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(Conférence prononcée par N.P.Général, au cours de la
rencontre des étudiants OCD européens à Marco de
Canaveses (Portugal), du 29 août au 6 septembre 2004).
1. L=Europe
et le monde.
Comme il s=agit
d=une
rencontre des étudiants Carmes d=Europe,
vous avez limité vos réflexions au monde de l=Europe.
Ceci est normal, et même conseillable, étant donné qu=il
nous faut réfléchir avant tout sur la réalité dans
laquelle nous nous sentons insérés. Qu=il
nous suffise cependant de rappeler que
Atoutes
les choses sont miennes@,
et que donc toute l=humanité
m=intéresse.
Et nous savons d=autre
part que l=Europe
elle-même n=est
jamais isolée; elle est de plus en plus conditionnée par
le reste du monde. Et donc sa responsabilité envers le
reste du monde (qui lui devient de plus en plus présent)
est précisément une caractéristique indéniable de l=Europe
actuelle et des Européens. Le regard sur le monde entier
qui appartient déjà sociologiquement à l=Europe
est donc essentiel à notre vision de la vie religieuse
carmélitaine.
2. Notre
place dans la culture actuelle.
Quand nous parlons des défis lancés par notre société à
la vie religieuse, on pourait penser qu=il
s=agit
de réalités objectives extérieures à nous, et dont nous
serions de simples spectateurs. Or ces réalités sont
vraiment nôtres, elles nous affectent. Si nous en
prenons conscience, nous percevons ce que nous sommes
nous-mêmes, tout en admettant des nuances à respecter,
selon la diversité des choses. Car en effet: d=où
sommes-nous, nous, et quand vivons-nous?
Serions-nous par hasard enfermés dans une cloche de
cristal que nous protègerait de la réalité historique d=aujourd=hui?
Pouvons-nous vraiment concevoir la vie religieuse
actuelle comme cette cloche capable de nous protéger du
monde? Tel est le genre de questions qui vont nous
introduire à notre sujet.
3. Les
défis de la culture européenne.
Plusieurs d=entre
eux apparaissent déjà dans cerains documents officiels
qui d=ailleurs
ne sont pas réservés à l=Europe.
Citons, par exemple, la lettre Novo Millennio ineunte,
ou le document de Lisieux Appliquons-nous à toujours
commencer, et naturellement celui d=Avila
En route avec sainte Thérèse de Jésus et saint Jean
de la Croix. Dans le texte de l=
AInstrumentum
Laboris@
préparatoire au congrès sur la vie religieuse organisé
par l=Union
des Supérieurs Généraux pour le mois de novembre
prochain,on relève déjà huit points: la
Globalisation et ses ambiguïtés - la Mobilité humaine et
ses phénomènes migratoires - les Injustices du système
économique et les nouvelles formes de solidarité - la
Vie menacée et défendue - le Pluralisme et la
différenciation croissante - la Mentalité post-moderne
et les attitudes qu=elle
engendre - la Soif d=amour
et la falsification de l=amour
- la Soif du sacré et le matérialisme sécularisant.
A côté de
cet ensemble, il nous faut tout de même tenir compte de
certaines tendances clairement positives, bien qu=elles
ne soient pas toujours orientées de façon cohérente.
Notons entre autres: le sens toujours plus marqué de la
dignité de la personne humaine et de ses droits
fondamentaux, le rôle de la femme dans la vie publique,
le sens de l=écologie
entendue comme responsabilité envers la demeure
commune de l=humanité,
etc...
Dans une
analyse de ces divers défis, et de ce que chacun
représente pour la culture européenne, il est toujours
possible d=insister
sur l=un
ou l=autre.
Je crois toutefois que, parmi les points qui nous
interpellent plus spécialement, nous pouvons souligner
les suivants: la Sécularisation - la Globalisation - le
Consumisme - et aussi le Pluralisme culturel, surtout en
ce qui concerne les valeurs religieuses et morales. Et
la globalisation implique également le fait de l=influence
croissante de l=immigration
avec ses éléments sociaux et culturels, et par
conséquent la présence des pays en voie de développement
dans la conscience de l=Europe
déjà développée.
4. Le
Carmel face aux défis.
Le Carmel ne détient pas la solution efficace à tous ces
problèmes humains et religieux. Car personne ne la
détient. Mais il peut, et donc il doit offrir quelque
proposition; il doit constituer une réalité positive au
milieu de tous ces appels; il ne peut rester
insignifiant ou enfermé en lui-même, comme s=il
était étranger à la réalité et pouvait se dispenser de
vivre une positivité humaine.
La façon d=aborder
cette question peut être la suivante: comment
pouvons-nous être et agir, comment nous est-il possible
de vivre en Carmes dans cette Europe? Et comment
faire pour que cette vie soit significative pour
nous-mêmes et pour les autres? La première exigence est
qu=elle
soit d=abord
et vraiment significative pour nous, dans ce monde d=aujourd=hui
que nous constituons nous-mêmes.
Rappelons
deux choses qui ne seront pas développées ici, mais qui
sont présupposées et qui ont trait à la vie
religieuse en général. La première, c=est
qu=il
nous faut toujours partir, et de l=Evangile
de Jésus et de notre
Aaujourd=hui@.
Ceci veut dire que le discernement de ce qui nous est
inspiré par l=Evangile
de Jésus-Christ aujourd=hui
demeure la norme constante de notre vie. Dans la
pratique, ceci laisse supposer que, comme
personnes de notre temps, et sans nostalgie des siècles
passés, nous sachions trouver dans l=Evangile
la plénitude de notre vie. En acceptant
Al=aujourd=hui@,
nous reconnaissons ce que nous sommes. Evidemment,
ceci n=entraîne
pas l=acceptation
inconditionnée de toutes les réalisations actuelles. Au
contraire, il est des manières d=apparaître
contre-culturel ou signe prophétique, à travers
lesquelles nous devons savoir nous présenter comme des
personnes d=aujourd=hui,
au même titre que les autres.
La seconde
vérité à présupposer, c=est
la qualité humaine toute spéciale de la vie religieuse.
La signification de la vie religieuse
( et spécialement celle du
Carmel) ne peut consister dans une sorte d=héroïsme
négatif, dans une négation du monde et un rejet continu
de ses valeurs. Notre réflexion et notre style de vie
doivent pouvoir se donner à entendre dans le cadre d=une
interprétation positive de la création, vue comme
création de Dieu assumée dans le Christ. Il y a dans la
vie religieuse une beauté, un attrait spirituel qui
ouvre sur une plénitude de la personne humaine, sans
contredire l=abnégation
évangélique.
5. Notre
proposition.
En tant que Carmes de sainte Thérèse, nous voulons
constituer des petites communautés priantes et
fraternelles pour le service du Royaume. Cette
définition peut paraître générique à juste titre, puisqu=elle
serait valable pour la plupart des groupes. Nous pouvons
cependant affirmer qu=en
principe elle s=applique
spécialement chez nous. Nous avons donc à préciser
comment nous concrétisons, nous vivons, nous répondons
pour notre part à cette formulation générale.
Dans le
monde de la sécularisation, de l=éloignement
de Dieu, du consumisme et du ma térialisme, mais aussi
de la soif du sacré, du besoin d=une
certaine transcendance, de la recherche du sens et d=une
véritable espérance (pas toujours avouée), nous
prétendons être des personnes et des communautés qui
vivent la présence du Père et de Jésus, dans l=Esprit
des fils.
A travers
leur expérience, les grands témoins du Carmel nous
conduisent et nous ouvrent à l=Evangile
de Jésus. Ils nous révèlent la proximité et la
profondeur de l=Evangile,
de la Bonne Nouvelle
a) Il y a,
en particulier, l=humanité
de Dieu à travers le visage du Christ.
Nous sommes invités à l=intimité
dans la confiance avec Celui dont nous savons aimés.
Tellement humain qu=il
comprend toutes nos faiblesses (Ste Thérèse de Jésus).
b) Au Carmel
thérésien, cette intimité se vit en communauté. C=est
une intimité qui crée une fraternité. D=où
une communauté dont le centre est
constitué par Jésus et son Royaume (Ste Thérèse
de Jésus).
c) Mais il s=agit
d=une
fraternité ouverte. Le Carmel thérésien n=est
pas un refuge pour individualistes, pas davantage un
groupe replié qui se complairait en lui-même. S=il
existe, c=est
pour créer dans le monde la fraternité et la
communion (Ste Thérèse de Jésus).
d) Tout cet
ensemble veut se vivre sous le signe de l=égalité,
la liberté, la simplicité, le naturel, la joie,
donc dans le respect du sens commun et du sens chrétien.
C=est
le style d=une
famille qui trouve ses racines théologiques dans l=humanité
de Dieu en Jésus-Christ, dans sa vie d=amitié
et de fréquentation du Seigneur. Ceci n=affecte
pas seulement les relations fraternelles, mais
touche également à la conception de la vie théologale en
elle-même. On s=y
trouve à l=opposé
de toute rigidité, du spiritualisme vide, de la
fausseté. Ce qui fait l=âme
d=un
tel style de vie et de relation, c=est
l=humilité
de la vérité (Ste Thérèse de Jésus).
e) L=expérience
évangélique du Carmel inclut le besoin senti de la
purification, de la transformation. Ceci comme fruit
de l=expérience
de la transcendance de Dieu et de sa proximité, s=accompagnant
d=une
découverte de la beauté du monde comme transparence et
manifestation du divin (St Jean de la Croix).
f) La vie du
Carmel provoque en chacun, en même temps qu=une
expérience cruciale de son propre néant, celle de
l=amour
miséricordieux.
Il en jaillit une invincible espérance dans la puissance
de cette amour plein de
miséricorde (Ste Thérèse de Lisieux).
g) Cette
expérience du rien personnel a souvent pu se vivre comme
identification avec ceux qui sont loin, les
incroyants (Ste Thérèse de Lisieux) ou avec les
victimes de l=injustice,
comme l=a
montré la présence du Carmel en camp de concentration,
sur les lieux de
Al=Holocauste@
(Ste Edith Stein).
Ainsi
peut-on y trouver conjointement les exigences de la
raison moderne, en même temps que la paix du
coeur et la joie de la foi (Ste Thérèse de
Lisieux et Ste Edith Stein).
6).
Dieu dans la réalité de l=histoire.
Telle se présenterait, synthétisée en quelques mots, la
spiritualité du Carmel, son âme, son atmosphère
intérieure naturelle, son esprit de famille.
Prenant
appui sur ce fond d=âme,
nous pouvons répéter, avec le document d=Avila
s=exprimant
dans le contexte du monde actuel et suivant l=interprétation
théologique d=aujourd=hui:
ALa
dimension priante et contemplative du Carmel devra se
vivre et se présenter comme une ouverture à la
transcendance, comme une source d=engagement
et d=espérance
dans les chemins de la transformation du monde, comme
une voie ouverte au dialogue oecuménique et
interreligieux, en fonction des différentes situations
socio-culturelles@
(n°
62).
ALes
aspirations à la liberté
et à la libération, fruits d=une
prise de conscience de la dignité humaine, exigent un
engagement de toutes les personnes de bonne volonté dans
la défense et la promotion des droits de l=homme.
Le Carmel de l=avenir
ne pourra plus se garder étranger à ces défis, puisqu=il
sait comment Thérèse de Jésus, Jean de la Croix et les
autres saints de l=Ordre
qui sont nos maîtres de vie spirituelle ont parlé de la
dignité des personnes créées à l=image
de Dieu et appelées à la transformation en Lui@
(n°
62).
AComme
Carmes thérésiens, nous entendons affronter les défis
qui se présentent dans les réalités socio-culturelles
et ecclésiales. Nous voulons promouvoir une
connaissance de la sociologie capable d=aider
nos religieux à lire ces réalités et entreprendre une
réflexion théologique à la fois réaliste et incarnée.
Aussi est-il nécessaire de leur aider, dès le temps de
leur première formation, à connaître et à comprendre le
monde dans lequel nous vivons, avec ses espérances, ses
aspirations, et même les menaces dramatiques qui
souvent le caractérisent (cf.GS,4).
Nos religieux doivent donc apprendre à se sentir
corresponsables des problèmes sociaux et à
chercher des solutions, pour modestes qu=elles
soient. aux problèmes qui
nous entourent. Telle sera leur manière d=actualiser
la conscience prophétique qui doit nous caractériser,
loin de tout absentéisme et de toute passivité@
(n°
63).
Déjà nous
avons vu que la contemplation (mais non la contemplation
psychologique ou esthétique) inclut toujours
Al=amour
de Dieu et du prochain@,
qu=elle
veut saisir la réalité humaine historique et concrète. C=est
qu=il
s=agit
d=une
contemplation intégrée, évangélique. Dans cette
perspective, on peut encore dire que:
ALes
hommes de prière authentiques, les contemplatifs, sont
des gens
Acapables
de trouver Dieu présent et proche dans les personnes
et les événements, dans le positif et le
négatif de l=histoire.
Un Dieu qui nous interroge et nous
interpelle. Une contemplation ainsi engagée sera
capable de révéler le visage du Dieu et Père de
Notre-Seigneur Jésus-Christ aux personnes qui le
cherchent à tâtons@...@La
réalisation vécue et le témoignage de l=expérience
de Dieu trouveront alors leur rôle au sein des défis
soulevés dans chaque ambiance socio-culturelle et
ecclésiale. Il importe d=aider
à découvrir Dieu comme source de plénitude et
libérateur, comme Dieu de l=espérance,
comme Dieu-Père-Mère, comme quelqu=un
de toujours proche@
(n°65).
On trouve
ici une abondante matière à réflexion: la contemplation
évangélique nous découvre Dieu comme plénitude et
libération, un Dieu source d=espérance.
En ce sens,
le document d=Avila
signale quelques pistes préférentielles. Il insiste sur
l=étude
et la lecture priante de la Bible, dans l=écoute
de la Parole; c=est
là une expérience type qui donne de découvrir, sur la
base de la foi, la présence de Dieu et ses
interpellations dans l=histoire
(n°66).A
partir d=une
expérience spirituelle évangélique profonde, qu=elle
soit personnelle, qu=elle
soit partagée avec d=autres
que nous accueillons en leur offrant les occasions et
les moyens de rèaliser la même expérience, ou qu=elle
se divulgue à travers la création de centres et
instituts de spiritualité, le futur Carmel pourra
assurer à l=Eglise
un service de qualité (n°67).
On suggère
donc d=organiser
autant que possible des sessions, des retraites, etc...où
la Parole soit proposée, et où la prière s=exprime
à partir de la vie (n°68,1).
Dans la
même perspective, il nous faut insister pour promouvoir
la connaissance et l=approfondissement
de la doctrine de nos Saints, en les relisant comme
interlocuteurs du monde religieux. D=où
la nécessité de spécialistes qualifiés dans le domaine
de la spiritualité (n.ib,2).
Tout ceci
demande à être intégré dans la réalité humaine et
historique. Aussi n=a-t-on
pas oublié de rappeler le besoin d=une
bonne connaissance de la réalité sociologique, dans le
cadre de la formation. Et insistons encore sur l=urgence
d=un
engagement compromettant dans la recherche de solutions
aux divers problèmes, même quand notre action doit
rester discrète.
6. Notre
sens et notre identité.
On insiste assez fortement, dans le document d=Avila,
sur la pastorale de la spiritualité. Et comme il y est
dit sans équivoque, celle-ci voudra contribuer à
promouvoir la paix et la justice. D=ailleurs,
si l=on
veut prendre en compte tous les éléments de nos
Constitutions, on voit comme elle ouvrent un champ très
vaste à l=apostolat:
ANous
sentant essentiellement envoyés pour l=oeuvre
de l=évangélisation,
nous resterons ouverts aux différents domaines où s=exerce
le service évangélique, nous engageant avec l=Eglise
dans le champ de l=apostolat,
tout en offrant notre service particulier à la pastorale
de la spiritualité (n°70,4).
a) En
premier lieu, nous avons peut-être à nous demander:
comment doit se présenter exactement cette pastorale de
la spiritualité? Suffira-t-il de la limiter aux études
académiques, aux retraites, aux sessions d=initiation
à l=oraison,
comme nous le faisons déjà et aurons toujours à le
faire? Mais alors, comment saurons-nous renouveler tout
cet ensemble, afin qu=il
en arrive à promouvoir la paix et la justice, à nous
engager vraiment dans la transformation du monde ?
Comment faire pour y introduire une réelle espérance
pour les migrants, par exemple, et pour les prisonniers,
et pour toutes les victimes d=une
injuste distribution des biens de la terre? A nous d=assimiler
cette spiritualité, de telle façon qu=elle
nous rende capables de bien distribuer le pain de l=Evangile.
b) Je crois sincèrement que notre identité, ainsi
que notre proposition, aussi bien en ce qui nous touche
comme membres de notre culture, qu=en
ce qui concerne notre pastorale, demande à s=incarner
dans la vie. La première question qui s=impose,
face aux interpellations qui s=adressent
à nous comme à des gens marqués par une culture donnée,
n=est
pas le simple choix d=une
pastorale ou d=une
autre. Notre identité propre, notre sens de la réalité,
dépendent de notre vie, et pas d=un
service particulier qui se prétendrait carmélitain.
Aussi j=insiste
à nouveau sur l=exigence
d=une
communauté orante et fraternelle, pour le service du
Royaume.
Dans sa
réalisation, ce genre de vie gardera conscience des
défis de la culture et du monde actuels: absence
généralisée de Dieu en même temps que soif de Dieu,
comme je l=ai
dit, et mépris de la dignité humaine (tout un monde de
guerre et de misère).
Etre
présents par la prière et l=engagement,
c=est
être vraiment contemplatifs, d=une
contemplation théologique et chrétienne capable d=embrasser
en même temps Dieu et l=humanité.
Telle était la contemplation de N.M. sainte Thérèse aux
temps de ses fondations, comme ensuite celle de Thérèse
de Lisieux. Citons aussi le P.Jérôme Graciàn, qui
retrouvait dans l=oraison
les cartes géographiques de son époque, ce qui lui donna
de penser aux missions du Mexique, au point d=y
voir une étape possible sur sa route vers l=Orient,
vers la Chine et les Philippines.
c).
Une pastorale spécifique de la spiritualité reste
nécessaire. Elle est attendue des Carmes comme une chose
qui leur est propre, compte tenu de la grande tradition
du Carmel et du réel besoin qui se fait sentir aujourd=hui
d=une
diffusion efficace et entraînante de l=esprit
de Jésus.
Cependant cette pastorale de la spiritualité n=est
pas la seule manière de communiquer l=esprit
de Jésus, tel qu=il
a toujours été vécu au Carmel. Ce qui reste décisif, c=est
que nous soyons authentiquement Carmes, que nous soyons
imbus de la spiritualité du Carmel, que nous la
vivions personnellement et communautairement, dans
les limites de notre fragilité humaine. C=est
à ce prix que, dans les champs divers où nous aurons à
travailler, nous transmettrons tout naturellement cette
spiritualité autour de nous, suivant les besoins et les
capacités de nos frères et de nos soeurs.
8. Des
signes de la présence de Dieu.
Bien que la prétention puisse paraître exagérée,
osons dire que nous devons et voulons être d=une
certaine manière des signes de la présence de Dieu au
coeur du monde. Ceci peut nous sembler trop fort pour
nous, connaissant la fragilité de notre témoignage, et
cependant le Seigneur nous le demande.
Ce genre de
signe se réalise par le moyen de l=oraison,
la contemplation.
On le comprend d=abord
théologiquement, quand on voit Jésus rempli de l=Esprit,
comblé dans sa relation à son Père durant toute sa vie,
et s=exprimant
lui-même dans l=oraison.
Mais nous pouvons affirmer que c=est
la même chose qui aujourd=hui
est attendue dans un certain sens, et donc demandée à
une communauté religieuse. S=il
n=y
a pas une présence manifeste du Seigneur dans sa vie
communautaire, elle cesse d=être
un signe. Comment faire? C=est
ici qu=il
importerait de retrouver la vérité et le naturel des
Saints du Carmel. Il n=existe
pas de moyen pour s=emparer
de Dieu. Et l=oraison
n=est
pas un simple exercice édifiant ou dévot pour fournir
matière à l=exhibition.
C=est
une nécessité, c=est
une recherche, c=est
pour nous quelque chose de naturel, si nous admettons qu=en
nous y livrant nous ne prétendons pas à la pure oraison
de l=amour
pur, mais nous adoptons au moins les moyens pour y
tendre.
D=autre
part, on attend aussi aujourd=hui
le signe de la fraternité. En nos temps d=individualisme,
la nécessité d=une
communion fraternelle se fait davantage sentir,
même si on la demande surtout aux autres. Toujours
est-il qu=il
serait bien difficile de croire à l=authenticité
d=une
vie d=oraison
que n=accompagnerait
pas une recherche d=authenticité
dans la vie fraternelle. Et chacun sait que nous
touchons ici un élément essentiel au charisme thérésien.
Une innovation qui a marqué l=histoire
spirituelle de l=Ordre.
9. Des
centres de compassion et d=espérance.
La spiritualité carmélitaine doit faire de
nos communauté des lieux de
compassion et d=espérance.
Voici deux mots qui définissent en profondeur notre
spiritualité. Nos communautés doivent en effet exprimer
par là leur façon de comprendre les choses et de se
comporter, en fonction de leur mentalité spirituelle.
Chose qui doit transparaître comme naturellement dans
toute notre activité apostolique. Evidemment, je ne veux
pas dire que ceci appartient au Carmel en exclusivité:
rien n=est
à nous en exclusivité. Disons cependant qu=il
est dans la spiritualité carmélitaine une manière
spéciale de mettre en valeur ces éléments. Ils nous
dictent des attitudes qui doivent marquer et façonner
notre pastorale, des attitudes qui révèlent bien notre
rôle comme signes de la présence de Dieu dans le monde.
Tout
ceci implique une manière d=être
et d=agir,
une sensibilité toujours en éveil et un engagement
conscient suivant notre conception de la vie religieuse
et de notre charisme. Notre vie toute sobre, notre
générosité, nos critères sociaux et politiques, notre
comportement tout imprégné de foi chrétienne doivent
réaffirmer constamment notre option en faveur d=une
profonde transformation du monde, notre dénonciation de
toute injustice et de toute cruauté, notre condamnation
de la misère intolérable qui accable tant de nos frères
dans le monde.
10. Il
nous faut assumer
avec décision et clarté une attitude charismatique
positive. Jamais négative ou restrictive. Jamais
passive ou répétitive. C=est
avec une grande largeur de vue que nous devons discerner
et consentir, sur nos divers champs d=action,
notre manière de nous réaliser comme Carmes, sincèrement
et généreusement, afin d=offrir
l=Evangile
de Jésus selon un style carmélitain.
Cette
optique stimulera chez nous, aussi bien personnellement
que communautairement, un esprit créatif, qui ne
se laissera jamais éteindre par les schémas ou les
préjugés en cours.
De
plus, nous aurons à développer toujours et sereinement
un esprit d=intégration.
Puisque le Carmel constitue un corps intégrant des
membres nombreux, il lui faut consentir une diversité
dans ses modes de vie concrète et dans ses champs
d=apostolat:
Tout en demeurant bien unis dans leur spiritualité et
leur fréquentation amoureuse de leurs Pères communs, les
religieux doivent savoir incarner concrètement les
grandes valeurs dont ils vivent.
11. Les
laïcs.
Notre union avec nos Soeurs Carmélites est toujours hors
de doûte. Aussi importe-t-il qu=elles-mêmes
et nous-mêmes nous sentions collaborateurs et
corresponsables dans notre manière de vivre notre
charisme et de servir à l=évangélisation,
comme aussi d=aider
à l=orientation
des laïcs de la famille carmélitaine (Ordre du Carmel
séculier et autres groupes). Le document d=Avila
y insiste à plusieurs reprises, comme l=avait
déjà fait l=exhortation
apostolique
AVita
Consecrata@.Il
ne s=agit
pas d=une
nouvelle mode, mais bien d=une
vision théologique concernant la communion ecclésiale,
au sein de laquelle tous les membres doivent pouvoir s=enrichir
avec les dons de tous. Nous pensons ici aux séculiers
qui vivent leur vie chrétienne à la lumière et dans la
ferveur de la spiritualité carmélitaine, et qui sont
décidés à collaborer à l=oeuvre
d=évangélisation,
sous des modes différents et à divers degrés. Ils n=ont
pas à copier les religieux, ils doivent assumer leur
condition séculière. Qu=ils
le fassent déjà effectivement, j=ai
pu le constater en plusieurs occasions. Leur condition
les met d=ailleurs
en mesure d=atteindre
certains milieux qui nous sont inaccessibles, où ils
peuvent vivre la spiritualité du Carmel en apportant l=Evangile
au monde où ils vivent et travaillent.
Mais
s=ils
n=ont
pas à imiter le style propre à la vie consacrée comme
telle, ils n=ont
pas davantage à réduire la valeur inhérente à cette même
vie consacrée. Leur vie ne va pas remplacer la vie
religieuse consacrée. Naturellement, ceci ne les empêche
pas de nous enrichir précieusement à travers leur propre
expérience spirituelle et humaine, tandis qu=en
revanche nous ne cessons de les enrichir et les
encourager par notre propre vie, si toutefois nous la
réalisons dans toute son authenticité.
On
peut donc croire que, si nos relations sont ce qu=elles
doivent être, nos groupes séculiers carmélitains
respecteront, favoriseront et renforceront notre vie
consacrée, ainsi que la vie fraternelle de nos
communautés, sans risque de porter le moindre préjudice
à notre cohésion spirituelle et fraternelle.
12. La
collaboration entre les circonscriptions.
AOn
étudiera la manière de développer la collaboration au
niveau des nations ou des régions, afin de mieux vivre
notre vie carmélitaine thérésienne, d=assurer
une formation adéquate, et de mener à bien les
initiatives communes qui doivent caractériser notre
présence et notre service dans l=Eglise@
(Document d=Avila,n°79,3).
Ce
qui doit nous caractériser effectivement, c=est
toujours notre style de vie, notre être. Mais ceci
supposé, il est évident que nous avons encore
besoin de nous enrichir au contact de personnes
compétentes et à la faveur de certaines structures
particulièrement adéquates à la pastorale de la
spiritualité. Efforçons-nous de cultiver notre
préparation avec cette largeur de vue que nous avons
envisagée plus haut.
Disons
cependant que, jusqu=ici,
il est surtout question de la collaboration entre les
diverses nations, et particulièrement entre les nations
européennes. Je crois que nous trouvons déjà un long
chemin devant nous. Et ce n=est
pas chose neuve, car le passé nous a laissé de nombreux
exemples de collaboration,au
moins de manière commune et générale. Aujourd=hui,
les jeunes s=habituent
à courir l=Europe
et se familiarisent avec d=autres
pays, aussi bien pour leur formation que pour leur
travail. Chose que les jeunes Carmes
doivent assumer assez naturellement. Déjà nous
connaissons des exemples, soit dans les initiatives
pastorales, soit dans la formation. Parfois, c=est
la nécessité qui s=impose,
mais ceci n=empêche
pas la collaboration de s=avérer
positive. Il nous faudra donc avancer en ce sens;
pensons, par exemple , aux
effectifs attendus pour de nouvelles fondations, ou pour
le secours aux circonscriptions plus faibles.
Des
rencontres comme celle-ci, tout comme le développement
de maisons pour la formation en commun, et l=étude
des langues étrangères, ne peuvent que former la
mentalité des jeunes et les préparer pour une vraie
collaboration entre régions et entre nations
Luis Aróstegui,
ocd, Préposé Général.
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