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P. Luis Aróstegui Gamboa
  P. N. Praepositus Generalis
 

LES  DÉFIS DE LA CULTURE EUROPÉENNE:
L'OFFRE DU CARMEL.

ocdgen@pcn.net


 


 

              

 

 

(Conférence prononcée par N.P.Général, au cours de la rencontre des étudiants OCD européens à Marco de Canaveses (Portugal), du 29 août au 6 septembre 2004). 
 

1. L=Europe et le monde. Comme il s=agit d=une rencontre des étudiants Carmes d=Europe, vous avez limité vos réflexions au monde de l=Europe. Ceci est normal, et même conseillable, étant donné qu=il nous faut réfléchir avant tout sur la réalité dans laquelle nous nous sentons insérés. Qu=il nous suffise cependant de rappeler que Atoutes les choses sont miennes@, et que donc toute l=humanité m=intéresse. Et nous savons d=autre part que l=Europe elle-même n=est jamais isolée; elle est de plus en plus conditionnée par le reste du monde. Et donc sa responsabilité envers le reste du monde (qui lui devient de plus en plus présent) est précisément une caractéristique indéniable de l=Europe actuelle et des Européens. Le regard sur le monde entier qui appartient déjà sociologiquement à l=Europe est donc essentiel à notre vision de la vie religieuse carmélitaine. 

2. Notre place dans la culture actuelle. Quand nous parlons des défis lancés par notre société à la vie religieuse, on pourait penser qu=il s=agit de réalités objectives extérieures à nous, et dont nous serions de simples spectateurs. Or ces réalités sont vraiment nôtres, elles nous affectent. Si nous en prenons conscience, nous percevons ce que nous sommes nous-mêmes, tout en admettant des nuances à respecter, selon la diversité des choses. Car en effet: d=où sommes-nous, nous, et quand vivons-nous?  Serions-nous par hasard enfermés dans une cloche de cristal que nous protègerait de la réalité historique d=aujourd=hui? Pouvons-nous vraiment concevoir la vie religieuse actuelle comme cette cloche capable de nous protéger du monde? Tel est le genre de questions qui vont  nous introduire à notre sujet. 

3. Les défis de la culture européenne. Plusieurs d=entre eux apparaissent déjà dans cerains documents officiels qui d=ailleurs ne sont pas réservés à l=Europe. Citons, par exemple, la lettre Novo Millennio ineunte, ou le document de Lisieux Appliquons-nous à toujours commencer, et naturellement celui d=Avila En route avec sainte Thérèse de Jésus et saint Jean de la Croix. Dans le texte de l= AInstrumentum Laboris@ préparatoire au congrès sur la vie religieuse organisé par l=Union des Supérieurs Généraux pour le mois de novembre prochain,on  relève déjà huit points:  la Globalisation et ses ambiguïtés - la Mobilité humaine et ses phénomènes migratoires - les Injustices du système économique et les nouvelles formes de solidarité - la Vie menacée et défendue - le Pluralisme et la différenciation croissante - la Mentalité post-moderne et les attitudes qu=elle engendre - la Soif d=amour et la falsification de l=amour - la Soif du sacré et le matérialisme sécularisant. 

A côté de cet ensemble, il nous faut tout de même tenir compte de certaines tendances clairement positives, bien qu=elles ne soient pas toujours orientées de façon cohérente. Notons entre autres: le sens toujours plus marqué de la dignité de la personne humaine et de ses droits fondamentaux, le rôle de la femme dans la vie publique, le sens de l=écologie entendue comme  responsabilité envers la demeure commune de l=humanité, etc...

Dans une analyse de ces divers défis, et de ce que chacun représente pour la culture européenne, il est toujours possible d=insister sur l=un ou l=autre. Je crois toutefois que, parmi les points qui nous interpellent plus spécialement, nous pouvons souligner les suivants: la Sécularisation - la Globalisation - le Consumisme - et aussi le Pluralisme culturel, surtout en ce qui concerne les valeurs religieuses et morales. Et la globalisation implique également le fait de l=influence croissante de l=immigration avec ses éléments sociaux et culturels, et par conséquent la présence des pays en voie de développement dans la conscience de l=Europe déjà développée.

4. Le Carmel face aux défis. Le Carmel ne détient pas la solution efficace à tous ces problèmes humains et religieux. Car personne ne la détient. Mais il peut, et donc il doit offrir quelque proposition; il doit constituer une réalité positive au milieu de tous ces appels; il ne peut rester insignifiant ou enfermé en lui-même, comme s=il était étranger à la réalité et pouvait se dispenser de vivre une positivité humaine.

 La façon d=aborder cette question peut être la suivante: comment pouvons-nous être et agir, comment nous est-il possible de vivre en Carmes dans cette Europe?  Et comment faire pour que cette vie soit significative pour nous-mêmes et pour les autres? La première exigence est qu=elle soit d=abord et vraiment significative pour nous, dans ce monde d=aujourd=hui que nous constituons nous-mêmes. 

Rappelons deux choses qui ne seront pas développées ici, mais qui sont présupposées et qui ont trait à la vie  religieuse en général. La première, c=est qu=il nous faut toujours partir, et  de l=Evangile de Jésus et de notre Aaujourd=hui@. Ceci veut dire que le discernement de ce qui nous est inspiré par l=Evangile de Jésus-Christ aujourd=hui demeure la norme constante de notre vie. Dans la pratique, ceci laisse supposer  que, comme personnes de notre temps, et sans nostalgie des siècles passés, nous sachions trouver dans l=Evangile la plénitude de notre vie. En acceptant Al=aujourd=hui@, nous  reconnaissons ce que nous sommes. Evidemment, ceci n=entraîne pas l=acceptation inconditionnée de toutes les réalisations actuelles. Au contraire, il est des manières d=apparaître contre-culturel ou signe prophétique, à travers lesquelles nous devons savoir nous présenter comme des personnes d=aujourd=hui, au même titre que les autres.

La seconde vérité à présupposer, c=est la qualité humaine toute spéciale de la vie religieuse. La signification de la vie religieuse ( et spécialement celle du Carmel) ne peut consister dans une sorte d=héroïsme négatif, dans une négation du monde et un rejet continu de ses valeurs. Notre réflexion et notre style de vie doivent pouvoir se donner à entendre dans le cadre d=une interprétation positive de la création, vue comme création de Dieu assumée dans le Christ. Il y a dans la vie religieuse une beauté, un attrait spirituel qui ouvre sur une plénitude de la personne humaine, sans contredire l=abnégation évangélique. 

5. Notre proposition. En tant que Carmes de sainte Thérèse, nous voulons constituer des petites communautés priantes et fraternelles pour le service du Royaume. Cette définition peut paraître générique à juste titre, puisqu=elle serait valable pour la plupart des groupes. Nous pouvons cependant affirmer qu=en  principe elle s=applique spécialement chez nous. Nous avons donc à préciser comment nous concrétisons, nous vivons, nous répondons pour notre part à cette formulation générale.

 Dans le monde de la sécularisation, de l=éloignement de Dieu, du consumisme et du ma térialisme, mais aussi de la soif du sacré, du besoin d=une certaine transcendance, de la recherche du sens et d=une véritable espérance (pas toujours avouée), nous prétendons être des personnes et des communautés qui vivent la présence du Père et de Jésus, dans l=Esprit des fils.

 A travers leur expérience, les grands témoins du Carmel nous conduisent et nous ouvrent à l=Evangile de Jésus. Ils nous révèlent la proximité et la profondeur de l=Evangile, de la Bonne Nouvelle

a) Il y a, en particulier, l=humanité de Dieu à travers le visage du Christ. Nous sommes invités à l=intimité dans la confiance avec Celui dont nous savons aimés. Tellement humain qu=il comprend toutes nos faiblesses (Ste Thérèse de Jésus). 

b) Au Carmel thérésien, cette intimité se vit en communauté. C=est une intimité qui crée une fraternité. D=où une communauté dont le centre est constitué par Jésus et son Royaume (Ste Thérèse de Jésus).

c) Mais il s=agit d=une fraternité ouverte. Le Carmel thérésien n=est pas un refuge pour individualistes, pas davantage un groupe replié qui se complairait en lui-même. S=il existe, c=est pour créer dans le monde la  fraternité et la communion (Ste Thérèse de Jésus). 

d) Tout cet ensemble veut se vivre sous le signe de l=égalité, la liberté, la simplicité, le naturel, la joie, donc dans le respect du sens commun et du sens chrétien. C=est le style d=une famille qui trouve ses racines théologiques dans l=humanité de Dieu en Jésus-Christ, dans sa vie d=amitié et de fréquentation du Seigneur. Ceci n=affecte pas seulement les relations fraternelles, mais  touche également à la conception de la vie théologale en elle-même. On s=y trouve à l=opposé de toute rigidité, du spiritualisme vide, de la fausseté. Ce qui fait l=âme d=un tel style de vie et de relation, c=est l=humilité de la vérité (Ste Thérèse de Jésus).

e) L=expérience évangélique du Carmel inclut le besoin senti de la purification, de la transformation. Ceci comme fruit de l=expérience de la transcendance de Dieu et de sa proximité, s=accompagnant d=une découverte de la beauté du monde comme transparence et manifestation du divin (St Jean de la Croix).

f) La vie du Carmel provoque en chacun, en même temps qu=une expérience cruciale de son propre néant, celle de l=amour miséricordieux. Il en jaillit une invincible espérance dans la puissance de cette amour plein de miséricorde (Ste Thérèse de Lisieux).

g) Cette expérience du rien personnel a souvent pu se vivre comme identification avec ceux qui sont loin, les incroyants (Ste Thérèse de Lisieux) ou avec les victimes de l=injustice, comme l=a montré la présence du Carmel en camp de concentration, sur les lieux de Al=Holocauste@ (Ste Edith Stein).

 Ainsi peut-on y trouver conjointement les exigences de la  raison moderne, en même temps que la paix du coeur et la joie de la foi (Ste Thérèse de Lisieux et Ste Edith Stein).

6). Dieu dans la réalité de l=histoire. Telle se présenterait, synthétisée en quelques mots, la spiritualité du Carmel, son âme, son atmosphère intérieure naturelle, son esprit de famille.

 Prenant appui sur ce fond d=âme, nous pouvons répéter, avec le document d=Avila s=exprimant dans le contexte du monde actuel et suivant l=interprétation théologique d=aujourd=hui: ALa dimension priante et contemplative du Carmel devra se vivre et se présenter comme une ouverture à la transcendance, comme une source d=engagement et d=espérance dans les chemins de la transformation du monde, comme une voie ouverte au dialogue oecuménique et interreligieux, en fonction des différentes situations socio-culturelles@ (n° 62).

 ALes aspirations à la liberté et à la libération, fruits d=une prise de conscience de la dignité humaine, exigent un engagement de toutes les personnes de bonne volonté dans la défense et la promotion des droits de l=homme. Le Carmel de l=avenir ne pourra plus se garder étranger à ces défis, puisqu=il sait comment Thérèse de Jésus, Jean de la Croix et les autres saints de l=Ordre qui sont nos maîtres de vie spirituelle ont parlé de la dignité des personnes créées à l=image de Dieu et appelées à la transformation en Lui@ (n° 62).

 AComme Carmes thérésiens, nous entendons affronter les défis qui se présentent dans les réalités socio-culturelles et ecclésiales. Nous voulons promouvoir une connaissance de la sociologie capable d=aider nos religieux à lire ces réalités et entreprendre une réflexion théologique à la fois réaliste et incarnée. Aussi est-il nécessaire de leur aider, dès le temps de leur première formation, à connaître et à comprendre le monde dans lequel nous vivons, avec ses espérances, ses aspirations, et même les menaces  dramatiques qui souvent le caractérisent (cf.GS,4). Nos religieux doivent donc apprendre à se sentir corresponsables des problèmes sociaux et à  chercher des solutions, pour modestes qu=elles soient. aux problèmes qui nous entourent. Telle sera leur manière d=actualiser la conscience prophétique qui doit nous caractériser, loin de tout absentéisme et de toute passivité@ (n° 63).

 Déjà nous avons vu que la contemplation (mais non la contemplation psychologique ou esthétique) inclut toujours Al=amour de Dieu et du prochain@,  qu=elle veut saisir la réalité humaine historique et concrète. C=est qu=il s=agit d=une contemplation intégrée, évangélique. Dans cette perspective, on peut encore dire que:

 ALes hommes de prière authentiques, les contemplatifs, sont des gens Acapables de trouver Dieu présent et proche dans les personnes et les  événements, dans le positif et le négatif de l=histoire. Un Dieu qui nous interroge et nous interpelle. Une contemplation ainsi engagée sera capable de révéler le visage du Dieu et Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ aux personnes qui le cherchent à tâtons@...@La réalisation vécue et le témoignage de l=expérience de Dieu trouveront alors leur rôle au sein des défis soulevés dans chaque ambiance socio-culturelle et ecclésiale. Il importe d=aider à découvrir Dieu comme source de plénitude et libérateur, comme Dieu de l=espérance, comme Dieu-Père-Mère, comme quelqu=un de toujours proche@ (n°65).

 On trouve ici une abondante matière à réflexion: la contemplation évangélique nous découvre Dieu comme plénitude et libération, un Dieu source d=espérance.

 En ce sens, le document d=Avila signale quelques pistes préférentielles. Il insiste sur l=étude et la lecture priante de la Bible, dans l=écoute de la Parole; c=est là une expérience type qui donne de découvrir, sur la base de la foi, la présence de Dieu et ses interpellations dans l=histoire (n°66).A partir d=une expérience spirituelle évangélique profonde, qu=elle soit personnelle, qu=elle soit partagée avec d=autres que nous accueillons en leur offrant les occasions et les moyens de rèaliser la même expérience, ou qu=elle se divulgue à travers la création de centres et instituts de spiritualité, le futur Carmel pourra assurer à l=Eglise un service de qualité (n°67).

 On suggère donc d=organiser autant que possible des sessions, des retraites, etc...  la Parole soit proposée, et où la prière s=exprime à partir de la vie (n°68,1).

 Dans la même perspective, il nous faut insister pour promouvoir la connaissance et l=approfondissement de la doctrine de nos Saints, en les relisant comme interlocuteurs du monde religieux. D=où la nécessité de spécialistes qualifiés dans le domaine de la spiritualité (n.ib,2).

 Tout ceci demande à être intégré dans la réalité humaine et historique. Aussi n=a-t-on pas oublié de rappeler le besoin d=une bonne connaissance de la réalité sociologique, dans le cadre de la formation. Et insistons encore sur l=urgence d=un engagement compromettant dans la recherche de solutions aux divers problèmes, même quand notre action doit rester discrète.

6. Notre sens et notre identité. On insiste assez fortement, dans le document d=Avila, sur la pastorale de la spiritualité. Et comme il y est dit sans équivoque, celle-ci voudra contribuer à promouvoir la paix et la justice. D=ailleurs, si l=on veut prendre en compte tous les éléments de nos Constitutions, on voit comme elle ouvrent un champ très vaste à l=apostolat: ANous sentant essentiellement envoyés pour l=oeuvre de l=évangélisation, nous resterons ouverts aux différents domaines où s=exerce le service évangélique, nous engageant avec l=Eglise dans le champ de l=apostolat, tout en offrant notre service particulier à la pastorale de la spiritualité (n°70,4). 

  a) En premier lieu, nous avons peut-être à nous demander: comment doit se présenter exactement cette pastorale de la spiritualité? Suffira-t-il de la limiter aux études académiques, aux retraites, aux sessions d=initiation à l=oraison, comme nous le faisons déjà et aurons toujours à le faire? Mais alors, comment saurons-nous renouveler tout cet ensemble, afin qu=il en arrive à promouvoir la paix et la justice, à nous engager vraiment dans la transformation du monde ? Comment faire pour y introduire une réelle espérance pour les migrants, par exemple, et pour les prisonniers, et pour toutes les victimes d=une injuste distribution des biens de la terre? A nous d=assimiler cette spiritualité, de telle façon qu=elle nous rende capables de bien distribuer le pain de l=Evangile. 

   b)  Je crois sincèrement que notre identité, ainsi que notre proposition, aussi bien en ce qui nous touche comme membres de notre culture, qu=en ce qui concerne notre pastorale, demande à s=incarner dans la vie. La première question qui s=impose, face aux interpellations qui s=adressent à nous comme à des gens marqués par une culture donnée, n=est pas le simple choix d=une pastorale ou d=une autre. Notre identité propre, notre sens de la réalité, dépendent de notre vie, et pas d=un service particulier qui se prétendrait carmélitain. Aussi j=insiste à nouveau sur l=exigence d=une communauté orante et fraternelle, pour le service du Royaume.

 Dans sa réalisation, ce genre de vie gardera conscience des défis de la culture et du monde actuels: absence généralisée de Dieu en même temps que soif de Dieu, comme je l=ai dit, et mépris de la dignité humaine (tout un monde de guerre et de misère).

 Etre présents par la prière et l=engagement, c=est être vraiment contemplatifs, d=une contemplation  théologique et chrétienne capable d=embrasser en même temps Dieu et l=humanité. Telle était la contemplation de N.M. sainte Thérèse aux temps de ses fondations, comme ensuite celle de Thérèse de Lisieux. Citons aussi le P.Jérôme Graciàn, qui retrouvait dans l=oraison les cartes géographiques de son époque, ce qui lui donna de penser aux missions du Mexique, au point d=y voir une étape possible sur sa route vers l=Orient, vers la Chine et les Philippines.

  c). Une pastorale spécifique de la spiritualité reste nécessaire. Elle est attendue des Carmes comme une chose qui leur est propre, compte tenu de la grande tradition du Carmel et du réel besoin qui se fait sentir aujourd=hui d=une diffusion efficace et entraînante de l=esprit de Jésus.

  Cependant cette pastorale de la spiritualité n=est pas la seule manière de communiquer l=esprit de Jésus, tel qu=il a toujours été vécu au Carmel. Ce qui reste décisif, c=est que nous soyons authentiquement Carmes, que nous soyons imbus de la spiritualité du Carmel, que nous la  vivions  personnellement et communautairement, dans les limites de notre fragilité humaine. C=est à ce prix que, dans les champs divers où nous aurons à travailler, nous transmettrons tout naturellement cette spiritualité autour de nous, suivant les besoins et les capacités de nos frères et de nos soeurs.

8. Des signes de la présence de Dieu. Bien que la prétention puisse paraître exagérée,  osons dire que nous devons et voulons être d=une certaine manière des signes de la présence de Dieu au coeur du monde. Ceci peut nous sembler trop fort pour nous, connaissant la fragilité de notre témoignage, et cependant le Seigneur nous le demande.

 Ce genre de signe se réalise par le moyen de l=oraison, la contemplation. On le comprend d=abord théologiquement, quand on voit Jésus rempli de l=Esprit, comblé dans sa relation à son Père durant toute sa vie, et s=exprimant lui-même dans l=oraison. Mais nous pouvons affirmer que c=est la même chose qui aujourd=hui est attendue dans un certain sens, et donc demandée à une communauté religieuse. S=il n=y a pas une présence manifeste du Seigneur dans sa vie communautaire, elle cesse d=être un signe. Comment faire? C=est ici qu=il importerait de retrouver la vérité et le naturel des Saints du Carmel. Il n=existe pas de moyen pour s=emparer de Dieu. Et l=oraison n=est pas un simple exercice édifiant ou dévot pour fournir matière à l=exhibition. C=est une nécessité, c=est une recherche, c=est pour nous quelque chose de naturel, si nous admettons qu=en nous y livrant nous ne prétendons pas à la pure oraison de l=amour pur, mais nous adoptons au moins les moyens pour y tendre.

  D=autre part, on attend aussi aujourd=hui le signe de la fraternité. En nos temps d=individualisme, la nécessité d=une communion fraternelle se  fait davantage sentir, même  si on la demande surtout aux autres. Toujours est-il qu=il serait bien difficile de croire à l=authenticité d=une vie d=oraison que n=accompagnerait pas une recherche d=authenticité dans la vie fraternelle. Et chacun sait que nous touchons ici un élément essentiel au charisme thérésien. Une innovation qui a marqué l=histoire spirituelle de l=Ordre. 

9. Des centres de compassion et d=espérance. La spiritualité carmélitaine doit faire de nos communauté des lieux de compassion et d=espérance. Voici deux mots qui définissent en profondeur notre spiritualité. Nos communautés doivent en effet exprimer par là leur façon de comprendre les choses et de se comporter, en fonction de leur mentalité spirituelle. Chose qui doit transparaître comme naturellement dans toute notre activité apostolique. Evidemment, je ne veux pas dire que ceci appartient au Carmel en exclusivité: rien n=est à nous en exclusivité. Disons cependant qu=il est dans la spiritualité carmélitaine une manière spéciale de mettre en valeur ces éléments. Ils nous dictent des attitudes qui doivent marquer et façonner notre pastorale, des attitudes qui révèlent bien notre rôle comme signes de la présence de Dieu dans le monde.

  Tout ceci implique une manière d=être et d=agir, une sensibilité toujours en éveil et un engagement conscient suivant notre conception de la vie religieuse et de notre charisme. Notre vie toute sobre, notre générosité, nos critères sociaux et politiques, notre comportement tout imprégné de foi chrétienne doivent réaffirmer constamment notre option en faveur d=une profonde transformation du monde, notre dénonciation de toute injustice et de toute cruauté, notre condamnation de la misère intolérable qui accable tant de nos frères dans le monde.

10. Il nous faut assumer avec décision et clarté une attitude charismatique positive. Jamais négative ou restrictive. Jamais passive ou répétitive. C=est avec une grande largeur de vue que nous devons discerner et consentir, sur nos divers champs d=action, notre manière de nous réaliser comme Carmes, sincèrement et généreusement, afin d=offrir l=Evangile de Jésus selon un style carmélitain.

  Cette optique stimulera chez nous, aussi bien personnellement que communautairement, un esprit créatif, qui ne se laissera jamais éteindre par les schémas  ou les préjugés en cours.

  De plus, nous aurons à développer toujours et sereinement un esprit d=intégration. Puisque le Carmel constitue un corps intégrant des membres nombreux, il lui faut consentir une diversité dans ses modes de vie concrète  et dans ses champs d=apostolat: Tout en demeurant bien unis dans leur spiritualité et leur fréquentation amoureuse de leurs Pères communs, les religieux doivent savoir incarner concrètement les grandes valeurs dont ils vivent.

11. Les laïcs. Notre union avec nos Soeurs Carmélites est toujours hors de doûte. Aussi importe-t-il qu=elles-mêmes et nous-mêmes nous sentions collaborateurs et corresponsables dans notre manière de vivre notre charisme et de servir à l=évangélisation, comme aussi d=aider à l=orientation des laïcs de la famille carmélitaine (Ordre du Carmel séculier et autres groupes). Le document d=Avila y insiste à plusieurs reprises, comme l=avait déjà  fait l=exhortation apostolique AVita Consecrata@.Il ne s=agit pas d=une nouvelle mode, mais bien d=une vision théologique concernant la communion ecclésiale, au sein de laquelle tous les membres doivent pouvoir s=enrichir avec les dons de tous. Nous pensons ici aux séculiers qui vivent leur vie chrétienne à la lumière et dans la ferveur de la spiritualité carmélitaine, et qui sont décidés à collaborer à l=oeuvre d=évangélisation, sous des modes différents et à divers degrés. Ils n=ont pas à copier les religieux, ils doivent assumer leur condition séculière. Qu=ils le fassent déjà effectivement, j=ai pu le constater en plusieurs occasions. Leur condition les met d=ailleurs en mesure d=atteindre certains milieux qui nous sont inaccessibles, où ils peuvent vivre la spiritualité du Carmel en apportant l=Evangile au monde où ils vivent et travaillent.

  Mais s=ils n=ont pas à imiter le style propre à la vie consacrée comme telle, ils n=ont pas davantage à réduire la valeur inhérente à cette même vie consacrée. Leur vie ne va pas remplacer la vie religieuse consacrée. Naturellement, ceci ne les empêche pas de nous enrichir précieusement à travers leur propre expérience spirituelle et humaine, tandis qu=en revanche nous ne cessons de les enrichir et les encourager par notre propre vie, si toutefois nous la  réalisons dans  toute son authenticité.

  On peut donc croire que, si nos relations sont ce qu=elles doivent être, nos groupes séculiers carmélitains respecteront, favoriseront et renforceront notre vie consacrée, ainsi que la vie fraternelle de nos communautés, sans risque de porter le moindre préjudice à notre cohésion spirituelle et fraternelle. 

12. La collaboration entre les circonscriptions. AOn étudiera la manière de développer la collaboration au niveau des nations ou des régions, afin de mieux vivre notre vie carmélitaine thérésienne, d=assurer une formation adéquate, et de mener à bien les initiatives communes qui doivent caractériser notre présence et notre service dans l=Eglise@ (Document d=Avila,n°79,3).

  Ce qui doit nous caractériser effectivement, c=est toujours notre style de vie, notre être. Mais ceci supposé, il est évident que nous avons encore  besoin de nous enrichir au contact de personnes compétentes et à la faveur de certaines structures particulièrement adéquates à la pastorale de la spiritualité. Efforçons-nous de cultiver notre préparation avec cette largeur de vue que nous avons envisagée plus haut.

Disons cependant que, jusqu=ici, il est surtout question de la collaboration entre les diverses nations, et particulièrement entre les nations européennes. Je crois que nous trouvons déjà un long chemin devant nous. Et ce n=est pas chose neuve, car le passé nous a laissé de nombreux exemples de collaboration,au moins de manière commune et générale. Aujourd=hui, les jeunes s=habituent à courir l=Europe et se familiarisent avec d=autres pays, aussi bien pour leur formation que pour leur travail. Chose que les jeunes Carmes doivent assumer assez naturellement. Déjà nous connaissons des exemples, soit dans les initiatives pastorales, soit dans la formation. Parfois, c=est la nécessité qui s=impose, mais ceci n=empêche pas la collaboration de s=avérer positive. Il nous faudra donc avancer en ce sens; pensons, par exemple , aux effectifs attendus pour de nouvelles fondations, ou pour le secours aux circonscriptions plus faibles. 

Des rencontres comme celle-ci, tout comme le développement de maisons pour la formation en commun, et l=étude des langues étrangères, ne peuvent que former la  mentalité des jeunes et les préparer pour une vraie collaboration entre régions et entre nations

      Luis Aróstegui, ocd, Préposé Général.

 

     
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Updated 17 mag 2005 by OCD General House
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