience de vie faite de solidarité
avec toutes les personnes, avec leurs
joies et leurs espoirs, leurs tristesses
et leurs angoisses.
21. 6. La
vie fraternelle en Communauté et
l’engagement apostolique. Le projet
d’une fraternité accueillante et
respectueuse, “orante” et
solidaire, pauvre et flexible, apparaît
évidente dans la Règle comme
également dans la re-fondation
thérésienne. Nous sommes aujourd’hui en
mesure de mieux saisir la valeur de ce
modèle original et de l’apprécier. Nous
percevons également en même temps les
nouveaux défis d’une vie de fraternité
authentique, ouverte aux dimensions plus
globales de la solidarité, faisant
croître une “spiritualité de
communion”
qui s’étende aux horizons de
l’évangélisation des peuples, passion de
nos Saints. Thérèse de Lisieux consacre
toute sa vie et son Oeuvre à cette
dimension apostolique de la prière.
Thérèse de Lisieux désire évangéliser à
toutes les époques et au-delà de son
existence terrestre. Titus Brandsma
défend la dignité et la liberté des
personnes contre toute idolâtrie raciste
ou idéologie. Édith Stein vit la
disponibilité à partager le destin
tragique du peuple juif menacé par la
violence de la Shoah (“Holocauste”).
III
ORIENTATIONS PRATIQUES
POUR FRANCHIR LE SEUIL DU NOUVEAU
MILLÉNAIRE
22. Le rappel
symbolique du “franchissement du
seuil” ouvre devant nous de nouveaux
défis et de nouveaux horizons. Nous vous
invitons à en considérer quelques-uns.
23. 1.
Fidélité créative: pèlerins vers
l’authenticité. Nous sommes
héritiers d’une longue et riche
Tradition qui a nourri de nombreux
saints. Alors que franchissons le seuil
de ce nouveau millénaire, nous sommes
appelés à demeurer fidèles à cette
Tradition spirituelle et en même temps à
la ré-interpréter de manière créative
pour les générations futures, de manière
à ce qu’elle puisse continuer à donner
vie à plusieurs, à travers la nuit, là
où “L’Amante en l’Amant est
transformée”.
24. 2.
Cheminant avec Marie, Mère et Soeur.
Marie est une constante présence au
Carmel. Elle nous guide et nous
accompagne pour suivre les traces du
Christ son Fils. Elle nous enseigne à
méditer dans nos coeurs tout ce qui
arrive, à louer Dieu pour ce qui
s’accomplit en nous et par nous. Nous
faisons face, en entrant dans le nouveau
millénaire, au défi de présenter Marie
aux nouvelles générations de manière
telle qu’elle puisse encore être
proclamée Bienheureuse. Cela requiert de
nous de méditer profondément les valeurs
centrales de nos dévotions mariales
traditionnelles, afin d’être capables
d’offrir des façons de nous relier à la
Mère de Dieu qui parle au coeur des gens
au milieu desquels nous vivons.
25. 3. “Lectio
divina”: cheminer avec la Parole.
Toute l’Église a redécouvert ces
dernières années les antiques trésors de
la “Lectio divina”, qui guide de
nombreuses personnes vers les hauteurs
de la contemplation. La Parole de Dieu,
méditée et priée, doit accompagner tout
ce que nous faisons.
De nombreux Carmes du Moyen-Âge étaient
reconnus comme “maîtres de l’Écriture
Sacrée”. C’est la Parole de Dieu qui
donne vie. Immergeons-nous dans cette
Parole pour pouvoir devenir une parole
de vie pour autrui. “Le Père a dit
une parole, qui est son Fils, et
il la dit toujours dans un éternel
silence, et c’est dans le silence que
l’âme l’entend”.
26. 4.
Vocations issues d’autres milieux.
Comme la majorité des Ordres, nous
connaissons un changement radical dû au
lieu de provenance de nos vocations.
L’actuelle diminution des vocations dans
certaines parties du monde par rapport
au passé, et l’abondance dans d’autres
régions changent la figure du Carmel.
Ceux qui nous précédèrent répondirent de
tout leur coeur à ce qu’ils étaient
convaincus que Dieu leur disait. De la
même manière, nous aussi devons essayer
de lire les signes des temps et des
lieux pour suivre Dieu là où Il nous
conduit.
27. 5.
Formation: aider les autres sur le
chemin. Nous avons un devoir: offrir
la meilleure formation possible à ceux
que Dieu nous envoie. Il existe une
grande soif de Dieu dans notre monde et
la spiritualité carmélitaine est
particulièrement apte à répondre à cette
soif et pour conduire les gens plus
avant dans leur relation avec Dieu. Nous
avons souligné ces dernières années
l’importance de la Formation et nous
avons créé un programme de Formation
pour nos Frères, nos Soeurs et les
Carmes laïcs. Une nouvelle étape vitale
est de se concentrer l’attention sur la
formation des Formateurs. Chacun donne
ce qu’il a. Plus nos Formateurs seront
enracinés dans notre Tradition
spirituelle, plus ils auront à offrir à
ceux qui sont en Formation.
28. 6. Vie
communautaire: cheminer ensemble.
Nous savons que nous vivons à une époque
d’individualisme croissant, que nous
devons affronter avec réalisme. La vie
communautaire est essentielle à notre
charisme et à notre mission dans
l’Église. Nonobstant l’individualisme de
notre société, les gens sont à la
recherche de vraies communautés. Le
témoignage de notre vie peut ainsi
devenir plus importante et efficace dans
l’avenir. Pour cette raison, il
est urgent pour nous de favoriser la
fraternité et d’y former nos candidats.
29. 7.
Mission: guider les autres sur le
chemin. Nous regardons vers l’avenir
avec l’espérance et la ferme foi que le
Carmel aura beaucoup à offrir aux
générations suivantes. Les gens
attendent à juste titre des Carmes et
des Carmélites qu’ils soient capables
d’offrir une orientation sûre à partir
de leur expérience de Dieu. Le but du
voyage spirituel est de devenir un avec
le Christ et de vivre déjà une nouvelle
création. Beaucoup de personnes désirent
croître dans leur relation avec Dieu
mais souvent ils n’ont personne pour les
instruire sur le comment cheminer
avec sécurité à travers la nuit obscure
vers la montagne qui est le Christ
Seigneur. À travers toutes les formes
d’apostolat que nous assumons, il est
important de répondre à la nécessité de
guides spirituels qu’ont les gens, et en
même temps de demeurer ouverts aux
témoignages qui nous évangélisent.
30. 8.
Justice et paix: entrer pour sortir.
L’authenticité de n’importe quelle
expérience spirituelle est prouvée dans
la vie quotidienne. Une vraie expérience
de Dieu déborde dans le désir que le
Royaume de Dieu puisse advenir, ainsi
que dans un plus profond engagement en
faveur des valeurs du Royaume. Les
Carmes et les Carmélites chercheront
naturellement à diffuser l’amour et la
connaissance de Celui qu’ils ont
rencontré dans leur prière. Quand nous
voyons que de nombreuses personnes ne
peuvent pas satisfaire leurs plus
élémentaires besoins humains, notre
amour pour Dieu nous empêche d’accepter
tranquillement cette situation. La
contemplation, qui est le noyau du
charisme carmélitain, s’exprime
spontanément par un amour profond du
prochain. Cela comporte la question du
pourquoi il y a ainsi tant
d’injustices dans notre monde. Un
engagement en faveur de la justice et de
la paix s’accorde bien avec une vocation
contemplative. Sans cet engagement,
toute expérience contemplative est
suspecte.
31. 9.
Franchir la porte de notre histoire.
Il y a des portes que nous ne
réussissons pas à franchir en toute
liberté et sincérité: il s’agit de notre
propre histoire, des relations passées
et présentes entre les Carmes de
l’antique observance et les Carmes
thérésiens. Il s’agit de l’influence que
les sensibilités culturelles et
nationales exercent aussi sur les
relations entre nos Provinces, groupes
de monastères à cause de traditions
spirituelles différentes et de
sensibilités ascétiques, ou encore
simplement de préjugés et fermetures
entre personnes individuelles.
Nous devons faire une relecture “libérante”
de certains épisodes ou de moments
historiques moins authentiques, dominés
par des tensions ou par peu de
communion. Nous sommes appelés à donner
le témoignage d’un dialogue de paix et
de pardon réciproque humble et sincère,
d’une nouvelle ère de fraternité et de
coopération dans les différences. Les
multiples formes de dialogue, de
communion et de planification commune
qui se sont développées au cours des 10
dernières années doivent continuer et
devenir plus fécondes; elles doivent
impliquer toutes les personnes et toutes
les institutions. Le niveau de la vie
fraternelle en Communauté sera toujours
le point de départ d’un dialogue et
d’une communion plus ample, qui peut et
doit impliquer aussi les laïcs qui
désirent participer plus intensément à
la spiritualité et à la mission du
Carmel
.
Conclusion
32. Sous la
protection de Marie, contemplée et
expérimentée comme Mère et Soeur
affectueuse dans la Tradition
spirituelle carmélitaine, franchissons
le seuil du troisième millénaire. Elle
continue à nous accompagner par sa
fidélité dans la “sequela Christi”,
par son exemple de méditation “priante”
du coeur, par son invitation à faire ce
que le Maître dit, par son cantique de
reconnaissance et de libération, par sa
présence près de la Croix du Fils
humilié, par sa maternité spirituelle au
milieu des disciples. Franchissons la
porte d’une nouvelle époque en compagnie
du grand prophète Élie et de nos Saints
et Saintes, qui plusieurs fois ont dû
franchir le seuil de nouvelles terres et
de nombreuses frontières. Franchissons
le seuil de notre intériorité pour y
reconnaître, à la lumière du Christ, les
traces de la grâce et de la miséricorde.
Franchissons les seuils fermés de toutes
les portes qui séparent, bloquent la
communication, divisent et refusent la
fraternité et la communion. Franchissons
la porte de ce nouveau millénaire avec
une foi vivante et une espérance active,
afin de servir le Seigneur des siècles
d’un coeur pur et dans une générosité
totale.
Rome, 14 novembre 1999
Fête des tous les Saints
du Carmel
P. Joseph Chalmers OCarm,
Prieur Général - P. Camilo Maccise
OCD, Préposé Général