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“POUR
QUE LE MONDE CROIE”
(Jean 17,21)
Onze années de dialogue et de collaboration
O.CARM - O.C.D.
Bilan et perspectives
Lettre circulaire des Supérieurs Généraux
Fr. Joseph Chalmers, O.Carm.
et
Fr. Camilo Maccise, O.C.D.
Rome, 2003
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Chers frères et soeurs dans le Carmel :
1. Au terme de la première année
du P.Joseph Chalmers à la tête de
l’Ordre du Carmel pour un second
sexennat, et à quelques mois de la fin
du mandat du P. Camilo Maccise, O.C.D,
comme Préposé Général du Carmel
Thérésien, nous tenons à vous adresser
cette lettre commune, où nous voudrions
exprimer notre action de grâce à Dieu
pour le chemin que nos deux Conseils
Généraux ont déjà parcouru ensemble,
dans la recherche du dialogue et d’une
collaboration efficace. En même temps,
nous voudrions vous proposer quelques
réflexions à ce sujet.
Une collaboration demandée par l’Eglise
2. Vita Consecrata, dans la
ligne de Vatican II (1) invite les
Supérieurs et les Supérieures
d’Instituts religieux à un dialogue
constant “afin de promouvoir la
connaissance réciproque, comme condition
nécessaire d’une collaboration efficace,
surtout dans le domaine pastoral” (2).
En même temps, le texte voudrait
stimuler “la relation fraternelle sur le
plan spirituel et la collaboration
mutuelle entre les divers Instituts de
vie consacrée et les Sociétés de vie
apostolique”, sur la base de la fidélité
au charisme propre à chacun (3). Guidés
par ces enseignements de l’Eglise et
conscients de trouver un signe des temps
dans l’appel au dialogue et à la
collaboration entre familles
religieuses, nous avons fait l’effort de
nous ouvrir aux chemins de l’Esprit. Un
autre motif s’impose d’ailleurs à nous à
ce sujet: nos racines sont
communes:”gardez toujours devant les
yeux la race dont nous descendons, celle
de tous les saints prophètes” (4).
“Rappelez-vous quels sont nos vrais
fondateurs: ces saints pères dont nous
descendons, et dont nous savons qu’ils
jouissent de Dieu, pour avoir pris le
chemin de la pauvreté et de l’humilité”
(5).
Origine et développement
3. Après un certain nombre
d’entretiens préparatoires,
le première
rencontre des deux Conseils Généraux a
pu se réaliser le 6 décembre 1991. Ce
fut vraiment un jour historique. Tout se
déroula dans une ambiance simple et
fraternelle. La première partie fut
occupée par une présentation mutuelle
des participants et l’exposé du travail
que chacun assure pour le service de son
Ordre religieux. Puis la rencontre se
poursuivit par une mise en commun des
expériences en matière de vocations et
de formation, avant d’échanger sur la
nouvelle évangélisation, sur
l’engagement pour la justice et pour la
paix. Après quoi le repas, pris en
commun avec toute la communauté de la
Curie du Carmel Thérésien, ne pouvait
que confirmer et prolonger l’ambiance de
fraternité qui s’était créé. On décida
de maintenir les contacts, afin
d’approfondir certains sujets ensemble
et d’ouvrir ainsi de nouveaux chemins
pour un échange plus intense et une
collaboration plus forte, dans le
respect de nos identités respectives et
de notre autonomie. Enfin le projet fut
émis et approuvé, d’organiser désormais
deux réunions annuelles: la première en
mai à la Maison Généralice O.Carm, et la
seconde en décembre à la Maison
Généralice O.C.D.
Ainsi commençait pour nous cette
nouvelle étape de rapprochement et de
collaboration, dont l’exemple nous était
déjà donné par certains Ordres et
Congrégations religieuses qui
comprennent aussi plusieurs branches
nourries aux mêmes racines et portées
par un même tronc commun, comme par
exemple les Ordres de la famille
franciscaine. Et nous avons voulu
persévérer dans ce chemin durant les
onze dernières années, malgré les
difficultés. Maintenant, à l’heure de
faire le bilan du parcours, nous
tenterons de vous faire partager ce que
nous avons vécu, tout en vous laissant
entrevoir quelques pistes pour nos
relations futures et nos efforts
communs.
I
DANS LA JOIE DE L’ESPÉRANCE
(Rom 12,12)
Le travail de la charité
4. Chacun sait qu’avant d’ouvrir
un dialogue au niveau des Conseils
Généraux et d’étudier un style de
collaboration, nos deux Ordres religieux
multipliaient déjà les initiatives
communes en bien des parties du monde,
comme l’Espagne, les Etats-Unis, les
Philippines, etc..,où
les relations fraternelles étaient
excellentes, tant au niveau local qu’au
niveau provincial. En revanche, il faut
avouer qu’en d’autres régions certains
préjugés mutuels restaient tenaces,
rendant difficiles le rapprochement et
l’échange. Aujourd’hui, il est clair que
ces appréhensions sont dépassées, et que
les relations se font de plus en plus
positives.
5. Dans tous nos échanges et
nos dialogues, nous nous sommes appuyés
sur la conviction que, si nous
constituons des Ordres différents, nous
gardons nos racines communes près de la
source d’Elie, au Mont Carmel. A partir
de la “refondation” thérésienne, nos
routes ont pris des orientations
différentes, mais c’était pour assurer
le même effort: vivre les valeurs de la
spititualité carmélitaine. Aussi notre
intention n’a-t-elle jamais dévié: nous
voulons approfondir ce que nous avons en
commun et respecter ce qui nous
distingue.
Comme nous l’avons déjà dit dans notre
lettre commune Pour franchir la Porte
Sainte, écrite à l’occasion du Grand
Jubilé de l’an 2000 :
“Il y a des portes que nous ne
réussissons pas à franchir en toute
liberté et sincérité: il s’agit de notre
propre histoire, des relations passées
et présentes entre les Carmes de
l’antique observance et les Carmes
thérésiens. Il s’agit de l’influence que
les sensibilités culturelles et
nationales exercent aussi sur les
relations entre nos provinces ou groupes
de monastères, à cause de traditions
spirituelles diffèrentes et de
sensibilités ascétiques, ou encore
simplement de préjugés et de fermetures
entre personnes individuelles. Nous
devons faire une relecture “libérante”
de certains épisodes ou de moments
historiques moins authentiques, dominés
par des tensions ou par trop peu de
communion. Nous sommes appelés à donner
le témoignage d’un dialogue de paix et
de pardon réciproque humble et sincère,
d’une nouvelle ère de fraternité et de
coopération dans les différences. Les
multiples formes de dialogue, de
communion et de planification commune
qui se sont développées au cours des dix
dernières années doivent se continuer et
devenir plus fécondes; elles doivent
impliquer toutes les personnes et toutes
les institutions. Le niveau de la vie
fraternelle en communauté sera toujours
le point de départ d’un dialogue et
d’une communion plus ample; et celle-ci
peut et doit impliquer aussi les laïcs
qui désirent participer plus intensément
à la spiritualité et à la mission du
Carmel” (6).
En avant, dans la foi et la
confiance
6. Malgré certaines
difficultés évidentes, nous sommes donc
fermement décidés à poursuivre le chemin
entrepris. Nous éclairant de
l’expérience et de l’enseignement de
saint Paul au sujet de son propre
ministère, nous acceptons dans nos vases
d’argile la charge de notre mission.
Avec l’aide de Dieu et l’appui de nos
frères, nous tentons de vivre sans nous
décourager ce que dit encore l’Apôtre
pour exhorter sa communauté de Rome:
“Que votre amour soit sincère. Fuyez le
mal avec horreur, attachez-vous au bien.
Que l’amour fraternel vous lie d’une
mutuelle affection; rivalisez d’estime
réciproque. D’un zèle sans nonchalance,
d’un esprit fervent, servez le
Seigneur. Soyez joyeux dans l’espérance,
patients dans la détresse, persévérants
dans la prière”(Rom
12, 9-12). Ajoutons qu’un appui
nettement majoritaire, tel qu’il
qu’il s’exprime dans nos deux Ordres,
contribue fortement à nous encourager.
Initiatives pour la collaboration
7. La “joie de l’espérance” a
toujours été celle d’une espérance
active et responsable. Pour y répondre,
nous avons voulu, dès le début, prendre
un certain nombre d’initiatives sur les
plans de l’échange et de la
collaboration. Deux commissions mixtes
O.Carm. et
O.C.D.ont été nommées, l’une pour la
spiritualité et l’autre pour la
formation. Nous avons décidé d’échanger
nos programmes, de nous communiquer
mutuellement nos initiatives, de nous
inviter mutuellement aux Congrès
Internationaux organisés par un Ordre ou
par l’autre. C’est ainsi que
l’élaboration d’un Dictionnaire
Carmélitain a pu être envisagée,
ouvrage dont la publication ne saurait
plus tarder. Des rencontres entre
formateurs et jeunes religieux des deux
branches ont déjà pu s’organiser,
de même qu’un Congrès de
Mariologie de niveau international, et
une rencontre des psychologues O.Carm.
et O.C.D.
consacrée à une étude concertée des
rapports entre psychologie et
spiritualité. Sachons aussi que tous les
Congrès internationaux de chaque Ordre
comptent toujours avec la présence de
l’autre. Ajoutons que, pour le
monde latino-américain, et toujours à
l’initiative des Conseils Généraux, une
commission théologique mixte a été crée
( 7 membres
de chaque Ordre) pour étudier les
problèmes de la spiritualité
carmélitaine en Amérique Latine. Depuis
huit ans, ce groupe se réunit chaque
année. Comme fruits de ses réflexions,
il a déjà publié plusieurs livres pour
une meilleure incarnation de la
spiritualité du Carmel en Amérique
Latine, en présentant nos saints et nos
saintes dans un langage accessible à ces
milieux socio-culturels et ecclésiaux.
Nous avons aussi publié, à l’occasion de
certaines célébrations ou
d’anniversaires pour un Ordre ou pour
l’autre, des lettres signées par les
deux Supérieurs Généraux, après avoir
été préparées par les deux Conseils. Et
les Supérieurs Généraux se sont invités
mutuellement à participer durant une
journée à leurs Chapitres
respectifs, pour y partager la
réflexion et présider l’Eucharistie.
Enfin, en diverses occasions, l’un ou
l’autre Père s’est vu appelé à diriger
un cours ou à donner une conférence dans
le cadre des Définitoires
extraordinaires ou des réunions
régionales.
II
SOUVIENS-TOI DE TOUT LE CHEMIN QUE LE
SEIGNEUR
T’A FAIT PARCOURIR
(Deut 8,2)
8. Au cours des trois
dernières années, nous avons eu deux
rencontres significatives : la première
au Mont-Carmel, et la seconde à
Aylesford (Angleterre). Ces deux
évènements ont permis aux deux Conseils
Généraux de vivre ensemble pendant une
semaine. Ensemble nous avons donc pu
réfléchir, reprendre conscience de nos
origines, retrouver la place de Marie au
Carmel, repenser les diverses modalités
suivant lesquelles nos deux branches
vivent concrètement les éléments de la
spiritualité carmélitaine.
Rappel historique de nos origines
9. La rencontre du
Mont-Carmel trouva sa place à la fin du
Définitoire Extraordinaire O.C.D. au
mois d’octobre 1999. Durant toute
une semaine, nous avons prié ensemble;
nous avons visité les lieux bibliques,
en nous aidant du livre écrit par quatre
Carmes thérésiens :Prier
en Terre-Sainte; et naturellement
nous avons réfléchi sur les origines
premières de l’Ordre, sur la Règle. Nous
avons retrouvé le prophète Elie, modèle
et inspirateur des premiers Carmes qui
entreprirent de vivre en ces lieux au
XIIème siècle, et qui reçurent du
Patriarche Albert de Jérusalem notre
Règle ou “Formule de vie”. En visitant
les ruines du Wadi-es-Siah, nous avons
évoqué la vie érémitico-cénobitique de
“ces saints pères”. Ensemble nous avons
médité les valeurs fondamentales de la
Règle; valeurs qui, si nous les
regardons suivant différentes
perspectives socio-culturelles et
ecclésiales, nous apparaissent comme
autant de fenêtres permettant de
découvrir la richesse intégrale de ce
texte, et son actualité pour répondre
aux défis nouveaux de notre vie
carmélitaine appelée à s’incarner en
diverses cultures. Et par le fait même,
nous avons pu apprécier la valeur et
l’actualité de l’expérience faite par
ceux qui nous ont précédés.
10. En outre, nous avons vu
comment le projet de vie évangélique de
la Règle se trouve simplifié,
unifié et centré en Jésus-Christ, dans
la communion de l’Eglise. Nous avons
noté qu’il offre à chacun un projet de
structuration personnelle: avec Dieu
(oraison), avec les autres (activités
commuanutaires) et avec soi-même
(intériorité, méditation personnelle).
Nous avons remarqué que chacun de nos
Ordres a sa manière propre de fréquenter
la Règle, en fonction de ses
expériences vocationnelles vécues au
long des siècles. L’expérience de sainte
Thérèse et de saint Jean de la Croix par
exemple, et leur manière d’interpréter
la Règle, sont nécessairement assumées
d’une façon spéciale par les Carmes
thérésiens. En retrouvant l’esprit selon
lequel se sont multipliées leurs
lectures et relectures de la Règle,
ceux-ci se retrouvent dans leur élément;
et ceci leur permet d’exercer leur
influence sur tous ceux qui cherchent
des exemples de la maturité des fruits
du Carmel. Bref, nous avons vécu des
jours de grâce, sans nous dispenser
d’examiner aussi, avec tout le réalisme
possible, les questions posées par les
circonstances actuelles; et ceci nous a
obligés à considérer certains aspects
pratiques de nos relations mutuelles.
11. Nous avons rappelé le passage
de l’Ordre de l’Orient à
l’Occident, sa capacité d’adaptation
dans le courant des Ordres mendiants, en
même temps que son attachement aux
valeurs contemplatives et érémitiques de
ses origines. Notre parcours historique
nous a conduits à reconnaître les temps
de décadence, à rappeler les mouvements
de réforme qui se sont succédés avant et
après Thérèse de Jésus et Jean de la
Croix, et finalement à retrouver la
“refondation” entreprise par ceux-ci
lorsque, dans leur fidélité aux racines
du Carmel, ils ont voulu ouvrir à
l’Ordre des horizons nouveaux, afin de
pouvoir répondre aux défis de leur
temps. Ils sont partis d’une expérience
qu’ils ont exprimée dans leurs écrits,
éclairant ainsi leur chemin nouveau.
Mais leur influence ne devait pas se
limiter à l’Ordre fondé par eux; elle
allait porter aussi ses fruits dans la
branche ancienne, et finalement dans
toute la spiritualité chrétienne.
Avec Marie, la Mère de Jésus
12. Un an et demi plus tard,
les deux Conseils Généraux devaient se
retrouver à nouveau pour une semaine.
Cette fois, la rencontre se fit à
Aylesford (Angleterre), sur les lieux
marquès par la grâce du Scapulaire
carmélitain. Et l’attention se centra
principalement sur la préparation de la
Lettre commune des deux Supérieurs
Généraux: Avec Marie, la Mère de
Jésus, pour l’occasion du 750ème
anniversaire du Scapulaire. Aussi la
profonde dévotion mariale de l’Ordre
s’affirma-t-elle comme un élément commun
très fort chez les deux Ordres
carmélitains. Ensemble nous avons
dialogué sur notre héritage marial face
aux défis de l’Eglise et du monde
aujourd’hui. Nous avons souligné combien
Marie est contemplée au Carmel comme une
Mère, une Patronne, une Soeur et un
Modèle. nous
avons retrouvé le Scapulaire comme un
signe qui invite tous les membres
de nos deux Ordres: religieux,
religieuses, laïcs et congrégations
associées, à poursuivre leur
engagement, dans la lancée de
l’année mariale carmélitaine qui
s’est terminée par l’audience sur la
Place Saint-Pierre, le 12 septembre
2001, où le Pape a couronné
solennellement l’image de la Vierge du
Carmel.
Ces deux rencontres nous ont permis de
rappeler ce que Dieu a fait par le
Carmel au long de l’histoire, et nous
ont conduit à proclamer à nouveau notre
“Credo historique” commun et
particulier, dans le style du “Credo
historique” du peuple d’Israël (cf. Deut
26,5-9).
III
OUBLIANT CE QUI RESTE DERRIÈRE,
REGARDONS EN AVANT
(Phil 3,13)
Un bilan positif
13. Dans notre dernière
réunion des deux Conseils Généraux, à la
fin de cette année 2002, nous avons fait
le bilan du chemin parcouru
jusqu’aujourd’hui dans les domaines du
dialogue et de la collaboration. Ceci
nous a donné de voir ce qui s’est déjà
fait et ce qui reste à faire. Voici un
an, l’Ordre des Carmes commençait un
nouveau sexennat. Dans quelques mois,
nous aurons la fin du sexennat en cours
pour le Carmel thérésien.
Telle est la situation dans laquelle
nous réaffirmons, pour autant que
le chose
dépende de nous, notre décision de
continuer à approfondir notre fraternité
et notre collaboration. Les conflits et
les tensions provoqués par l’histoire
doivent donc être abandonnés au passé,
et nous laisser nous ouvrir au futur
“vers lequel l’Esprit nous pousse, avec
l’intention de continuer à faire de
grandes choses avec nous” (7)
En examinant les réalisations obtenues,
nous avons noté clairement notre
croissance dans la communication et la
collaboration. Dans nos deux Ordres, les
préjugés mutuels sont tombés peu à peu,
tandis que grandissait la collaboration
au niveau national et au niveau
régional.Et nous sommes désormais
engagés à favoriser le développement
d’ initiatives
communes, comme l’Institut d’Etudes
Carmélitaines aux Etats-Unis, et
d’autres projets qui se sont fait jour
ici ou là.
Nouveaux défis
14. De même que l’Eglise
comme telle, et la vie consacrée dans
son ensemble, il nous faut affronter les
provocations d’une réalité en mutation.
Aussi nous sera-t-il nécessaire
d’ouvrir, dans un avenir prochain, de
nouveaux espaces à la recherche et à la
réflexion, au niveau des Définitoires
Généraux. Nous avons à nous
demander comment vivre et comment
transmettre aujourd’hui les grandes
valeurs qui sont communes à nos
deux Ordres: la méditation de la Parole
de Dieu “nuit et jour”, la “vie en
dépendance de Jésus-Christ”, le
témoignage et la communication d’une
spiritualité forte de ses racines
bibliques, le renouvellement et
l’actualisation d’une dévotion
mariale plus biblique, plus
anthropologique, plus liturgique et plus
oecuménique. Ensemble, nous voudrons
découvrir les chemins du vrai dialogue
interreligieux, et trouver la
réponse que la spiritualité peut donner
à la recherche du sacré et à la
nostalgie de Dieu. A partir de
l’expérience de Dieu de Notre Seigneur
Jésus-Christ, nous nous sentons aussi
appelés à un engagement pour la justice
et pour la paix, avec une option
préférentielle pour les pauvres comme
“signe d’authenticité évangélique et
stimulant de conversion permanente”(8).
Aussi nous faudra-t-il envisager la
possibilité d’initiatives générales à
mettre en oeuvre, dans une mutuelle
collaboration et dans le respect de nos
identités respectives. Ainsi,
l’ouverture à la collaboration au sein
de la grande famille carmélitaine dans
le monde (religieux, religieuses, laïcs,
instituts affiliés) devrait produire un
effet multiplicateur, quand il s’agira
de mettre au service de l’évangélisation
le charisme et la spiritualité du
Carmel, que Dieu nous a confiés pour le
service de nos frères et de nos soeurs.
Et ceci, nous devons l’assurer à tous
les niveaux: de la religiosité populaire
à la réflexion théologique et
interdisciplinaire, du champ
missionnaire au domaine intellectuel.
Unité dans la diversité
15. Au terme de cette
réflexion que nous vous adressons, nous
tenons à vous affirmer, chers frères et
soeurs, ce qui s’est avéré très clair à
nos deux Conseils Généraux, et que
beaucoup n’ont pas encore compris ou
n’ont pas voulu comprendre. Nous pensons
ici à certains présupposés
indispensables pour que notre dialogue
et notre collaboration gardent des bases
solides, sans menacer de nous conduire à
une perte de l’identité propre à
chaque Ordre.
Jamais nous n’avons désiré une
fusion juridique, jamais nous n’en avons
parlé. Nous pensons plutôt que notre
diversité est une richesse pour les deux
Ordres. C’est dans le respect de nos
autonomies respectives et de nos milieux
propres que nous avons voulu nous
ouvrir, sans confusion et sans ambigüité,
aux interpellations de l’Esprit à
travers les signes des temps et à
travers ses propres invitations à
la communion et à la collaboration entre
Instituts: “Les relations spirituelles
fraternelles et la collaboration
mutuelle entre les divers
Instituts de vie consacrée et les
diverses Sociétés de vie apostolique
sont renforcées et nourries par le sens
ecclésial de la communion. Des
personnes unies par un engagement commun
dans la Sequela Christi et
animées par le même Esprit-Saint ne
peuvent que manifester visiblement la
plénitude de l’Evangile de l’amour,
comme des sarments de l’unique Vigne”
(9).
La dernière Instruction de la
Congrégation pour les Instituts de vie
consacrée et les Sociétés de vie
apostolique reprend cet appel à la
communion, en invitant tous les Ordres
dans l’Eglise à bien découvrir leurs
communes racines évangéliques, en vue
d’atteindre au meilleur charisme,
c’est-à-dire à la charité (10).
L’insistance doit être encore plus forte
entre les Instituts qui ont des racines
communes, comme c’est notre cas.
Conclusion : ouverts à l’Esprit
dans le discernement de la foi
16. Chers frères et soeurs,
nous avons tenu à nous adresser à vous,
avant le Chapitre Général du Carmel
thérésien, pour vous faire partager
l’expérience du cheminement amorcé voici
onze ans. S’il est vrai que la communion
et la fraternité sont des signes de la
présence de l’Esprit, nous pouvons vous
assurer que l’Esprit a été présent parmi
nous. Vers où va nous conduire cet
Esprit, nous ne pouvons le savoir, mais
nous sommes sûrs qu’il guidera notre
marche. “Le vent souffle où il veut, tu
entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où
il vient, ni où il va. Ainsi en est-il
pour qui naît de l’Esprit” (Jean 3,8).
Le dialogue se poursuivra entre les deux
Ordres et à tous les niveaux, nous
en avons la ferme espérance. Et ceci
aidera tous les Carmes à connaître en
profondeur leur histoire et leur
spiritualité, pour le plus grand bien de
l’Eglise entière. Nous avons tenté de
répondre aux défis du moment présent. Il
reviendra aux prochaines générations de
discerner dans la foi le chemin de
l’Esprit pour l’avenir.
Dans sa Lettre apostolique pour la
clôture de l’année jubilaire, Jean-Paul
II invitait à vivre l’esprit de
communion en Eglise et signalait
quelques pistes qui pourront nous
servir:
“La spiritualité de la communion, c’est
aussi la capacité de voir avant tout ce
qu’il y a de positif dans l’autre, afin
d’accueillir cela et de
l’apprécier comme un cadeau de Dieu, un
“don pour moi”, comme il est déjà un don
pour ce frère qui l’a reçu directement.
En fait, il s’agit de savoir “offrir un
espace” au frère, en portant la charge
les uns des autres (cf.Gal &,2). (11)
Que “la grâce du Seigneur Jésus-Christ,
l’amour de Dieu et la communion de l’Esprit-Saint
soient avec vous tous” (2Cor 13,13).
Rome, Noël 2002 - Nouvel-An 2003
Fr. Joseph Chalmers, O.Carm.,Prieur
Général
-
Fr Camilo Maccise, O.C.D.,
Préposé Général
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Notes:
1- cf PC 23
2- VC 50
3- ib.52
4- Fund. 29,33
5- id. 14,4
6- Pour franchir la Porte Sainte,31.
cf VC 54
7- VC 110
8- VC 82
9- VC 52
10-cf Marcher avec le Christ, 30
11- Novo Millennio Ineunte, 43
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