Document capitulaire

EN MARCHE
AVEC S. THÉRÈSE DE JÉSUS
ET S. JEAN DE LA CROIX

REPARTIR DE L'ESSENTIEL

Chapitre Général des Carmes Déchaux
Avila - 17 mai 2003

 


 

PRÉSENTATION

Chers Frères:

Je vous adressse le document capitulaire En marche avec S.Thérèse de Jésus et S.Jean de la Croix. Repartir de l'essentiel, fruit de la réflexion de l'Ordre et fruit de notre Chapitre Général 2003. Cette réflexion commença en l'an 2000, avec un "Document de consultation" qui reçut en réponse les remarques de la plus grand partie des circonscriptions de nos religieux, auxquelles vinrent s'ajouter les observations spontanées d'un grand nombre d'Associations, Fédérations ou Monastères de nos Soeurs, ainsi que des Fraternités du Carmel Séculier, de certains groupes ou de certaines personnes en lien avec le Carmel thérésien. (cf Lettre de présentation de l'"Instrumentum Laboris" du P. Général Camilo Maccise, 19 mars 2001). Cet "Instrumentum Laboris" provisoire fut soumis à l'étude du Définitoire Extraordinaire de Nairobi (Kénia) en février 2001; à la suite de quoi fut élaboré un "Instrumentum Laboris" définitif. Celui-ci a été examiné ensuite dans les diverses circonscriptions et dans leurs Chapitres provinciaux de 2002. Et finalement le Définitoire Extraordinaire de Lipa (Philippines), en septembre dernier, a élaboré le texte qui devait être présenté au Chapitre Général tenu à Avila du 28 avril au 18 mai de la présente année 2003.

Le Chapitre Général s'est jugé en devoir de faire une nouvelle révision du document, en se centrant principalement sur la partie pratique. Pour des raisons de clarté, de simplicité et de réalisme pratique, les Pères capitulants ont jugé opportun de résumer de façon concise, dans une troisième partie, leurs propres orientations pratiques. Ainsi la seconde partie, qui avait d'abord été conçue comme une unité orientée vers la pratique, reprenait pour sa part un caractère doctrinal, en s'appliquant à mettre en lumière les défis du monde actuel et à signaler quelques pistes pour bien aller à sa rencontre.

Les conclusions pratiques de la troisième partie sont donc à interpréter à la lumière de toute la partie doctrinale qui précède. D'ailleurs elles ne représentent nullement ce qu'on peut espérer d'une assimilation de la réflexion doctrinale, dont les horizons sont bien plus vastes et plus profonds.

Dans la langue originale du texte (l'espagnol), le titre porte le mot "volver" (retourner, revenir), que les traductions à d'autres langues rendent inévitablement et légitimement de diverses manières. Toujours est-il que le sens du mot ne peut être celui d'une régression historique; il s'agit bien plutôt de chercher l'authentique toujours présent et qui nous attire à partir du futur.

En cette solennité de Pentecôte, c'est avec toute ma ferveur et toute ma joie que je demande l'effusion de l'Esprit du Père, de l'Esprit de Jésus, sur le Carmel, pour le bien de l'Eglise et du monde entier.

Rome, le 8 juin 2003,

Luis Aróstegui, OCD - Préposé Général

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EN MARCHE AVEC S. THÉRÈSE DE JÉSUS ET S. JEAN DE LA CROIX

REPARTIR DE L'ESSENTIEL

AUX RELIGIEUX, MONIALES ET LAICS DU CARMEL THÉRÉSIEN

PROLOGUE

1. Nous avons ou nous pouvons avoir aujourd'hui une connaissance de notre charisme comme jamais peut-être dans notre histoire. De nos jours plus que jamais, les lecteurs les plus divers, dans et hors de l'Église, en appellent à nos saints et à la spiritualité de notre famille. Ils réclament légitimement de nous que nous leur fassions part de cette richesse. Nos Constitutions, en particulier le chapitre premier, récapitulent les éléments essentiels de notre charisme. Leur expression est le fruit d'une prise de conscience renouvelée à partir de Vatican II. Toutefois, nous devons nous demander comment nous pouvons répondre grâce à notre charisme aux exigences des signes des temps dans l'Église et dans le monde, ainsi qu'aux grandes et légitimes aspirations humaines et religieuses des nouvelles générations, afin qu'elles puissent remplir, de manière plus efficace et actualisée, la mission du Carmel thérésien au troisième millénaire.

2. Les expériences vécues par l'Ordre dans la période post-conciliaire "doivent susciter en nous un dynamisme nouveau qui nous incitera à investir en initiatives concrètes l'enthousiasme que nous avons éprouvé (...). Dans la cause du Royaume, il n'y a pas de temps pour regarder en arrière, et encore moins pour s'abandonner à la paresse (...) Il importe toutefois que ce que nous nous proposerons, avec l'aide de Dieu, soit profondément enraciné dans la contemplation et dans la prière"(1). Ces paroles de Jean Paul II nous tracent un itinéraire de renouveau qui part de la contemplation du Christ souffrant et ressuscité pour cheminer avec Lui, nourris par sa Parole que nous devons écouter et annoncer. Ainsi, nous pourrons être les "témoins de l'amour" et affronter les défis actuels: les problèmes pour établir la paix, le mépris des droits fondamentaux de tant de personnes, le déséquilibre écologique, le respect de la vie de chaque être humain, les nouvelles potentialités de la science. La charité "se fera alors nécessairement service de la culture, de la politique, de l'économie, de la famille, pour que partout soient respectés les principes fondamentaux dont dépendent les destinées de l'être humain et l'avenir de la civilisation ... Ce versant éthique et social constitue une dimension absolument nécessaire du témoignage chrétien: on doit repousser toute tentation d'une spiritualité intimiste et individualiste, qui s'harmoniserait mal avec les exigences de la charité, ou même avec la « logique » de l'Incarnation et, en définitive, avec la tension eschatologique du christianisme. Si cette dernière nous rend conscients du caractère relatif de l'histoire, cela ne conduit en aucune manière à nous désengager du devoir de construire cette histoire"(2).

3. Le thème de notre Chapitre Général s' est formulé ainsi: En marche avec S. Thérèse de Jésus et S. Jean de la Croix. Repartir de l'essentiel. Ceci impliquait une réflexion, amorcée déjà au Chapitre Général de Lisieux, sur l'avenir du Carmel au début du troisième millénaire et également sur l'avenir de la vie consacrée. Celle-ci, comme le dit le document Vita consecrata, "est partie intégrante de la vie de l'Église"(3) et, par conséquent, elle ne pourra lui faire défaut(4). Le même document, lorsqu'il regarde vers le futur, évoque avec réalisme la possibilité pour certains Instituts "de courir même le risque de disparaître" alors que d'autres "rencontrent plutôt le problème de la réorganisation des oeuvres"(5).

4. Il est certes difficile de prédire l'avenir. Toutefois, si nous sommes capables d'analyser les signes des temps et des lieux, nous pourrons y découvrir la semence qui nous fera prévoir, du moins partiellement, ce qui adviendra. Quelle est, dans cette perspective, la situation du Carmel masculin et féminin aussi bien que séculier? La réponse à cette question exige une analyse de la situation du monde, de l'Église et de la famille du Carmel. Nous enracinerons cette évaluation dans la fidélité aux lignes essentielles du charisme thérésien et sanjuaniste exprimées dans nos Constitutions, afin de relever ainsi les défis de notre temps. C'est l'Esprit qui nous pousse vers l'avenir pour continuer de faire avec nous de grandes choses(6).

5. Ce Document est fondamentalement destiné aux frères. Si nous l'envoyons à nos surs de vie contemplative et aux laïcs du Carmel thérésien, c'est parce que nous souhaitons nous enrichir de leurs points de vue et de leurs perspectives pour renouveler notre vie. En aucun cas, nous ne prétendons remettre en cause leur style de vie auquel ils doivent, comme le demande l'Église, une fidélité créatrice. C'est aux moniales et aux laïcs de la famille du Carmel thérésien qu'incombe directement la réflexion sur leur vie et sur le renouveau que l'Esprit leur demande à travers le Magistère de l'Église, en particulier dans les Synodes sur la vie consacrée et sur les laïcs, avec leurs documents post-synodaux respectifs.

INTRODUCTION

UN REGARD SUR LA RÉALITÉ

6. Guidés par le Magistère de l'Église, nous voulons, avec Elle, " scruter les signes des temps et les interpréter à la lumière de l'Evangile ... Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique"(7). Nous faisons tout cela en tant que Carmes thérésiens et avec les yeux de la foi. Nous signalerons seulement quelques traits fondamentaux du monde actuel où ces éléments sont présents d'une manière ou d'une autre, compte tenu des différences existant dans les divers contextes socio-culturels et ecclésiaux.

1. Une situation d'exil et d'espérance

7. Nous vivons dans une époque que certains ont comparée à l'exil. De même qu'Israël se trouva en cette période de son histoire dépouillé de toutes ses sécurités (le temple, lieu de la présence de Dieu; Jérusalem, capitale du Royaume et centre d'unification du peuple; la monarchie, point de référence de son identité comme nation), de même dans l'Église et dans la vie consacrée, particulièrement en Occident, nous avons perdu beaucoup des éléments de sécurité que nous avions dans un passé récent. Se sont fait jour la recherche, l'incertitude, la pluriformité, la désorientation. Comme le peuple d'Israël, la vie consacrée s'est tout à coup retrouvée sans ses certitudes du passé.

L'exil n'est pas seulement un événement extérieur. Il s'agit d'une expérience spirituelle. L'omniprésent sanjuaniste "sortir de..." et la "Nuit obscure" qui définissent tout notre chemin spirituel, l'inévitable passage "par des chemins nouveaux, inconnus et inexplorés" "pour aller vers des terres inconnues"(8), nous font aborder la même réalité. En situation d'exil, les personnes qui ont dû franchir des frontières conservent cependant dans leur coeur des liens spirituels et la nostalgie de ce qu'elles ont quitté. Elles souffrent de ce qu'elles ont perdu et qui continue à faire partie de leur identité. La vie consacrée, et notre Ordre en particulier, a dû tracer de nouvelles frontières à partir d'une situation d'exil. Or il faut avoir une profonde vie spirituelle pour affronter de nouveaux confins et franchir de nouvelles frontières.

Loin de nous faire perdre notre identité, les expériences nouvelles faites avec un discernement priant, nous conduiront à la préserver sous une forme renouvelée. L'exil est une occasion de nous remettre en chemin avec espérance, afin de relever le défi constant de repartir de l'essentiel pour grandir et mûrir dans la foi et dans la connaissance de Dieu, tout en découvrant les conditionnements historiques par lesquels le dessein salvifique du Seigneur passe lui-même.

2. Un monde en changement et en transformation permanents

8. Les changements dans le monde, comme nous le rappelle Gaudium et Spes dans son introduction, sont rapides: des mutations qui requéraient autrefois des siècles surgissent aujourd'hui en peu de temps; universels: ils affectent tout et tous; profonds: ils atteignent tout l'être humain et sa réalité personnelle, familiale et sociale. Plutôt que de changements, on pourrait parler d'une mutation d'époque caractérisée par la modernité et la post-modernité, par le subjectivisme et la crise des idéologies.

D'autres tendances positives apparaissent également, tels que la conscience de la valeur de la personne et de ses droits fondamentaux; la recherche d'une nouvelle harmonie entre l'être humain et la nature, la protection et la défense de cette dernière; la sensibilisation au problème de la vie, de la justice et de la paix; la conscience de la valeur de chaque culture; la recherche d'un nouvel ordre économique international; le sens croissant de la responsabilité de l'être humain vis-à-vis de son avenir; une situation nouvelle de la femme dans la société; une plus grande sensibilité aux expériences religieuses et mystiques comme moyen d'un processus de libération et de croissance personnelle et, en même temps, un authentique désir de spiritualité.

En particulier, et nous voulons les aborder de manière un peu plus détaillé, il existe certains phénomènes comme la sécularisation, la libération, la globalisation et la nouvelle éthique.

9. La sécularisation entraîne une transformation de la relation de l'être humain avec la nature, avec les autres et avec Dieu. C'est le phénomène de la désacralisation affirmant la légitime autonomie de la personne, de la culture et de la technique. Il peut provoquer des déséquilibres entre l'autonomie de l'être humain et la perte du sens de la transcendance (ce qui conduit au sécularisme), entre les valeurs religieuses et les nouveaux mythes et idoles. Par ailleurs, en réaction inverse, on constate fréquemment dans diverses parties du monde la montée du fondamentalisme religieux, qui comporte la négation de la liberté et de l'autonomie des personnes, de la culture et de la technique ainsi que la persécution des minorités religieuses.

10. Un autre phénomène qui ne peut être ignoré est celui de la libération. Des personnes, des groupes, des peuples et des cultures ne veulent pas être de simples objets aux mains de ceux qui détiennent le pouvoir. Ils désirent être des acteurs dans une condition d'égalité, de responsabilité, de participation et de communion. La prise de conscience de la dignité de la personne humaine stimule leur recherche de voies de réalisation par l'exercice de leurs droits fondamentaux efficacement reconnus, encouragés et promus. Dans ce domaine, il faut également inclure le mouvement féministe qui cherche à reconnaître à la femme l'espace qui lui revient dans la société et dans l'Église. Cela se vit aussi quand surgissent de nouvelles formes d'oppression, de marginalisation et d'exploitation des plus faibles qui se voient souvent forcés à abandonner leurs terres, augmentant ainsi le nombre de réfugiés.

11. Le monde actuel se caractérise également par le phénomène de la globalisation technologique, économique, politique et culturelle. Le monde vit aujourd'hui un processus d'unification en raison de l'interdépendance croissante de tous les domaines. Les aspects positifs de la globalisation sont: la possibilité d'une grande interconnexion mondiale, l'accès à l'information et la diminution des distances. Tout ceci peut améliorer la qualité de la vie humaine. Parmi les aspects négatifs, nous avons: la recherche démesurée du profit économique réduisant la personne au rôle de consommateur et obligeant les pauvres à émigrer en quête d'une vie plus digne, le fossé croissant entre riches et pauvres, la fracture des cultures et des modes de vie que la mondialisation cherche à uniformiser. Face à cela, l'Église a souligné, en particulier dans son enseignement social, la dignité de la personne humaine et la dimension familiale de l'humanité. Cette dernière, "malgré sa défiguration par le péché, la haine et la violence, est appelée par Dieu à former une seule famille"(9). C'est pourquoi la notion d'individualité de la personne doit être complétée par celles de solidarité et de responsabilité commune, spécialement envers les pauvres. C'est ainsi que sur les biens pèse "«une hypothèque sociale», c'est-à-dire que l'on y discerne, comme qualité intrinsèque, une fonction sociale " fondée et justifiée précisément par le principe de la destination universelle des biens"(10). La globalisation actuelle est une nouvelle manifestation de la rencontre entre les peuples. Elle comporte espoirs et craintes, possibilités et dangers. Elle peut être un instrument de dialogue ou un instrument de domination.

12. À la base des changements, il y a une crise de l'éthique passée et la recherche d'une nouvelle éthique en marge des institutions religieuses, une éthique qui relègue Dieu et la religion dans la sphère privée. Nous assistons au développement de la bioéthique avec les grandes possibilités qu'offrent les sciences génétiques. Une éthique fondée sur la dignité de la personne humaine créée par Dieu, l'unique absolu, devient urgente. En partant des principes fondamentaux de la foi chrétienne, cette éthique doit être une morale en attitude de recherche et de réflexion par le dialogue, accompagnant les personnes dans leurs prises de décision; une morale qui écoute la clameur des pauvres et qui soit prophétique, capable de dénoncer ce qui s'oppose au projet de Dieu en même temps que d'annoncer les valeurs alternatives de la foi chrétienne comme source d'amour et d'authentique liberté.

3. Une situation nouvelle dans l'Église et dans la vie consacrée

13. A l'exception des trois premiers siècles, où Elle a fleuri au Moyen Orient, l'Église a eu un visage européen jusqu'au début du XXème siècle. Aujourd'hui, par contre, presque les trois quarts des chrétiens vivent dans les pays en voie de développement. Il nous faut donc passer d'une attitude religieuse, culturelle et théologique "mono-centriste" à un "pluri-centrisme" en ces mêmes domaines. C'est un passage de l'unité comme uniformité à l'unité multiforme. Les évangiles eux-mêmes témoignent de ce pluralisme et ouvrent à une continuelle inculturation. Il en va de même pour la vie consacrée: il faut l'inculturer. De ceci nous avons amplement parlé dans les numéros 85 à 87 du Document du dernier Chapitre Général "Commencez toujours" (1997).

14. La vie consacrée, "don divin que l'Église a reçu de son Seigneur" et qui "appartient ... à sa vie et à sa sainteté"(11), existe dans et pour l'Église. C'est pourquoi, la façon de la comprendre et de la vivre dépend du modèle d'Église qui prévaut à une époque donnée. Vatican II nous a enseigné à considérer la vie consacrée comme une partie du peuple de Dieu vivant en communion, en tenant compte de la revalorisation des laïcs et du rôle de la femme(12).

15. Notre Ordre, comme partie de l'Église, vit également immergé dans un monde pluraliste qui réclame l'ouverture à une unité dans la pluriformité: "une pluriformité - comme dit le Document capitulaire "Commencez toujours" - fidèle à l'essentiel du charisme et qui s'enrichit de la diversité de tout ce qui est secondaire et culturel"(13). En même temps, l'Ordre se comprend, aujourd'hui plus que jamais, comme un mouvement spirituel au sein de l'Église grâce aux nombreux témoignages et à la doctrine de nos bienheureux, saints et docteurs. Nous formons ainsi une famille universelle, réunissant religieux, moniales et laïcs, tous en marche vers l'humanité nouvelle.

16. En tenant compte des défis culturels dus à une situation d'exil et d'espérance, à un monde en changement et en transformation permanents, à une situation nouvelle dans l'Église et la vie consacrée qui affecte notre charisme, nous nous proposons de réfléchir sur les aspects fondamentaux de notre vie. En partant des valeurs essentielles de l'Évangile et de la vie consacrée, nous voulons approfondir notre charisme thérésien et sanjuaniste, à la recherche de nouvelles voies pour son actualisation et pour la restructuration de nos présences.

PREMIÈRE PARTIE

REPARTIR DE L'ESSENTIEL DU CARMEL THÉRÉSIEN

17. L'expression "repartir de l'essentiel" veut simplement désigner le constant mouvement de reprise du chemin évangélique, nous invitant à une conversion continuelle. Repartir signifie en effet, entre autres, répéter ou accentuer les valeurs essentielles de notre charisme hic et nunc. Il ne s'agit donc pas de nier ce qui s'est fait dans un passé récent ou lointain, mais d'y insuffler un dynamisme croissant qui nous permette de toujours tendre vers l'idéal que nous proposent Jésus et l'Esprit Saint, qui guident la vie des individus, des groupes, de l'Église et du monde. Repartir est un effort pour mettre en pratique ce que disait notre Mère, sainte Thérèse de Jésus: "nous devrions considérer toujours que nous sommes nous-mêmes fondements pour tous ceux qui viendront après nous"(14)

Dans cette première partie du Document capitulaire, nous rappellerons successivement les points principaux de l'Évangile, de la vie consacrée, de la Règle, de l'expérience et de la doctrine de nos Saints Parents, Thérèse de Jésus et Jean de la Croix, et de ce que nous présentent nos Constitutions rénovées, en particulier dans le chapitre premier.

I. REPARTIR DE L'ESSENTIEL DE L'ÉVANGILE

18. Le Christ est le centre de la vie et de l'expérience chrétienne (Col 1, 15-19, Ep 2, 20). Lui, le Fils de Dieu, s'incarne pour nous révéler le dessein du Père et pour nous communiquer une vie nouvelle (Jn 1, 18), nous dire la vérité de Dieu et la nôtre, nous offrir Dieu qui se communique à nous qui sommes ses fils, appelés à l'union avec Lui. Repartir des valeurs essentielles de l'Évangile signifie, avant tout, nous approcher du Christ à travers le Nouveau Testament et nous ouvrir à l'action de l'Esprit. Mû toujours et en tout par l'Esprit, Jésus réalise l'uvre que le Père Lui a confiée, avec autorité et liberté, demeurant fidèle à sa seule réponse à la volonté du Père: "Me voici, je viens pour faire ta volonté" (Hb 10, 7). S. Jean de la Croix "résumera" ainsi la vie entière de Jésus: "en cette vie, il n'a eu, ni voulu avoir d'autre goût que celui de faire la volonté de son Père"(15). Nous expérimentons aussi dans nos vies la présence et la proximité de Jésus, cheminant avec nous par la force de son Esprit.

19. Dans le Christ, Dieu nous a tout révélé. Nous ne pouvons jamais dire que nous le connaissons parfaitement: "il y a beaucoup à creuser dans le Christ. En effet, le Christ est semblable à une mine très riche qui contiendrait de nombreuses cavités remplies de trésors: on a beau creuser, on n'en trouve jamais ni la fin, ni le terme; bien plus, dans chaque cavité on découvre, toujours et partout, de nombreux filons de richesses nouvelles"(16). Il faut toujours partir du Christ: "en premier lieu, avoir un appétit habituel d'imiter le Christ en toutes choses, se conformant à sa vie, que l'on doit contempler pour savoir l'imiter, et se comportant en toutes choses comme Lui-même se serait comporté"(17). Il est le centre de notre vie et, en Lui, nous avons tout: "miens sont les cieux et mienne est la terre; miens sont les gens, les justes sont miens et miens les pécheurs; les anges sont miens, et la Mère de Dieu, et toutes les choses sont miennes, et Dieu Lui-même est mien et pour moi, parce que le Christ est mien et tout pour moi"(18). Pour chaque génération, Jésus apparaît comme Celui qui révèle le dessein ultime de Dieu sur l'humanité et sur le monde. À chacun, Il adresse son appel à Le suivre pour être, comme Lui, libre de tout esclavage.

20. Jésus est l'Évangile vivant, "le messager et les messages"(19), Celui dont la sainte Mère Thérèse de Jésus fit l'expérience comme d'un "livre vivant": "Sa Majesté a été le livre véritable où j'ai vu les vérités. Béni soit un tel livre qui laisse imprimé ce qu'on a à lire et qui fait en sorte qu'on ne peut l'oublier!"(20). Toute l'existence de Jésus, tout acte humain de Jésus est révélateur et libérateur, proclamation de la Bonne Nouvelle de Dieu. Pas seulement lorsqu'Il proclame avec sa parole la Bonne Nouvelle, mais encore lorsqu'Il agit en faveur de ceux qui souffrent, des pauvres, des pécheurs, lorsqu'Il dénonce tout ce qui s'oppose au plan de Dieu dans l'histoire humaine. "Oint par l'Esprit Saint, il est passé en faisant le bien" (Ac 10, 38). Il est ainsi le livre ouvert dont nous pouvons tous nous inspirer pour orienter notre existence humaine, chrétienne et consacrée.

21. La lecture attentive des évangiles et leur méditation dans la prière nous permettent de recueillir les traits fondamentaux de Jésus. Il apparaît comme une personne libre vis-à-vis de tout et à l'égard de tous ceux qui peuvent mettre des obstacles à sa mission d'annoncer la Bonne Nouvelle du Père: pression sociale et religieuse, famille et amis, pouvoir politique et religieux, légalisme. Il est libre parce qu'Il aime tous les hommes et vit pour les servir, en particulier les plus pauvres et les nécessiteux, afin de les libérer de tout esclavage. Il trouve sa force dans la communion à son Père-Abba et enseigne à ses disciples à prier le Père avec la confiance des fils. La vie de Jésus est marquée par la prière. On le voit en prière dans tous les moments importants: au baptême (Lc 3, 21), dans le désert (Lc 4, 1-13), avant le grand miracle de la résurrection de Lazare (Jn 11, 41-42), avant le choix des Apôtres (Lc 6, 41). Il tressaille d'allégresse "Père, je te rends grâce" (Mt 11, 25), prie pour Pierre (Lc 22, 32), passe des nuits en prière (Lc 5, 16.12), bénit le pain (Mc 6, 41), participe à des pèlerinages (Lc 2, 41-42). Pendant qu'Il prie, Il est transfiguré (Lc 9, 28). Il suscite l'envie de prier, poussant ses Apôtres à lui demander "enseigne-nous à prier" (Lc 11, 1). Il prie sans cesse pendant l'agonie (Mc 14, 32-39), dans les souffrances de la croix (Lc 23, 34), à l'heure de mourir (Lc 23, 46; Mc 15, 34).

22. Jésus est une personne qui vit pour les autres. Il se situe toujours du côté des exclus de la société. Il se rend proche de ceux qui n'ont pas de place dans le système social de l'époque: les publicains (Lc 18, 9-14; 19, 1-10); les lépreux, accueillis et purifiés (Mt 8, 2-3; 11, 5; Lc 17, 12); les malades, guéris le jour du sabbat (Mc 3, 1-5; Lc 14, 1-6; 13, 10-13); les femmes: elles font partie du groupe qui L'accompagne (Lc 8, 1-3; 23, 49-55); les enfants, présentés comme ceux qui enseignent les adultes (Mt 18, 1-4; 13-15; Lc 9, 47-48). Jésus manifeste une prédilection pour le peuple des humbles car ils comprennent le mystère du Royaume mieux que les sages et les savants (Mt 11, 25-26). Les Samaritains sont présentés en modèle aux Juifs (Lc 10, 33; 17, 16). Les affamés sont accueillis comme un troupeau sans berger (Mc 6, 34; Mt 9, 36; 15, 32). Il les rassasie (Jn 6, 5-11) et les stimule à la solidarité et au partage (Jn 6, 9). Il rend la vue aux aveugles (Mc 8, 22-26; 10, 46-52; Jn 8, 6-7), tandis que les Pharisiens, eux, sont qualifiés d'aveugles (Mt 23, 16). La guérison du paralytique est le signe que Jésus peut pardonner les péchés sans blasphémer (Mc 2, 1-12). Il soigne les possédés comme signe de la venue du Royaume de Dieu (Lc 11, 14-20). La femme adultère est accueillie et défendue malgré la loi et la tradition (Jn 8, 2-11) et les prostituées invitées à la conversion (Mt 21, 31-32; Lc 7, 37-50). Les étrangers sont accueillis et écoutés (Lc 7, 2-10) et la Cananéenne réussit à changer les plans de Jésus (Mt 15, 22). Les pécheurs sont appelés à devenir disciples de Jésus (Mc 1, 16-20) alors qu'il n'y a aucun docteur de la loi ou scribe dans le groupe des Douze. Des Zélotes sont dans le groupe de Jésus (Mt 10, 4; Mc 3, 18) côte à côte avec Lévi, le publicain (Mc 2, 14).

Ces attitudes concrètes de Jésus représentent un très grand danger pour le système juif de son temps car Il accueille les "immoraux" (prostituées et pécheurs), les "marginaux" (lépreux et malades), les "hérétiques" (Samaritains et païens), les "collaborateurs" (publicains et soldats), les "faibles" et les "pauvres" (qui n'ont ni pouvoir, ni savoir).

23. Jésus dénonce toutes les divisions et les combat par des attitudes concrètes. Les divisions et oppositions qui existaient à cette époque provenaient des relations de production, de race et de religion. Le tout mélangé. Ces divisions contredisaient toutes la volonté du Père puisque, à cause d'elles, beaucoup de gens étaient marginalisés, laissés de côté, sans espérance d'une vie meilleure. Bien des fois, cela était mal compris et justifié au nom de Dieu, par une interprétation erronée de la Bible. La division entre le prochain et celui qui ne l'est pas disparaît avec Jésus: Il affirme qu'être le prochain ne dépend plus de la race ni d'observances extérieures, mais de la disposition de chacun à se faire le prochain de l'autre, quel qu'il soit (Lc 10, 29-37). Une autre division est celle qui s'établissait entre païen et juif. Jésus la détruit car Il était prêt à pénétrer dans la maison du centurion (Lc 7, 6) et Il accède à la demande de la Cananéenne (Mt 15, 28). La division entre uvres saintes et profanes (Mt 6,1-14):prière: Mt 6, 5-8, jeûne: Mt 6, 16-18, et les autres activités, est redimensionnée. La division entre pur et impur est supprimée lorsque Jésus remet en question toute la législation sur la pureté rituelle (Mt 23, 23; Mc 7, 13-23) et va même jusqu'à la ridiculiser (Mt 23, 24). La division entre temps sacré et temps profane n'a pas de sens pour Jésus: Il place le sabbat au service de l'homme (Mt 12, 1-12; Mc 2, 27; Jn 7, 23-24). Enfin, la division entre lieux sacrés et profanes perd sa signification puisque Jésus enseigne que Dieu peut être adoré en tout lieu pourvu que ce soit en esprit et en vérité (Jn 4, 21-24; Mc 11, 15-17; Jn 2, 19), et pas seulement au temple.

24. En agissant ainsi, Jésus secoue et relativise les piliers du système judaïque: l'observance du sabbat, le temple, les uvres saintes comme le jeûne, la prière et l'aumône, la loi de la pureté rituelle (Mt 23, 25-28), la pratique de la justice de la part des Pharisiens (Mt 5, 20), la loi même de Moïse (Mt 5, 17.21.23.31.33.38). Il dénonce la tentative d'atteindre Dieu par ses propres efforts et ses propres mérites: "nous sommes des serviteurs inutiles!" (Lc 17, 10). Il libère ainsi le peuple de la tyrannie de la loi, de la tyrannie des interprètes de la loi, de la tyrannie qui, au nom du savoir, impose de pesants fardeaux aux gens ignorants (Mt 23, 4). Il propose un ordre nouveau: Il révèle Dieu comme le Père de tous, appelant à la fraternité entre les êtres humains. Il unit l'amour de Dieu et l'amour du prochain et demande que le pouvoir soit exercé comme un service. Jésus demeure fidèle dans l'accomplissement de la volonté du Père, auquel Il s'ouvre confiant dans la prière, jusqu'à la mort.

25. Jésus assume la mort comme l'expression suprême de sa liberté et de sa fidélité au dessein du Père: "Personne ne m'ôte da vie, c'est moi qui la donne volontairement" (Jn 10,18). Tout semblerait cependant se terminer avec cette mort, et les espérances suscitées par le prophète de Nazareth paraissent définitivement frustrées. A l'heure de la crucifixion, tous ses disciples l'abandonnent, tandis que Dieu lui-même semble se taire. Et cependant c'est à ce moment que se produit quelque chose d'absolûment imprévu. Les disciples en font l'expérience: Jésus vit d'une vie nouvelle, la vie de Dieu qui a fait de Lui un Messie et Seigneur. Alors ils commencent à annoncer que Dieu a accompli toutes ses promesses en Lui, accordant ainsi le salut à l'humanité entière: "Dieu l'a ressuscité au troisième jour et lui a donné la grâce de se manifester, non pas à tout le peuple, mais aux témoins qu'il s'était choisis d'avance...Quiconque croit en lui obtient en son nom le pardon des péchés" (Ac 10, 40.43). De l'événement pascal naît la foi de la communauté chrétienne, qui reconnaît dans la parole et l'histoire de Jésus la révélation définitive de Dieu. Telle est la foi qui s'exprimera dans une mise en marche à la suite de Jésus, par le moyen d'une vie conforme à sa parole et illuminée par son Esprit.

26. Les lettres apostoliques Tertio Millennio Adveniente et Novo Millenio Ineunte nous invitent à "contempler le visage du Christ"(21) et à vivre en particulier la dimension christologique de la vie chrétienne(22). À propos de la vie consacrée, le Concile Vatican II a insisté à plusieurs reprises sur son aspect fondamental d'engagement à la suite de Jésus, en disant "la norme ultime de la vie religieuse est de suivre le Christ"(23).

27. En retournant à l'essentiel de l'Évangile, nous rencontrons la présence et l'action de l'Esprit Saint qui est toujours proche, avec et dans la communauté chrétienne pour la guider à la vérité tout entière (cf. Jn 14, 16-17; 16, 13). C'est Lui qui meut l'Église en tout temps pour qu'Elle témoigne du Christ et réalise progressivement le projet de Dieu pour l'humanité (cf. Ac 1, 4-8). Dans la perspective des synoptiques, l'Esprit guide le Christ et les croyants (Mt 14, 1; Lc 4, 14; 2, 26) et aide les disciples aux temps de la persécution (Mt 10, 20). Dans le livre des Actes des Apôtres, l'Esprit conduit continuellement l'Église. Par son action, Il crée la communauté (Ac 2, 42-47) et la pousse à évangéliser avec audace (Ac 2, 29; 4, 13.29.31). En même temps, Il préserve la liberté en aidant à dépasser l'attachement au légalisme qui menace et opprime (Ac 15, 1-5.28). Pour Paul, l'Esprit est la loi nouvelle (Rm 8, 1-17); c'est un Esprit de communion dans la diversité des charismes qu'Il accorde (1 Co 12, 1-13); Il habite en nous (1 Co 3, 16), nous rend fils de Dieu (Rm 8, 14-15) et produit des fruits (Gal 5, 22). Dans l'Évangile de Jean, la proximité de l'Esprit dans la communauté chrétienne est particulièrement soulignée (Jn 14, 16-17). Il est le Maître qui aide à reconnaître et à approfondir les enseignements de Jésus (Jn 14, 25-26; 16, 12-15); l'Avocat qui défend le Christ et confond le monde en matière de péché pour n'avoir pas cru en Jésus, en matière de justice car Il prouve que le Christ a triomphé et en matière de jugement car le mal a été vaincu par le Christ (Jn 16, 5-10).

28. L'étude du fondement biblique de la vie religieuse a permis de la redécouvrir comme une manière de suivre Jésus(24). Elle a montré que, durant sa vie terrestre, divers groupes l'ont suivi. Cela s'est prolongé dans la vie de l'Église où la suite de Jésus a pris concrètement diverses formes. La vie consacrée est l'un de ces groupes qui, semblable à celui des apôtres mais avec sa propre interprétation, cherche à vivre comme Jésus et à témoigner qu'en Lui se trouve la plénitude.

La vie consacrée est un mode de suivre Jésus. Saint Jean de la Croix avait vu juste lorsqu'il écrivait en ces termes à la communauté de carmélites de Cordoue: "Donnez à comprendre ce quevous professez, le Christ purement et simplement [desnudamente], afin que celles qui se sentiraient appelées sachent avec quel esprit elles doivent venir"(25). Le don total à Dieu que nous exprimons par les vux représente une nouvelle façon de réaliser la vocation personnelle et communautaire.

29. La vie consacrée a surgi dans le Peuple de Dieu grâce à une relecture, sous l'action de l'Esprit, de la sequela Christi. Cette relecture s'effectue par la réflexion sur l'enseignement du Christ, avec ses exigences absolues, et par la contemplation de son exemple: il naît et vit pauvrement, adonnant son existence et ses énergies au service des autres dans une vie chaste et obéissante à la volonté du Père. Tous ceux qui suivent Jésus doivent faire prévaloir le Royaume de Dieu sur la famille et les biens; et ils sont invités à prendre la croix de l'accomplissement de leur mission, discernée à la lumière de la foi (Lc 14, 25-35). La vie consacrée a traduit ces trois exigences d'une manière particulière qui fait assumer le don total à Dieu et aux autres, par le moyen de la chasteté consacrée, de la pauvreté et de l'obéissance.

II. REPARTIR DE L'ESSENTIEL DE LA VIE CONSACRÉE

30. La sequela Christi nous fait vivre l'essentiel de la vie consacrée, à travers les conseils évangéliques, en reproduisant le style de vie de Jésus dans le dynamisme de l'Esprit. "L'Esprit Saint renouvelle sans cesse l'Église, l'acheminant à l'union parfaite avec son Époux"(26). La vie religieuse, guidée par le même dynamisme, a surgi comme don de l'Esprit à l'Église, pour vivre et exprimer radicalement certaines valeurs évangéliques, pour répondre à des situations de crise et pour venir au devant des gens dans le besoin. Pour ce faire, les religieux s'insérèrent admirablement dans les circonstances de leur époque et utilisèrent un langage vivant et intelligible pour leurs contemporains. Maintenant l'Esprit suscite tout au long de l'histoire diverses formes de vie consacrée. Les nouvelles ne détruisent pas les précédentes mais les aident à se renouveler et à repartir de l'essentiel.

31. Le charisme tend continuellement à se transformer en expérience, à être compris plus intimement, à se cristalliser en de multiples formes en fonction du moment historique, pressé aussi par les signes des temps qui le provoquent, comme autant d'actions de Dieu dans l'histoire. Cette évolution interne du charisme, les formes et les structures dans lesquelles il doit se manifester pour être lisible, constituent la vitalité du charisme à chaque moment de son développement. Les incarnations du charisme au cours de l'histoire sont l'uvre de Dieu et des hommes. Comme uvres de Dieu, elles sont parfaites; comme uvres des hommes, elles sont fragiles, imparfaites et transitoires. En ayant le sens de l'histoire et de l'évolution, il nous faut demeurer ouverts à la nouveauté dans un discernement de foi (cf. 1 Th 5, 19-21). Les années post-conciliaires ont été marquées par les tensions dues à cet effort pour assimiler les changements et affronter les défis qu'ils comportent.

32. L'exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata a mis en relief les aspects essentiels de toute vie consacrée: la consécration, la communion et la mission. Ces éléments essentiels de la vie consacrée se comprennent mieux lorsque nous les contemplons dans une perspective humaine et chrétienne. Par sa vie, le Christ nous conduit à la rencontre avec Dieu (Foi), avec les autres (Amour), avec la réalité créée (Espérance), nous ouvrant ainsi aux autres et à un travail créateur et nous engageant dans la transformation du monde, à la lumière du projet de Dieu (l'Espérance). La consécration est, au fond, une expression de la foi en un Dieu personnel, unique absolu auquel nous devons une amoureuse obéissance; la communion est un moyen qui s'appuie sur la charité pour former une famille rassemblée au nom du Seigneur; la mission, commune à toute vocation chrétienne, d'annoncer l'évangile et d'en témoigner avec ses conséquences et ses exigences sociales, le consacré veut la souligner comme un engagement d'espérance active qui le livre entièrement au service des autres.

33. Ces trois éléments clés de la vie humaine et de la vie consacrée: rencontre avec le Christ, fraternité et mission ne peuvent être séparés. Il y a entre eux une interdépendance et une causalité réciproque. La rencontre avec le Christ se manifeste dans l'amour du prochain, et ces deux réalités stimulent ensemble l'engagement dans la transformation de la personne et de la société par le témoignage, la prière et le travail. Si Dieu met à part des personnes et les consacre, c'est pour les renvoyer plus librement en mission dans le monde. Ainsi, la personne consacrée s'offre à Dieu par le Christ afin d'être ouverte pour le service des autres, à la lumière des exigences du Royaume de Dieu. Notre Mère sainte Thérèse de Jésus a voulu donner cette dimension apostolique à toute la vie carmélitaine de prière et de fraternité(27).

34. Jusqu'au XIIème siècle, la forme concrète de la consécration des religieux s'exprimait dans un seul vu (le vu de vie monastique, conversio morum). Ce vu unique incluait la totalité de la consécration religieuse. Par la suite, la forme concrète de consécration comme offrande à Dieu et à la mission au service des autres commença de mentionner explicitement les trois vux: chasteté, pauvreté et obéissance. Ceux-ci expriment l'engagement à Dieu et à la mission pour lle service. En tant qu'ils sont une mise à part de la personne pour Dieu, ils impliquent une donation totale et généreuse à l'amour divin. Ils signifient l'élan de l'être humain qui cherche l'absolu et qui, par lui, se sent libre vis-à-vis de tout. Le renoncement au monde n'est pas une fuite, mais une manière plus radicale de se rapporter à lui. Par les vux, les relations avec les biens de ce monde (pauvreté), avec la société (obéissance), avec la femme ou l'homme (chasteté) ne sont pas rompues, mais elles acquièrent plutôt une dimension différente à cause du don total de soi à Dieu. Les vux consacrent, dédient, rendent libres et disponibles les personnes, pour la cause du Père et du Christ dans le monde, sous l'action de l'Esprit. Les vux religieux ont une dimension trinitaire mise en relief par l'Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata(28).

35. La vie consacrée a assumé, quasiment depuis ses débuts, un idéal communautaire: l'imitation du groupe des Douze et de la communauté chrétienne de Jérusalem. Depuis Vatican II, cette dimension fraternelle de la vie consacrée a été redécouverte. Elle se présente comme une expérience fraternelle de l'Évangile dans une Église de communion. C'est précisément l'un de ses principaux témoignages, une des manières de rendre présent le salut de Jésus-Christ qui rendit possible la communion entre les êtres humains. En 1994, la CIVCSVA publia un document intitulé La vie fraternelle en communauté. "Congregavit nos in unum Christi amor". Il rappelle les changements intervenus dans l'ecclésiologie et dans le droit canonique quant à la vie menée en commun, lesquels amenèrent à mettre l'accent sur la vie fraternelle en communauté au sein de la vie consacrée, plus que sur la vie en commun. Il souligne également l'évolution dans la société de quelques aspects de la vie humaine qui ont influencé de manière décisive la vie des communautés religieuses: les mouvements d'émancipation politique et sociale dans les pays en voie de développement, la revendication de la liberté personnelle et des droits de l'homme, la promotion de la femme, l'explosion des moyens de communication, le consumisme et l'hédonisme. "Tout cela, conclut le document, a constitué un défi et un appel à vivre avec plus de vigueur les conseils évangéliques, et à soutenir ainsi le témoignage de la communauté chrétienne"(29).

36. À l'instar de la vie chrétienne, l'appel à la vie consacrée "comprend l'engagement à se donner totalement à la mission; de plus, sous l'action de l'Esprit Saint, qui est à l'origine de toute vocation et de tout charisme, la vie consacrée elle-même devient une mission, comme l'a été la vie de Jésus tout entière. De ce point de vue aussi, la profession des conseils évangéliques, qui rend la personne totalement libre pour la cause de l'Evangile, est d'une importance manifeste. On doit donc affirmer que la mission est essentielle pour tous les Instituts, non seulement les Instituts de vie apostolique active, mais aussi les Instituts de vie contemplative"(30). La mission n'est rien d'autre que la dimension apostolique de la vie chrétienne qui se vit autant dans la prière que dans le service évangélisateur. Cela explique pourquoi sainte Thérèse de Lisieux, Docteur de l'Église et moniale contemplative, a été déclarée Patronne des missions.

III. REPARTIR DE L'ESSENTIEL DE NOTRE CHARISME ET DE NOTRE SPIRITUALITÉ

37. Le charisme de la vie carmélitaine thérésienne s'inscrit dans le grand mouvement de la vie religieuse dans sa marche à la suite du Christ et a connu trois moments fondamentaux: la Règle, texte inspirateur, l'expérience et la doctrine de sainte Thérèse et de saint Jean de la Croix et l'expression constitutionnelle post-conciliaire du charisme et de la spiritualité dans nos Constitutions.

Repartir de l'essentiel implique une prise de conscience renouvelée de ces éléments qui constituent le noyau central de notre charisme dans l'Église. Cela nous permettra de relever les défis des signes des temps dans l'Église et dans le monde.

1. La Règle de saint Albert

38. Nos Constitutions synthétisent clairement les éléments fondamentaux de la Règle de saint Albert lorsqu'elles mentionnent la "formule de vie" originaire du Carmel. Cette synthèse apparaît dans l'énumération des principales prescriptions proposées comme norme de conduite et qui sont les suivantes:

"a) vivre dans la dépendance de Jésus-Christ et le servir d'un coeur pur et d'une bonne conscience; n'espérer le salut que de lui, obéir au Supérieur en esprit de foi, considérant plutôt que lui-même le Christ;
b) méditer continuellement la loi du Seigneur en pratiquant la lectio divina et en fortifiant notre coeur par de saintes pensées de sorte que la parole de Dieu habite en abondance en notre bouche et en notre coeur, et que tout soit fait selon la parole du Seigneur;
c) célébrer chaque jour en commun la sainte Liturgie;
d) se revêtir de l'armure de Dieu, cultiver intensément la foi, l'espérance et la charité, pratiquer l'ascèse selon l'évangile en s'adonnant généreusement au travail à l'exemple de l'Apôtre;
e) établir une communion de vie soutenue par la sollicitude fraternelle pour la garde de l'Ordre et le salut des âmes et par la charité de la correction mutuelle et la mise en commun de tous les biens sous la direction du Supérieur préposé au service des Frères;
f) par-dessus tout, mener une vie d'oraison continuelle dans la solitude, le silence et l'esprit de la vigilance évangélique;
g) mais en toutes choses, surtout en choses surérogatoires, garder la discrétion qui est la modératrice des vertus"(31).

39. Ces points de la Règle restent valables mais il faut les incarner et les vivre avec les nuances des temps et des lieux. Ces éléments fondamentaux de la Règle de S. Albert doivent être observés aujourd'hui selon diverses perspectives socio-culturelles et ecclésiales. Celles-ci, comme autant de fenêtres, nous font découvrir sa richesse intégrale et son actualité afin de répondre aux nouveaux défis pour notre vie carmélitaine thérésienne incarnée dans les diverses cultures. À travers une telle recherche, menée avec une fidélité dynamique, nous découvrons la valeur et l'actualité de l'expérience de ceux qui nous ont précédé(32). Une relecture de la Règle du Carmel réalisée dans ces dispositions, comme celle qu'a déjà menée l'Ordre et qui s'est cristallisée dans les Constitutions, permettra d'unir notre expérience de Carmes d'aujourd'hui à celle de nos prédécesseurs qui, guidés par l'Esprit, vécurent et nous transmirent un charisme et une spiritualité: "N'oublions pas nos vrais fondateurs, ces saints Pères dont nous descendons et dont nous savons que, par ce chemin de pauvreté et d'humilité, ils sont parvenus à jouir de Dieu"(33).

40. Nous devons assumer la relecture de la Règle qu'ont fait nos Saints Parents et, à partir de notre expérience vocationnelle, demeurer ouverts à ce qui révèle le mieux sa richesse et sa structure pour les nouvelles générations. La Règle nous oriente vers l'essentiel de notre vocation: la pureté du coeur, la formation d'un monde intérieur qui doit se purifier et être réceptif au Dieu vivant. La Règle offre un projet de vie évangélique, simple et unifié, centré sur Jésus Christ et la communion ecclésiale, situé dans l'histoire du salut. Elle offre aussi un projet structurant pour la personne. Elle situe clairement et sobrement les trois relations de la personne humaine: avec Dieu (prière), avec les autres (actes communautaires) et avec soi-même (intériorité et méditation personnelle). La Règle offre un projet de vie communautaire où la communauté a sa place et existe dans le dialogue avec l'autorité de l'Église, entre ceux qui vivent ensemble, avec les personnes du dehors (hôtes ou personnes qui aidaient les religieux) et avec les autres communautés. Dans une société où tout a un prix, la Règle signale l'importance de la gratuité de l'amour.

L'Ordre s'étend actuellement sur tous les continents et dans les cultures les plus diverses. Cela exige de nous d'en assumer les éléments fondamentaux pour essayer de les inculturer. Il est également important de tenir compte d'une lecture féminine de la Règle.

41. Nos Saints Parents délimitent ainsi la re-fondation qu'ils ont accomplie: le primat absolu de Dieu (vivre dans l'obsequio Iesu Christi), la dimension contemplative d'auditeurs avides de la Parole, la vie personnelle et communautaire marquée et revêtue des armes de Dieu, par "une pénitence de bon sens et de mesure (de razón y discreción)"(34), par l'idéal thérésien d'amour, de détachement, d'humilité(35).

42. Sainte Thérèse rencontre la Règle assez tard dans sa vie spirituelle, alors qu'elle esquisse un nouveau projet pour vivre sa vocation. Elle s'attache à montrer le lien de sa nouvelle manière de vivre avec le Carmel à ses origines. Elle adopte la Règle comme loi fondamentale de la maison, se situe à son égard en toute liberté spirituelle et la recrée par l'expérience personnelle de sa vocation mystique. Saint Jean de la Croix ne fait aucune allusion explicite à la Règle, mais par sa doctrine il nous en révèle et approfondit les valeurs fondamentales: suivre le Christ, l'absolu de Dieu, l'abnégation, l'écoute de la Parole et la réponse dans la foi, l'espérance et la charité.

43. Nos Saints Parents réalisèrent une authentique "re-fondation". Plongeant aux racines du Carmel, ils l'ont ouvert à de nouveaux horizons, répondant ainsi aux défis de leur époque. Ils sont partis d'une expérience et l'ont exprimée dans leurs écrits qui illuminent notre route. C'est à cette expérience et à cette doctrine que nous devons retourner si nous voulons répondre au défi de l'essentiel du charisme et de la spiritualité du Carmel thérésien et sanjuaniste.

2. L'expérience et la doctrine thérésiennes

44. Naturellement douée pour les relations personnelles et pour l'amitié, notre sainte Mère, dont l'expérience est à l'origine de notre identité et de notre vocation dans l'Église, est toute centrée sur le mystère trinitaire de Dieu, en qui et par qui elle est "recueillie". Les Personnes divines comblent entièrement l'espace de sa conscience, la jetant fortement et vivement dans une relation inter-personnelle, jusqu'à la submerger dans leur vie de relation intratrinitaire. Elle expérimente la présence et la proximité du Père. Il suffit de "chercher la solitude et de Le regarder au-dedans de soi"(36). Dans ses Relations des faveurs de Dieu, elle nous parle de son expérience de la personne du Père qui l'attirait à Lui et Lui "disait des paroles très agréables. Parmi elles, Il me dit, me montrant ce qu'Il voulait: «Je t'ai donné mon Fils et l'Esprit Saint»"(37).

45. En assumant notre nature humaine par l'action de l'Esprit Saint, nous dit sainte Thérèse , le Verbe de Dieu non seulement assume nos faiblesses, nos peines et nos limites, mais encore il nous montre le lieu et l'espace de notre filiation divine: notre condition humaine. C'est pourquoi Il est pour nous un compagnon et un ami véritable: "nous ne sommes pas des anges, mais nous avons un corps. Vouloir faire l'ange pendant que nous sommes sur terre, (...) c'est de la folie. (...) aux heures de sécheresse, c'est un très bon ami que le Christ, car nous le voyons Homme, nous voyons ses faiblesses, ses épreuves, et il nous tient compagnie"(38). C'est pourquoi sainte Thérèse s'oppose à l'opinion de beaucoup de théologiens qui exigeaient d'abandonner l'humanité du Christ afin de s'élever aux degrés supérieurs de la contemplation. Elle affirme avec force qu'il ne faut pas s'éloigner de l'humanité du Christ(39). Dans la doctrine thérésienne, suivre Jésus sous l'action de l'Esprit implique aussi d'assumer et de vivre notre nature humaine comme une grâce, comme un chemin pour la grâce, y compris dans l'expérience des limites et des infirmités. Christifier c'est aussi humaniser ou, si l'on préfère, personnaliser, former une personne.

46. Bien entendu, sainte Thérèse nous enseigne également que, conjointement à ce processus d'humanisation, se développe un processus de divinisation. Nous aussi nous sommes définis par le divin et l'humain ensemble. Toute l'ascèse thérésienne cherche à libérer et à développer les aptitudes humaines, à manifester la beauté de la personne afin que nous puissions être transformés en signes et instruments de l'Homme-Dieu et du Dieu-Homme: "d'autant plus saintes, d'autant plus sociables avec ses surs ... Être affables, agréables et contenter les personnes que nous fréquentons"(40). Thérèse nous communique sa joyeuse découverte de Dieu et de ses exigences qui atteignent le cur de nos relations humaines. D'après elle, l'humanisation de Dieu nous ouvre le chemin et rend possible la nôtre qui se poursuit par l'humanisation de toutes les structures, toujours au service de la personne comme nous le rappelle Vatican II: " la personne humaine ... est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions sociales"(41). Dans son projet de renouvellement du Carmel, Thérèse s'est engagée à fond dans cet allégement des structures. Elle s'est efforcée de passer d'un hiératisme rigide à un humanisme évangélique: "comprenez-moi bien, mon Père, je suis amie de pousser dans les vertus, mais non dans la rigueur, comme vous pourrez le voir dans nos maisons"(42). Sainte Thérèse a toujours défendu la compréhension et l'humanisme dans les structures et dans l'application des lois, car "une âme ne peut pas bien servir Dieu dans la contrainte"(43).

47. Conjointement à l'expérience du Père et du Fils, sainte Thérèse expérimenta la présence et l'action de l'Esprit dans sa vie: "Il me semble, à moi, que le Saint-Esprit doit être médiateur entre l'âme et Dieu"(44). C'est Lui qui guide la vie des personnes et leur communique la foi, comme aux Apôtres. Il accompagne dans la prière et fait expérimenter la présence du Père et du Fils.

48. Le chemin où ces expériences divines furent d'abord vécues et éprouvées, puis, plus tard exprimées dans un enseignement doctrinal, fut l'oraison, échange d'amitié(45). C'est le "moyen" et le "lieu" par excellence de son expérience de Dieu. Sainte Thérèse souligne l'importance de la rencontre avec le Seigneur dans le silence et dans la solitude, bien qu'elle écrive, dans la plénitude de son union à Dieu, que "le Seigneur se trouve au milieu des marmites"(46) et se communique par bien des chemins(47), et non seulement dans "les recoins"(48).

L'oraison sera le centre et l'axe de son message spirituel. Comprise comme amitié, elle s'étend à toute l'existence et conduit à être amis de Dieu. C'est pourquoi, lorsque sainte Thérèse présentera sa pédagogie de l'oraison, elle insistera sur l'être: "ainsi devrons-nous être"(49). Et elle parle de la re-création de l'être (amour fraternel, détachement, humilité = vérité) comme de "choses nécessaires pour celles qui prétendent suivre le chemin de l'oraison"(50).

49. Cette approche lui sera utile pour éduquer à la vie en communauté, qui est un élément essentiel de l'expérience et de la parole thérésiennes. Elle compare ses communautés au groupe des Douze réunis autour du Seigneur et les nomment "collège du Christ"(51). C'est Lui qui "nous a réunies ici" et "nous a conduites ici"(52). La communauté surgit parce que le Seigneur appelle et rassemble pour qu'on se donne à Lui collectivement: "nous donner toutes au Tout, sans rien nous réserver"(53). Il nous rend proches les uns des autres. Ainsi, nous sommes une nouvelle famille: "vous ne trouverez pas de meilleurs parents que ceux que sa Majesté vous enverra"(54).L'oraison-amitié est centrée dès le début sur Jésus-Christ(55). Il est le "livre vivant" où elle apprend "les vérités"(56) sur l'être de Dieu et le nôtre, sur notre appel à lui "être conformes"(57). Il faut souligner que l'humanisme thérésien trouve ici sa véritable racine.

50. La personne consacrée se transforme en Amie-Épouse de Jésus et doit être don pour les autres: dans l'Église et dans le monde. Pour sainte Thérèse, l'oraison ne se réduit pas à quelques moments de prière, ni ne peut non plus nous renfermer sur nous-mêmes(58). C'est ainsi qu'elle éduqua ses filles: "qu'elles s'attachent au bien des âmes et à l'accroissement de son Église"(59). "Ceux qui connaissent la condition de Dieu" se font don de soi(60). Ils ne se sanctifient pas pour se donner mais, bien plutôt, en se donnant ils se sanctifient. Et ainsi "ils combattent pour le Christ"(61).

Marie est l'expression suprême de la vocation carmélitaine: "vous avez une si bonne mère"(62), nous devons "vivre en vrai(e)s fil(le)s de Marie"(63), car la réforme est "la cause de la Vierge Marie"(64). Nous sommes "son Ordre"(65).

51. Cette expérience intime des trois Personnes divines et de leur action, en nous et dans l'histoire, est vécue et nourrie dans l'oraison comme échange d'amitié avec la Trinité. L'humanisme est enraciné dans l'Incarnation du Verbe. La communion, fruit de la présence et de l'action de l'Esprit qui pousse à la mission pour proclamer la Bonne Nouvelle du Salut et pour vivre la foi (humilité-vérité), l'espérance (le détachement) et l'amour, est annonce évangélique(66). Tels sont les éléments fondamentaux de l'expérience et de la doctrine thérésiennes.

3. L'expérience et la doctrine sanjuanistes

52. Saint Jean de la Croix est également fortement marqué - expérience et parole - par le mystère tri-personnel de Dieu qui s'auto-communique. Une telle expérience le fait "sortir", engager personnellement sa vie, et le dis-pose à ce que Dieu lui pro-pose: "Si l'âme cherche Dieu, l'Aimé la recherche bien davantage"(67). "Dieu est le centre de l'âme"(68). Le saint, en expliquant notre condition de fils de Dieu, parle du désir qu'a la personne transformée en Christ par l'action de l'Esprit de comprendre les voies profondes et les mystères de l'Incarnation: "Une des raisons qui poussent davantage l'âme à désirer entrer dans cette épaisseur de la sagesse de Dieu ... c'est de parvenir à unir son intelligence à Dieu en ce qui concerne la connaissance des mystères de l'Incarnation car, parmi toutes les uvres de Dieu, l'Incarnation est celle qui exprime la sagesse la plus haute et la plus savoureuse"(69). Le croyant désire pénétrer dans ces "cavernes" du Christ pour s'y enfouir, s'y transformer et s'y enivrer, c'est-à-dire pour y vivre la participation réelle et totale, dans la condition filiale, à la nature divine, tels des "égaux et compagnons de Dieu"(70). Ce processus de transformation de fils dans le Fils s'accomplit sous l'action du Saint-Esprit qui purifie le croyant de tout ce qui n'est pas Dieu et lui donne la possibilité d'aimer Dieu avec l'amour même de Dieu. Il mène à sa plénitude l'image de Dieu que nous sommes depuis notre naissance(71). Saint Jean de la Croix souligne que par cette participation à la vie intratrinitaire sous l'action de l'Esprit-Saint "l'âme est semblable à Dieu et c'est pour qu'elle puisse en arriver là qu'il la créa à son image et à sa ressemblance. Comment cela se fait-il? On ne sait, ni ne peut le dire, si ce n'est faire comprendre comment le Fils de Dieu nous a obtenu cet état sublime et nous a mérité cette noble condition de pouvoir être fils de Dieu"(72).

53. La rencontre avec Dieu se réalise toujours par les vertus théologales: actions de Dieu dans lesquelles Il est Lui-même tout à la fois communicateur et communiqué(73). Elles rendent l'homme apte à parcourir la voie purgative et unitive(74). En elles, le saint exprime tout le mouvement de la donation de Dieu et de la réponse humaine: "l'unique moyen proche et proportionné de l'union". La vie chrétienne est seulement et substantiellement vie théologale.

Cette perspective s'approfondit dans l'oraison-contemplation: "l'âme n'y a plus d'autre appui que la foi, l'espérance et l'amour"(75). L'Esprit Saint, agent de la contemplation, "ne l'illuminera jamais davantage que dans la foi"(76). Il est la "vive flamme" qui purifie (profonde et véritable "ascèse"), qui unit et "divinise". Tout le chemin spirituel se fait sous la motion de l'Esprit.

54. Le chemin spirituel, simultanément de purification et d'union, est marqué dans la réalité et dans l'enseignement du saint par la Nuit, "moments" d'une expérience purificatrice plus intense, "moments" décisifs du chemin d'union, qui méritent une attention particulière de la part du Docteur Mystique. L'union est la vocation de l'homme, réalité englobante, dynamique, en devenir, qui règle tout le cheminement du croyant, "conditionne" et illumine tout l'exposé sanjuaniste(77). L'union qui, dans sa réalisation maximale, est l'immersion profonde dans le mystère de la vie trinitaire(78), réalise de manière efficace notre condition filiale(79).

55. Jésus-Christ, le Fils, modalité de notre participation au mystère trinitaire(80), est aussi, dans sa passion et dans sa mort, notre chemin; c'est Lui qui justifie et vérifie notre "passion et mort", notre "ascèse": "suivez-le jusqu'au Calvaire et au tombeau"(81). C'est le sens du chapitre 7 du deuxième livre de la Montée du Mont Carmel où le saint nous offre sa compréhension "du mystère de la porte et de la voie qu'est le Christ"(82), notre chemin(83). C'est ainsi qu'il ouvre la brève série des "avis" au premier livre de la Montée 13, 3; ainsi qu'il synthétise la Nuit: "entrons plus avant dans la profondeur"(84). "En suivant ses pas" [ceux du Christ], mourir à tout "ce qui empêche la résurrection intérieure de l'esprit"(85). Saint Jean de la Croix présente Jésus comme la Parole du Père, en qui Il nous a tout dit et donné. "Dieu est désormais comme muet". Le Père nous a donné son Fils pour frère, compagnon, prix et récompense. Cela doit nourrir en nous une attitude fondamentale: fixer notre regard sur le Christ parce qu'en Lui, le Père nous a tout révélé, "car, ayant achevé en Christ de nous parler de toute la foi, il n'y a plus d'autre foi à révéler et il n'y en aura jamais"(86).

56. L'essentiel de l'expérience et de la doctrine sanjuaniste se trouve, comme pour sainte Thérèse, dans le domaine trinitaire: ce sont les trois Personnes divines, Père, Fils et Saint-Esprit, qui opèrent l'union de l'être humain avec Dieu(87). Celle-ci s'accomplit à travers un chemin illuminé par le Verbe, Parole du Père, et guidé par l'Esprit-Saint. On passe par les nuits de la purification qui mènent à la maturité de la foi, de l'espérance et de la charité. Ces trois attitudes fondamentales sont le moyen et la disposition pour l'union à Dieu(88) et tracent le chemin de l'authentique oraison chrétienne. L'humanisme de saint Jean de la Croix est complémentaire de celui de sainte Thérèse. On le découvre dans sa sensibilité à la beauté de la nature, son amour pour la musique, sa préoccupation pour les malades et pour les pauvres et, surtout, dans ses écrits poétiques.

5. Le charisme et la spiritualité du Carmel thérésien

57. Vita consecrata nous invite "à retrouver avec courage l'esprit entreprenant, l'inventivité et la sainteté des fondateurs et des fondatrices, en réponse aux " signes des temps " qui apparaissent dans le monde actuel"(89). Dans le Carmel thérésien-sanjuaniste, ce dynamisme historique du charisme s'est incarné et enrichi par la sainteté de tant de nos frères et surs qui, à diverses époques et en différents lieux, furent un vivant témoignage de ce don communiqué à notre Ordre dans l'Église. Ils devinrent un fondement silencieux et éloquent d'une authentique fidélité créatrice. Parmi d'autres se distinguent Thérèse de Lisieux, Élisabeth de la Trinité, Édith Stein, Raphaël Kalinoswki, Thérèse des Andes et beaucoup d'autres saints et bienheureux reconnus officiellement ou pas.

Il est donc urgent que la vie spirituelle occupe la première place dans le projet de renouvellement de notre famille religieuse, de sorte qu'elle se présente comme une école de spiritualité évangélique(90). Cette expérience charismatique caractérise en particulier notre Ordre qui, par ses Constitutions approuvées par l'Église, a obtenu la garantie que "dans son charisme spirituel et apostolique se trouvent toutes les conditions objectives pour atteindre la perfection évangélique personnelle et communautaire"(91).

58. Le numéro 15 de nos Constitutions présente en synthèse l'essentiel de notre charisme et de notre spiritualité. Y réfléchir nous aidera à reprendre ce qui est réellement fondamental dans notre vocation et notre mission.

"Après ces considérations sur les origines de notre vocation et le charisme thérésien, voici les éléments principaux de la vie dont nous faisons profession:

a) Nous établissons notre vie religieuse « dans la dépendance de Jésus-Christ », prenant appui sur l'intimité, l'imitation et la protection de la Vierge Marie dont la vie nous offre le modèle de la conformation au Christ.
b) Notre vocation est constituée par une grâce sous l'impulsion de laquelle, dans une fraternelle communion, nous allons vers « une mystérieuse union avec Dieu », en un genre de vie où la contemplation et l'activité apostolique se compénètrent mutuellement au service de l'Église.
c) Nous sommes appelés à l'oraison qui, par l'écoute de la parole de Dieu et la liturgie, nous introduit au dialogue amical avec Dieu, non seulement dans la prière, mais dans toute la vie. Nous alimentons cette vie d'oraison par la foi, l'espérance et surtout par la divine charité, de sorte que nous puissions, le coeur purifié, parvenir à une vie dans le Christ plus profonde et préparer les voies aux dons plus abondants du Saint Esprit. Nous participons ainsi au charisme thérésien et nous suivons l'inspiration originelle du Carmel, étant saisis par la présence et le mystère du Dieu vivant.
d) Il est de la nature même de notre charisme d'animer notre oraison et toute notre vie consacrée d'une intention apostolique et de travailler de multiples façons au service de l'Église et des hommes, de sorte que notre « activité apostolique dérive de notre union intime avec le Christ "; et plus encore de tendre à cette forme supérieure d'apostolat qui découle de la plénitude de « l'état d'union à Dieu ».
e) Nous nous efforçons d'accomplir cette double tâche, de contemplation et d'action, réunis dans une communauté fraternelle. Ainsi, conformément au projet d'origine de sainte Thérèse qui voulait fonder une petite famille à la manière du petit « collège du Christ », par notre communion de vie qui a pour lien la charité, nous donnons un témoignage de l'unité de l'Église.
f) Nous nous efforçons d'établir un mode de vie conforme à la Règle et à l'enseignement de nos Fondateurs, soutenu par l'abnégation évangélique".

59. Sainte Thérèse traça également le style de vie concret de ces réalités du charisme et de la spiritualité. "Elle voulut que tout fût caractérisé par une forme et un style de vie particuliers: elle favorisa les vertus sociales et les autres valeurs humaines, elle proposa une vie fraternelle empreinte de joie et d'affabilité, dans un sincère esprit de famille; elle mit l'accent sur la dignité de la personne humaine et la noblesse de coeur; elle approuva et stimula le soin qu'on a des jeunes religieux, l'étude et le goût des « lettres »; elle présenta la mortification et les pratiques ascétiques de la communauté en fonction d'une vie théologale plus profonde et l'adapta au ministère apostolique; elle développa la communion entre les différentes maisons et l'amitié évangélique entre les personnes"(92).

DEUXIÈME PARTIE

60. Nous avons parlé dans l'Introduction " Un regard porté sur la réalité, des principaux défis présents aujourd'hui dans la réalité socio-culturelle et ecclésiale et qui nous interpellent. À partir de sa propre identité, le Carmel thérésien de l'avenir devra chercher à y répondre dans les divers domaines: socio-culturel, religieux, ecclésial et carmélitain. Dans chacun de ces aspects nous soulignons certains défis et, en même temps, nous indiquons quelques conclusions pratiques qui nous permettent d'entreprendre des chemins concrets de renouveau dans la fidélité créatrice.

1. Aspect socio-culturel

61. Le phénomène de la sécularisation d'une part, et le fondamentalisme religieux d'autre part, trouvent dans l'expérience du Carmel une mise en valeur et des lignes directrices. Nos mystiques ont chanté la valeur des réalités temporelles. En toutes ils découvraient la trace de Dieu. En même temps, ils les virent comme des moyens pour s'élever au-delà et s'ouvrir à la transcendance de Dieu, présent et proche, mais toujours plus grand. La dimension orante et contemplative du Carmel devra être vécue et présentée comme une ouverture à la transcendance, comme une source d'engagement et d'espérance sur les voies de la transformation du monde, comme un chemin pour un dialogue cuménique et interreligieux en fonction des diverses situations socio-culturelles.

62. Les aspirations à la liberté et à la libération, fruits de la prise de conscience de la dignité humaine, exigent un engagement efficace de toutes les personnes de bonne volonté dans la défense et la promotion des droits de l'homme. Le Carmel de l'avenir ne pourra pas demeurer étranger à ces défis, car il sait comment Thérèse de Jésus, Jean de la Croix et les autres saints, maîtres de vie spirituelle, ont parlé de la dignité des personnes, créées à l'image de Dieu et appelées à la transformation en Lui. Saint Jean de la Croix invite à considérer la grandeur de l'être humain, qui a vocation de vivre la vie divine: "une seule pensée de l'homme vaut plus que tout au monde; aussi Dieu seul est digne d'elle"(93)

63. La globalisation, qui met le monde entier en communication et le transforme, provoque aussi la pauvreté et la marginalisation des personnes, isolant ainsi certaines personnes, à la faveur d'une exploitation injuste. L'oraison carmélitaine, comprise comme dialogue d'amitié avec Dieu et chemin de communion avec Lui, permettra dans l'avenir au Carmel d'être signe et instrument de dialogue et de communion. Par ailleurs, l'expérience contemplative de Dieu soulignera la nécessité de compter sur Lui dans l'élaboration des valeurs éthiques: Dieu se trouve à leur fondement et, sans Lui, on ne peut rien créer d'authentique.

64. Comme Carmes thérésiens, nous voulons affronter les défis qui se présentent dans

les réalités socio-culturelles et ecclésiales. Nous voulons promouvoir une connaissance de la sociologie capable d'aider nos religieux à lire ces réalités, et à élaborer une réflexion théologique réaliste et incarnée. Il est donc nécessaire, dès la formation initiale, d'aider à "connaître et comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique"(94). Il faut aussi apprendre à se sentir corresponsables des problèmes sociaux et à résoudre les problèmes qui nous entourent, même modestement, en tant qu'actualisation de la conscience prophétique qui doit nous caractériser, éloignée de tout absentisme et de toute passivité.

2. Dans la formation permanente, on tiendra compte de l'approfondissement dans les réalités du monde contemporain, en général, et dans les divers contextes socio-culturels, en particulier.

3. Comme Carmes thérésiens, nous devons vivre et transmettre notre spiritualité comme un chemin d'authentique liberté et d'engagement pour la justice et la paix.

2. Aspect religieux

65. Dans le monde d'aujourd'hui, il existe une grande soif de spiritualité qui dégénère souvent en spiritualisme. La vocation et la mission du Carmel est précisément d'aider, à la lumière de l'expérience et de l'enseignement de ses saints, à parvenir aux racines d'une authentique spiritualité qui dépasse les expériences superficielles du sacré.

Nos communautés, centrées sur l'absolu de Dieu, devront être écoles d'oraison qui transforment progressivement leurs membres en de véritables contemplatifs, capables de découvrir Dieu présent et proche dans les événements, dans les personnes, dans le positif et le négatif de l'histoire; un Dieu qui nous questionne et nous interpelle.

Cette contemplation engagée sera capable de révéler le visage du Dieu de notre Seigneur Jésus-Christ aux personnes qui le cherchent à tâtons. Membres du Carmel thérésien, nous tâcherons de diffuser l'amour et la connaissance de ce Dieu rencontré dans la prière et qui entraîne à un engagement en faveur de la justice et de la paix.

On vivra l'expérience de Dieu et on en témoignera au milieu des défis de chaque aire socio-culturelle et ecclésiale. On aidera à découvrir Dieu comme source de plénitude, comme libérateur, comme le Dieu de l'espérance, comme Père-Mère, comme Quelqu'un de proche.

66. Dans les efforts de recherche du sens de la vie et de la vérité qui caractérisent de tout temps le chemin de l'humanité, la Parole de Dieu est la lumière qui éclaire et oriente croyants au Christ, Parole du Père. Le Carmel, qui depuis ses origines a eu comme idéal de méditer jour et nuit la Parole du Seigneur, a devant lui une exigence et une tâche: l'exigence de vivre à l'écoute de la Parole et la tâche d'y éduquer les autres. Il s'agit d'une lecture vivante,dans la conviction que l'Écriture surgit de la vie et de l'expérience d'un peuple guidé par Dieu. La foi lui fait découvrir sa présence et ses interpellations dans l'histoire et il s'efforce d'y répondre. La Bible est l'expérience modèle avec laquelle nous devons confronter nos expériences. La mission des communautés carmélitaines sera d'être des centres d'accompagnement spirituel dans la lecture de la Bible pour que celle-ci devienne une approche orante, contemplative et engagée car "quand nous prions nous parlons à Dieu mais, quand nous lisons les oracles divins, nous l'écoutons"(95). On évitera de la sorte une lecture spiritualiste et réductrice de l'Écriture et on aidera à découvrir les appels de Dieu dans la réalité de chaque jour et selon la vocation et la mission de chacun. Le Carmel de l'avenir a là un défi pour renouveler sa vie et accomplir sa mission.

67. Le Carmel de l'avenir est appelé à offrir des moyens qui répondent à la soif de Dieu du monde actuel. La spiritualité carmélitaine recèle d'immenses possibilités pour y répondre et pour guider les personnes dans une relation plus profonde à Dieu. Toutes nos communautés de vie apostolique et contemplative, les religieux, religieuses, laïcs, devraient s'efforcer de vivre une expérience spirituelle évangélique et profonde. Ce faisant, le Carmel thérésien de l'avenir pourra offrir un service qualifié dans l'Église soit dans le partage d'expérience, soit dans l'accueil en offrant aux autres des espaces et des moyens pour cette expérience, soit dans la création de Centres et d'Instituts de spiritualité.En Asie, nos religieux sont appelés à s'engager, en syntonie avec l'Eglise, dans un dialogue ouvert avec les grandes religions non chrétiennes, et ceci surtout dans le domaine de la spiritualité. Pour atteindre un tel but, il faudra chercher de nouvelles formes de prière, de vie intérieure et de vie communautaire, plus accordées à la religiosité orientale.

Sensibles au phénomène actuel de l'éloignement vis-à-vis des institutions religieuses,

spécialement de la part de la jeunesse et dans la société occidentale, tout comme au progrès de l'incroyance et de l'indifférence religieuse chez beaucoup de nos contemporains, nous croyons que la relecture de nos saints et de nos mystiques, unie à toute la réflexion et à l'approfondissement que l'Eglise elle-même devra mener à bien, pourra aider à dévoiler ce qui se cache sous la surface, et surtout à révéler ou à faire désirer le Dieu caché au coeur de nos vies. Cette réalité nous interpelle à être tout à la fois plus authentiquement orants et plus présents à l'humanité.

68. En conséquence:

1. Il faut redécouvrir l'importance de la lecture et de la méditation de la Parole de Dieu en lien avec la vie pour éduquer le Peuple de Dieu à une lecture orante de l'Écriture comme point de départ de la tâche évangélisatrice. Les structures ordinaires de notre vie nous offrent déjà les espaces convenables pour cela. Il ne faut pas oublier l'importance de l'abnégation évangélique pour témoigner et pour annoncer la Bonne Nouvelle. Marie, la Vierge orante qui écoute la Parole de Dieu et la met en pratique est le modèle à suivre. Qu'on organise des ateliers, des cours, des retraites pour l'initiation, la réflexion et la prière autour de la Parole, à partir de la vie. De plus, dans nos célébrations et nos rencontres, il nous faut introduire opportunément les laïcs.

2. Dans la ligne de notre fidélité créative, nous nous engageons à promouvoir la diffusion de la doctrine de nos saints carmélitains et à en approfondir l'expérience dans le cadre de nos communautés, aussi bien parmi les religieux que parmi les laïcs, ainsi que par des initiatives provinciales, telles que des cours ou des congrès. Nous devons assurer un effort de relecture de nos Saints Patrons, afin de pouvoir les présenter comme des interlocuteurs du monde religieux, aussi bien dans le domaine oecuménique et interreligieux que dans le champ des diverses cultures. L'un des chemins à ouvrir sera celui de la formation de spécialistes qualifiés dans le domaine de la spiritualité carmélitaine et de la mystique chrétienne.

3.Dans cette même visée, nous réaffirmons notre intention de créer des Instituts et des Centres nationaux ou régionaux de spiritualité carmélitaine thérésienne, tant pour le service interne de l'Ordre que pour l'extérieur. Ils promouvront le contact vital de nos frères avec la doctrine de nos saints, relue dans les divers contextes socio-culturels et ecclésiaux. Il faut en outre qualifier nos religieux pour l'utilisation valable des moyens de communication au service de la pastorale et de la spiritualité.

4. Il est nécessaire de favoriser une fidélité renouvelée aux temps forts de prière personnelle et liturgique pour grandir dans l'attitude contemplative qui nous permettra d'expérimenter Dieu dans toutes les circonstances, personnes et événements; et qui nous conduira à une contemplation engagée témoignant et proclamant la présence de Dieu dans notre histoire.

3. Aspect ecclésial

69. La fidélité créatrice et les exigences de notre époque ont mis en relief l'actualité de l'idéal thérésien de petites communautés priantes, fraternelles et engagées dans l'annonce de l'Évangile. Les petites communautés de ce type, proches de la réalité, sont appelées à devenir signes de la présence de Dieu au cur de l'histoire et du monde, en communion et dialogue avec les églises locales. La proximité à la réalité de la vie des gens créera nécessairement une diversité de fraternités carmélitaines inculturées. Cela exigera un changement de structures.

Ces communautés sont appelées à partager le charisme et la spiritualité avec les laïcs. Ces derniers leur procureront la nécessaire proximité à la réalité pour assumer les grands défis qui s'y présentent et pour s'y incarner. Cela requiert une révision en profondeur des modes de vie, de l'organisation, des canaux par lesquels on offre le témoignage de la fraternité orante et apostolique. Les communautés devront être des communautés qui pourront vivre la vie carmélitaine d'une façon simple, humble, mais spontanée, dans les conditions ordinaires, pour devenir de véritables lieux de rencontre pour ceux qui recherchent la prière contemplative.

  1. Afin de répondre à ces interpellations, au niveau de l'Eglise:

1. La formation et le renouveau de la vie fraternelle en communauté continueront d'être l'une des priorités de l'Ordre si nous voulons demeurer fidèles au charisme du Carmel thérésien. Dans la ligne de l'idéal thérésien, les communautés devront chercher à se garder orantes et fraternelles au service du Royaume de Dieu. Ceci requiert la réalisation de projets communautaires authentiques et viables qui aident à dépasser l'individualisme croissant. Ces projets communautaires doivent être le fruit d'une réflexion communautaire sincère et profonde, à partir de la vocation à laquelle nous nous sentons appelés, dans une attitude de réalisme à l'égard des membres qui nous entourent et des circonscriptions nous sommes intégrés, dans l'intention affirmée de vivre à la fois l'intimité divine et la mission. Les projets tiendront toujours compte des exigences établies dans nos Constitutions. Ils s'efforceront d'être concrets, et devront être évalués en communauté.

2. Le sujet de toute rénovation étant toujours la personne, soit dans sa formation initiale, soit dans sa formation permanente, le critère de discernement et d'accompagnement doit être la capacité d'ouverture, de don de soi et d'abnégation. Tout plan de rénovation doit donc prendre pour base cette compréhension de la personne et cette orientation évangélique, pour trouver son sens et son efficacité.

3. Dans la ligne tracée par le document post-synodal Vita consecrata (96), nos communautés devront être plus ouvertes à partager la vie, le charisme et la spiritualité avec les laïcs. Des expériences nouvelles dans ce domaine, accompagnées d'évaluations périodiques, sont nécessaires. Dans un dialogue communautaire avec les responsables des Circonscriptions et avec les laïcs, on tentera de mener à bien l'une ou l'autre expérience en ce sens. La promotion du laïcat doit être pour nous une priorité, aussi bien dans le domaine de la formation que dans celui de la corresponsabilité au service de nos communautés chrétiennes.

4. Étant donné que nous sommes essentiellement appelés à l'évangélisation, nous serons ouverts aux différents domaines du service de l'évangélisation et engagés dans la collaboration avec l'Église dans le domaine de l'évangélisation, en offrant en particulier notre service spécifique de pastorale de la spiritualité, y compris dans les pays de mission. Nous accorderons aussi une importance spéciale au dialogue oecuménique et interreligieux.

5. En particulier, étant donné que pour beaucoup de nos religieux les lieux d'évangélisation, aussi bien dans les pays de mission que dans ceux où l'Église est établie de longue date, sont paroissiaux ou semi-paroissiaux, il faut que nos frères en formation soient introduits, doctrinalement et pratiquement, dans cette pastorale, de telle façon qu'ils sachent créer ou revivifier, depuis la communauté carmélitano-thérésienne, des communautés ecclésiales locales.

4. Aspect carmélitain

71. Le point de départ est et sera toujours la formation de nos communautés au charisme thérésien et sanjuaniste, dans un style fraternel et suivant les valeurs essentielles de notre vocation dans l'Église. La nécessité d'une formation charismatique est évidente, une formation capable de créer des personnes conscientes de leur charisme personnel et communautaire, et disposées à en témoigner et à le partager dans la mise en commun des divers charismes. Ceci requiert une ecclésiologie de communion qui ne diminue pas les spécificités propres à chaque charisme: elle ne fait pas disparaître les différences, mais fait de la diversité une source d'enrichissement. Une formation dans la relation entre les membres de l'Ordre et avec les laïcs, en contact avec les divers contextes de communion et de collaboration, est décisive non seulement dans le domaine apostolique, mais également dans celui de l'expérience des sources inspiratrices du charisme et de la spiritualité.

72. L'un des moyens pour dynamiser et rendre plus efficace le service que peuvent rendre aux gens le charisme et la spiritualité du Carmel est le dialogue et la collaboration entre les diverses composantes de la famille du Carmel thérésien, de même que l'ouverture à la diversité culturelle. Dans le domaine spirituel et apostolique, le Carmel compte un groupe nombreux de Congrégations religieuses et d'Instituts séculiers affiliés. La racine spirituelle et les nuances multiformes du charisme carmélitain contribuent à manifester ainsi la richesse du charisme et de la spiritualité carmélitaine dans les divers domaines de la pastorale, de la formation et de la nouvelle évangélisation. Il faut, à l'avenir, accroître ce travail en commun. En même temps, une nouvelle relation avec le Carmel Séculier et avec d'autres groupes qui sont nés, et continueront de naître, au sein de la famille de Thérèse de Jésus et de Jean de la Croix donnera une plus grande efficacité au témoignage et à la mission du Carmel. Pour notre formation au sujet de l'identité et de la mission des laïcs dans l'Eglise, il est indispensable d'approfondir les orientations des documents du Magistère, spécialement Gaudium et Spes, Apostolicam actuositatem, Christifideles laici et Vita consecrata nn. 54-56.

73. En accord avec ce que nous venons de dire:

1. Il faut promouvoir le dialogue et la réflexion conjointe avec les membres du Carmel Séculier, avec les Instituts affiliés et avec d'autres groupes carmélitains thérésiens pour découvrir de nouvelles perspectives, en vue de vivre et mettre au service de l'Église notre charisme et notre spiritualité, afin que l'Esprit qui nous anime se manifeste chaque jour davantage à travers nos relations d'authentique fraternité et de coordination pour la promotion de notre charisme.

2. Il est nécessaire de favoriser un dialogue spécial avec nos surs carmélites contemplatives pour enrichir notre perception du charisme et de la spiritualité avec une perspective féminine qui complète et équilibre le point de vue masculin, par sa dimension intuitive-affective, réaliste, nuptiale et maternelle, mariale et orientée vers l'accueil, l'intimité et la compassion. Pour cela, il faut favoriser le développement des Associations et des Fédérations, respectant et renforçant l'autorité de leurs organes de réflexion et de décision, sans nuire à la légitime autonomie des monastères. Il est également important de former nos religieux par des réunions et des cours, spécialement ceux qui exerçent un ministère auprès de nos surs, pour un nouveau style de relation fraternelle plus conforme aux directives de l'Eglise et de l'Ordre, dans la lumière de la doctrine de nos Saints. Il faut également demeurer ouverts afin que les carmélites puissent participer à nos discussions; et si cela semble opportun, nous devrons les inviter aux réflexions officielles qui, d'une manière ou l'autre, les concernent, en respectant toujours leur autonomie et leur liberté.

3. Nous sommes également favorables à la formation de la famille carmélitaine dans tous les groupes qui sont en affinité avec notre idéal : Instituts affiliés, confréries et associations, pour que l'esprit qui nous anime se manifeste chaque jour davantage dans d'authentiques relations fraternelles, de collaboration, coordination et promotion du charisme.

4. Nous confirmons à nouveau nos dévotions carmélitaines traditionnelles, tout en demandant de les adapter opportunément aux conditions de notre temps.

5. A vin nouveau, outres neuves

74. Toutes ces considérations, que nous avons faites dans le but de repartir de l'essentiel de la main même de nos Saints Parents, ne pourront devenir réalité, comme nous l'avons signalé, sans un changement profond de vie, ni sans une restructuration adéquate qui aide à mieux vivre notre vie fraternelle dans des communautés orantes tout en servant l'Église selon notre charisme spécifique et notre spiritualité.

75. Il s'agit avant tout d'être ouverts à une organisation de nos communautés à partir de la pluriformité et l'adaptation aux différentes cultures et situations. Il y aura des lieux où prévaudra une structure monastique, avec des communautés nombreuses; par contre, dans d'autres contextes la solution sera de compter sur des communautés plus petites et plus insérées dans la réalité des gens. Là, l'accent portera sur tels aspects qui ailleurs devront passer au second plan; mais l'engagement à conserver les valeurs essentielles subsistera toujours.

76. Le défi de l'essentiel est comme la clé qui peut nous ouvrir la porte en vue de réponses nouvelles à des situations nouvelles. Nous sommes appelés à courir le risque de la foi pour cheminer sur les voies inédites de l'Esprit. Cela exige de nous d'actualiser notre charisme et parfois de redessiner nos présences en tenant compte de certains critères, de diverses perspectives et de chemins concrets.

77. Nous avons besoin, avant tout, de vivre notre identité charismatique et de savoir la transmettre d'une manière intelligible, fidèles à l'Église, en dialogue avec la réalité. Une authentique restructuration doit être guidée par ces critères. Les perspectives devront être les signes des temps et des lieux, en particulier celui de l'inculturation qui mène à l'unité dans la diversité.

78. Les chemins pratiques ouvrent un large éventail de possibilités qui vont de la restructuration interne de certaines présences et activités (réordonner les finalités, s'adresser à de nouveaux destinataires, changer notre rôle, le réduire ou le développer selon les cas, nous ouvrir à la coopération avec le Carmel Séculier et les laïcs associés) jusqu'à la redistribution des forces (renforcer certaines présences, en diminuer d'autres). En certains cas, il faudra fermer certaines maisons lorsqu'elles ne correspondent plus aux conditions actuelles de notre vie de Carmes thérésiens, à notre nombre, aux contraintes. Enfin, et c'est là le chemin de la fidélité créatrice, il faudra créer de nouvelles présences plus en accord avec notre charisme et avec les défis actuels dans les divers contextes socio-culturels et ecclésiaux.

79.

En conséquence, nous nous engageons à :

1. Favoriser des réunions générales de sensibilisation et de vérification du chemin de renouvellement de la Province ou Circonscription, pour y discerner les centres et les maisons plus vitaux parmi ceux qui n'offrent pas de perspective d'avenir,afin de prendre les décisions pertinentes : renforcer, restructurer, supprimer ou fonder. Dans cette perspective, nous voulons privilégier les maisons de formation, ainsi que celles où existe un plus grand engagement dans le domaine de la pastorale de la spiritualité et celles qui répondent plus directement aux défis permanents et nouveaux de la société et de l'Église tant universelle que particulière.

2.Organiser dans les Provinces et les autres Circonscriptions un programme de formation permanente qui aidera à approfondir, comme base et fondement pour un authentique renouveau, la théologie actuelle de la vie consacrée et la spiritualité de notre Ordre, ainsi que les moyens d'assurer la croissance et le développement humains. Dans cette programmation, on prévoira que tous les membres de la Province ou Circonscription, mais surtout les formateurs actuels ou en voie de l'être, aient la possibilité d'un temps de renouvellement spirituel, intellectuel et apostolique. On encouragera les jeunes religieux dans l'étude systématique de la théologie et des matières annexes, pour que certains soient préparés à poursuivre le travail essentiel de réflexion et d'enseignement théologique.

3. A l'échelon des nations et des régions, on étudiera la manière d'accroître la collaboration pour mieux vivre notre vie carmélitaine thérésienne, pour la formation et pour la réalisation de projets communs caractéristiques de notre présence et de notre service dans l'Église. Le Définitoire Général cherchera à favoriser et à accompagner une plus grande collaboration qui facilite ces initiatives.

TROISIÈME PARTIE

LE CARMEL THÉRÉSIEN EN VOIE DE RÉNOVATION

CONCLUSIONS PRATIQUES

80. Intention: A travers les conclusions pratiques qui suivent, nous voudrions exprimer, sur la base de notre vie et de notre mission, notre volonté de suivre nos Saints dans un retour à l'essentiel, afin de répondre aux défis de notre moment historique.

1. Dimension fraternelle de notre vie

a) Vie communautair

81. Chaque circonscription devra, en accord avec ses propres communautés, élaborer un projet communautaire viable et appréciable, en tenant compte des possibilités selon les rythmes hebdomadaires, mensuels et annuels, pour assurer le processus de croissance de chaque communauté. Un projet qui aide vraiment à dépasser l'individualisme trop croissant.

82. On fera que chaque communauté puisse compter un nombre de religieux suffisant pour pouvoir vivre son idéal thérésien de petite communauté priante, fraternelle, et engagée dans l'annonce de l'Evangile.

83. Afin d'intensifier la collaboration entre tous les religieux, chaque région mettra en oeuvre un projet commun pour les diverses circonscriptions qui la composent.

84. Que chaque circonscription se charge de procurer le matériel nécessaire et d'organiser les activités voulues pour que toutes les communautés soient initiées à la pratique de la Lectio Divina, à la fréquentation priante de la Bible et à l'authentique connaissance du Christ (cf Cant.Spir. 37,4), afin de "toujours partir de Lui" (NMI, 29).

85. Dans les réunions communautaires aussi bien que provinciales, on devra promouvoir l'étude et la réflexion sur les documents de l'Eglise concernant la vie consacrée (Vita consecrata, Congregavit nos in unum...), tout en intensifiant le style thérésien de la vie fraternelle.

b) Formation initiale et formation permanente

86. Il est nécessaire que nos religieux en formation soient introduits doctrinalement et pratiquement dans la pastorale, afin de se rendre capables de créer ou d'animer des communautés ecclésiales locales à partir de leur communauté carmélitaine thérésienne.

87. On organisera périodiquement des activités pour la connaissance et l'examen critique de la réalité socio-culturelle, en vue de favoriser une réflexion théologique incarnée et vivante, dans laquelle nos étudiants seront impliqués dés le début de leur formation.

88. Nous souhaitons qu'une réelle priorité continue d'être accordée à la spécialisation de nos religieux en matière de théologie spirituelle et dans les disciplines annexes.

89. Durant la période de formation initiale, que soit programmé un temps d'étude intensive des sources de notre spiritualité.

90. Avant la Profession solennelle, que soit prévue un expérience d'insertion dans la réalité socio-culturelle ou missionnaire, selon qu'il semblera opportun.

91. Que l'on continue à former nos religieux à l'emploi critique et adapté des moyens de communication, en vue d'une pastorale plus efficace.

92. Dans le cadre des circonscriptions, dans les plans de formation initiale et permanente, on veillera à ce que nos religieux soient formés à un nouveau style de relations fraternelles avec nos Soeurs moniales Carmélites, avec l'Ordre Séculier, avec le Laïcat associé, avec les Instituts affiliés, tout ceci selon les directives de l'Eglise et de l'Ordre, et à la lumière de la doctrine de nos Saints.

93. Que soient organisées des rencontres régionales de formateurs, en vue d'une collaboration dans les problèmes de formation et dans l'élaboration d'une pédagogie de l'oraison.

c) Frères non prêtres

94. Il faut absolûment que, dans la présentation de notre vocation, l'appel au Carmel apparaisse clairement comme une vocation unique, à vivre comme prêtre ou comme frère.

95. Pour la praxis interne de l'Ordre, le Chapitre Général est favorable aux dénominations de "Carmes Déchaux", "Frères Carmes Déchaux", ou "Religieux Carmes Déchaux".

96. Dans les cas où une Province n'aura désigné aucun frère séculier pour le Chapitre Général, le Définitoire pourra toujours en inviter quelques-uns comme observateurs.

2. Carmélites Déchaussées

97. Il est nécessaire de favoriser un dialogue spécial avec nos Soeurs Carmélites Déchaussées, tant au niveau général que provincial, afin d'enrichir notre compréhension du charisme commun.

98. Il importe également de former nos religieux à un style nouveau de relations fraternelles, loin de tout individualisme ou paternalisme.

99. le Chapitre Général demande aux Supérieurs provinciaux de promouvoir dans leurs circonscriptions la formation d'Associations et de Fédérations de Carmélites Déchaussées, en collaboration avec le P.Préposé Général, tout en respectant l'autonomie et la liberté des monastères.

100. Nous resterons ouverts et accueillants, afin que nos Soeurs Carmélites puissent participer de quelque façon à toute réflexion sur les sujets qui les concernent.

3. Carmel Séculier.

101. Chaque circonscription ou région organisera une session sur les nouvelles Constitutions de l'OCDS à l'intention de tous les frères engagés vis-à-vis des Fraternités.

102. En vue d'une collaboration plus ample et d'une meilleure estime du Carmel Séculier, le Chapitre Général demande à toutes les circonscriptions de l'Ordre d'organiser pour les religieux des rencontres qui traiteront de l'ecclésiologie et la mission des laïcs, à la lumière de LG, AA. ChF et VC.

103. Durant le prochain sexennat, le Secrétariat du Carmel Séculier préparera une Ratio Institutionis et un programme de formation pour l'OCDS, qui devront servir de base pour les programmes provinciaux respectifs.

4. Initiatives apostoliques et missionnaires

104. Les Centres de pastorale de la spiritualité de l'Ordre s'efforceront d'offrir à l'Eglise une authentique pédagogie de l'oraison.

105. Nous devrons élaborer, au niveau provincial ou régional, un plan d'ensemble pour la pastorale de notre spiritualité, en comptant sur nos instituts, nos maisons d'éditions, nos revues, nos mouvements, nos maisons de retraite, nos paroisses, nos sanctuaires.

106. En vue de promouvoir les valeurs de l'humanisme thérésien-sanjuaniste, et pour répondre au désir de l'Eglise sur la nouvelle évangélisation, (VC 97), nous acceptons dans une visée apostolique des centres culturels et éducatifs.

107. Au niveau culturel, et pensant à la diffusion de notre spiritualité, il nous faut promouvoir en chaque circonscription la traduction des oeuvres de nos auteurs spirituels en diverses langues, et y collaborer éventuellement de façon économique dans les pays de mission.

108. En ce qui concerne les autres ouvrages, aussi bien que les articles de spiritualité de nos religieux, de nos revues ou des maisons de l'Ordre, nous devons en faciliter les traductions, avec autorisation préalable des revues, auteurs et maisons d'éditions concernés.

109. Dans chaque circonscription, on assurera une participation aux organismes de Justice et Paix déjà en place; on soutiendra efficacerment les ONG déjà existants dans les Provinces, s'appuyant sur la reconnaissance de l'Ordre comme ONG, afin de valoriser et actualiser la dimension prophétique de notre vocation de Carmes.

110. Dans les missions, nous demandons à nos missionnaires de bien estimer tous les aspects positifs des autres cultures et religions, en vue de faciliter le dialogue interreligieux.

111. L'Ordre a le devoir de se compromettre dans le dialogue oecuménique. à partir de l'expérience spirituelle et mystique de notre charisme.

112. Le Chapitre Général encourage à célébrer en 2006 le centenaire de la mort de la Bse Elisabeth de la Trinité, en étudiant et divulguant sa doctrine spirituelle comme apportation singulière du charisme thérésien.

113. Reconnaissant avec gratitude tout ce qui se fait pour promouvoir la connaissance de Ste Thérèse-Bénédicte de la Croix (Edith Stein), le Chapitre encourage l'édition complète de tous ses écrits et leur traduction en diverses langues, et souhaite une étude critique de sa vie, de son expérience et de sa pensée chrétienne, afin de toujours mieux mettre en valeur son témoignage théologico-spirituel.

5. Les moyens de communication

114. A nous de promouvoir la collaboration entre nos centres d'éditions, moyennant des échanges matériels, mais aussi par le partage des expériences et des projets, et même, dans la mesure du possible, par des échanges de personnel.

115. Il nous revient aussi de développer l'utilisation des moyens modernes de communication, en vue d'une pastorale plus efficace de notre spiritualité.

6. Restructuration des présences

116. Que les circonscriptions, partout où la chose s'avérera nécessaire, envisagent une restructuration de leurs présences, en vue de favoriser la formation initiale et le service de la pastorale de la spiritualité.

117. Etant donné qu'il existe, dans certaines circonscriptions, des communautés non canoniquement érigées, ou qu'on y trouve des religieux venus d'autres circonscriptions pour le service de l'Eglise locale, le Définitoire devra régulariser ces situations, dans le dialogue avec les Supérieurs respectifs.

118. Que le Définitoire Général élabore, en dialogue avec les Conférences provinciales et/ou les Circonscriptions, un projet de restructuration.

7. Institutions qui dépendent du Centre de l'Ordr

119. Que les circonscriptions se montrent disponibles pour une collaboration en matière de professeurs pour le Térésianum et de formateurs pour le Collège international, à la demande du Définitoire.

120. Pour le Térésianum, la possibilité d'un programme académique bilingue (italien et anglais) devra être étudiée.

121. Nous demandons au Définitoire Général de créer une commission pour l'étude, puis pour la mise en oeuvre du projet du CITeS présenté au Chapitre Général, afin que ce Centre puisse jouir d'un lieu adapté et recevoir les moyens nécessaires pour ses travaux d'étude, de recherche et de divulgation de notre patrimoine spirituel.

122. Nous souhaitons que notre Institut historique soit restructuré le plus vite possible et retrouve sa vitalité, afin de poursuivre son travail au service de l'Eglise et de l'Ordre.

123. Que le Définitoire étudie, en dialogue avec la Délégation Générale d'Israël, les projets de cette même Délégation concernant Stella Maris; qu'il envisage la possibilité d'y reprendre les cours de formation initiale et permanente, et prévoie la préparation d'un personnel compétent.

8. Famille carmélitaine

124. Partout où la chose n'existe pas encore, nous devons promouvoir la création d'une "Famille Carmélitaine", avec la participation des groupes liés à notre charisme: Instituts affiliés, Confraternités, Laïcs associés.

125. En relation avec l'O.Carm, nous tenons à poursuivre à tous les niveaux le chemin entrepris pour une meilleure connaissance mutuelle et une vraie collaboration.

9. Collaboration avec les laïcs

126. Suivant la ligne établie par le document post-synodal Vita Consecrata, nos communautés doivent s'ouvrir davantage, afin de mieux partager leur vie, leur charisme et leur mission avec les laïcs, dans toute la mesure du possible.