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Dámaso Zuazua,
ocd, Secrétaire |
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Maison de spiritualité OCD
d’Amorebieta-Larrea, Province de Navarre, Espagne
LES MISSIONNAIRES DE SAINTE THERESE, AUJOURD=HUI:
LEUR SENS, LEUR ACTUALITÉ,
LEURS MOYENS
P.
Luis Aróstegui, ocd, Préposé Général
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Larrea: Casa di Spiritualità |
I.
Les missionnaires de sainte Thérèse
1. Le Vén. Père Juan Vicente Zengotita de
Jesús y María (1862-1943) percevait et
sentait de cette manière la vocation du
Carmel thérésien:
A
Nous, les fils de Ste Thérèse, sommes à
proprement parler le fruit des supplications
et des larmes de notre Mère, désolée et
sollicitée pour le salut des millions d=âmes
infidèles qui restaient perdues sur les
terres lointaines, faute de prédication et
de missionnaires. Par conséquent voici bien
ce que nous sommes, nous Carmes déchaussés,
Ade
ventre matris meae@
- du sein même de notre mère. Cette Mère Ste
Thérèse nous a conçus dans l=ermitage
du jardin de son premier couvent, et ceci
veut dire que nous sommes essentiellement
des ermites tout comme nos anciens Pères du
Carmel; des ermites au sens le plus pur.
Mais puisqu=elle
nous a conçus dans les angoisses et les
larmes qu=elle
versait pour le salut des infidèles, il est
clair que nous sommes essentiellement
missionnaires. C=est
dans l=union
intime de ces deux vies, l=érémitique
et l=apostolique,
élevées toutes les deux à leur plus grande
perfection, que consiste le quid, la
caractéristique, la nature particulière des
fils de cette Mère qui, plus que personne, a
réussi à unir en elle-même la sublime vie
contemplative de Marie avec la vie active et
généreuse de Marthe@
(Sermon prononcé le 30 mai 1918. En Obras
du P. Juan Vicente... Original en
ALa
Obra Máxima@,
San Sebastián)
ADe
tout temps, les fils de Ste Thérèse ont
compris et professé qu=un
Carme déchaussé doit être avant tout
profondément contemplatif, mais qu=il
doit être aussi résolument actif. Autrement
dit, il doit faire tout pour s=enflammer
vraiment, dans la fournaise de la
contemplation, de cet amour de Dieu qui est
fort comme la mort, et à partir duquel il
doit s=appliquer
à aimer le prochain pour Dieu, au point de
se faire tout à tous, afin de les gagner
tous. Voilà ce que fait le vrai missionnaire
carme. L=action
sans la contemplation ne serait pas
carmélitaine; la contemplation sans l=action
ne serait pas thérésienne@
(ALa
Province de St Joachim de Navarre et son
exposition à Paris@,
en El Monte Carmelo, n°
426, 1918, 367).
Ces affirmations de l=auteur,
claires et vigoureuses, réclament notre
attention aujourd=hui.
Il serait difficile d=exprimer
avec plus d=énergie,
pour ne pas dire avec plus de beauté, la
pensée contenue dans la première phrase
citée: nous, les fils de Ste Thérèse, sommes
le fruit des supplications et des larmes de
notre Mère, désolée et sollicitée pour le
salut de millions d=âmes.
Oui, nous sommes les fils de Ste Thérèse, le
fruit de ses cris et de ses larmes
apostoliques.
Les phrases citées se prêtent à une étude en
plusieurs directions. Par exemple: comment
le P. Juan Vicente est-il parvenu à cette
certitude si absolue ? Comment a-t-il conçu
l=unité
des deux dimensions de la vie contemplative
et active, de telle sorte que semble avoir
disparu à ses yeux la réserve, pour ne pas
dire le conflit qu=on
a souvent trouvé chez d=autres,
et jusque dans la tradition même de notre
Ordre? Comment a-t-il vécu la chose
personnellement, au point que sa vie même se
présente comme une exégèse de sa conception
doctrinale ? Il y a certainement une
histoire à ce sujet, un processus dans la
perception du charisme, étant donné qu=il
ne trouvait pas cette formulation dans les
expressions légales de l=0rdre.
Certes, nous savons tous la forte
orientation missionnaire adoptée par l=Ordre
après son rétablissement en Espagne. Aussi
le jeune Juan Vicente fut-il témoin de l=idée
partagée par nombre de Pères, parmi lesquels
certains de ses professeurs, en Inde (cf.
Domingo Fernández de Mendiola :
AJuan
Vicente, exponente de la restauración
misionera@,
en 15 estudios sobre le P. Juan Vicente
Zengotita, CD@,
Estudios MC 17, Monte Carmelo,
Burgos, 1994). Et c=est
dans cette ambiance que nous trouvons ce
texte:
A
Les Carmes déchaussés sont les missionnaires
fondés par Ste Thérèse de Jésus, et par
conséquent ils méritent, plus que tous les
autres, en toute justice et vérité, le titre
de missionnaires thérésiens@
(P. Gabriel de Jesús, en San Juan de la
Cruz, 1890, 605-607). Et cependant, l=expression
constitutionnelle, tout comme la conception
d=ensemble
du charisme de l=Ordre
n=offraient
pas alors la clarté et l=esprit
de détermination que manifestent les paroles
du P. Juan Vicente. En tout cas lui, pour
son propre compte, ne cherche pas son
inspiration ou son appui dans les
différentes autorités; Il se base sur sa
propre interprétation de Ste Thérèse,
directement. C=est
là qu=il
découvre son critère et son évidence. Et ses
résultats sont à la hauteur de sa maturité.
Il me semble qu=aujourd=hui
nous changerions quelques expressions. Par
exemple, celle de
Aermite@,
appliquée aux Carmes en référence à leur
histoire primitive; ou sans doute certaines
expressions venues de Ste Thérèse elle-même.
Je veux dire qu=une
vie active, aussi intense que celle vécue et
pensée par le P. Juan Vicente, s=avère
pratiquement incompatible avec la vie
érémitique. Il est vrai qu=au
fond il se réfère surtout à la vie d=oraison
et de contemplation. Mais en rigueur de
termes la vie érémitique constitue une forme
de vie spécifique, qui se distingue de la
forme de vie active. Juan Vicente a bien
éprouvé, pour sa part, l=attrait
de la vocation érémitique. Et cependant,
quand il s=est
trouvé curé de Chattiah, ou directeur du
collège et de l=internat
de Saint Albert, toujours en Inde, ou quand
il a dû courir par les villes d=Espagne
pour répondre à sa sensibilité missionnaire
et s=y
livrer, tant à travers La Obra
Máxima qu=à
travers ses autres initiatives, personne ne
dira qu=il
a vraiment vécu une forme de vie érémitique.
D=ailleurs,
dans le contexte de la théologie de notre
temps et la conscience de notre foi dans l=Eglise
d=aujourd=hui,
nous aurons à comprendre et à expliquer la
mission d=une
façon différente, comme nous allons tâcher
de le voir dans notre seconde partie. Ceci
dit, l=élément
décisif dans les affirmations du P. Juan
Vicente, c=est
ce qui se réfère à la vocation missionnaire
essentielle du Carme. Aussi je voudrais me
centrer d=abord
sur ce contenu de la vocation missionnaire
du Carme
Adès
le sein de sa mère@,
c=est-à-dire
dès le principe, dès la conception,
essentiellement. Et ceci, avec l=absolu,
la force spirituelle
Ades
supplications et des larmes@.
Un auteur, témoin de l>esprit
missionnaire de N.M. Ste Thérèse, écrit avec
justesse:
ANous
n=avons
nullement besoin d=émettre
des conjectures
Aa
posteriori@
sur l=esprit
missionnaire de Ste Thérèse ni sur sa
passion pour le salut des âmes infidèles ou
hérétiques, ou sur les fruits que devait
produire en son coeur un si grand amour de
Dieu. Elle-même se chargera de nous faire
voir et lire dans le livre de son coeur,
avec la transparence qui caractérise tous
ses écrits, cet esprit apostolique
missionnaire qui l=anime@
(Severino de S.Teresa, Santa Teresa de
Jesús por las Misiones, Vitoria 1959,
p.14).
2. Nous connaissons la vision profonde, les
sentiments et les expressions de Ste Thérèse
concernant l=esprit
ecclésial et apostolique de son Carmel, et
ce qu=elle
pense en conséquence de la vie apostolique
et missionnaire des Carmes, compte tenu de l=ardeur
apostolique et spirituelle manifeste du
nouveau Carmel. Les textes sont connus. Ils
sont fréquemment cités. Ils ont été bien
étudiés.
AEn
ce temps, j=appris
les malheurs de la France, les ravages qu=avaient
fait ces luthériens... J=en
eus grand chagrin, et comme si je pouvais
quelque chose, ou comme si j=eusse
été quelque chose, je pleurais devant le
Seigneur et le suppliais de remédier à tant
de maux. Je me sentais capable de donner
mille fois ma vie pour sauver une des
nombreuses âmes qui se perdaient là-bas@
(Chemin de perfection, 1).
AO
mes soeurs dans le Christ! Aidez- moi à
supplier le Seigneur; c=est
dans ce but qu=il
vous a réunies ici; telle est l=objet
de votre vocation, telles doivent être vos
affaires, tel doit être l=objet
de vos désirs, celui de vos larmes et de vos
instances@(ib.).
AJe
vous demande donc de tâcher d=être
telles que nous méritions d=obtenir
de Dieu deux choses. L=une,
qu=un
grand nombre des très nombreux hommes doctes
et religieux qui existent aient les qualités
voulues, comme je l=ai
dit; et que le Seigneur donne de bonnes
dispositions à ceux qui ne seraient pas bien
disposés, car un parfait sera plus efficace
que beaucoup d=imparfaits.
L=autre,
qu=engagés
dans le combat qui, comme je l=ai
dit, n=est
pas sans dangers, le Seigneur les tienne par
la main pour qu=ils
évitent les périls du monde et bouchent
leurs oreilles au chant des sirènes de cette
mer périlleuse@
(Chemin, 3)
AAu
bout de quatre ans, ou peut-être un peu plus
vint me voir un frère franciscain, nommé Fr.
Alonso Maldonado, grand serviteur de Dieu;
comme moi, il désirait le bien des âmes, il
pouvait agir, et je l=enviais
beaucoup. Il venait de rentrer des Indes. Il
se mit à me parler des millions d=âmes
qui se perdaient là-bas faute de doctrine,
il nous exhorta à la pénitence dans un
sermon et par sa conversation, et partit..
Je restais si meurtris par la perdition de
tant d=âmes
que j=en
étais hors de moi. Je me retirai en larmes
dans un ermitage. Je clamais à
Notre-Seigneur, je le suppliais de me donner
le moyen de contribuer à lui gagner
quelques-unes de ces âmes par mes prières,
puisque le démon lui en enlevait tant, et
que je ne servais à rien d=autre.
J=enviais
ceux qui pouvaient s=y
employer pour l=amour
de Notre-Seigneur, dussent-ils souffrir
mille morts. Lorsque nous lisons dans la vie
des saints qu=ils
ont converti des âmes, j=en
éprouve plus de dévotion, de tendresse, d=envie,
que pour tous les martyres qu=ils
subissent, Car Notre-Seigneur m=a
inclinée à croire qu=il
apprécie une âme gagnée par notre prière et
notre industrie aidées de sa miséricorde
plus que tout ce que nous pouvons faire à
son service@
(Fondations, 1,7)
Dans le récit de sa visite à Duruelo, elle
note comment, tout en pratiquant leur vie d=oraison,
de pénitence et de pauvreté,
Ails
allaient prêcher dans de nombreux villages
des environs, privés jusque-là de toute
doctrine... et de toute vie religieuse, ce
qui était une grande pitié@
(Fondations 14, 8). Avec cette
conclusion révélatrice:
AJe
partis donc grandement réconfortée, sans
toutefois louer Dieu autant que le méritait
une grâce aussi insigne. Veuille Sa Majesté,
dans sa grande bonté, m=accorder
de m=acquitter
à son service de tout ce que je lui dois,
amen. Car je comprenais qu=il
me faisait ainsi une faveur bien plus grande
que celle de fonder des maisons de
religieuses@
(ib. 14,12).
3. Comme premiers témoins exceptionnels de
la tradition vivante de l=esprit
missionnaire de Thérèse, nous avons le P.
Gracián et le P. Juan de Jesús María,
Ale
Calagurritain@.
Selon la documentation qui nous est
parvenue, le premier l=a
surtout manifesté dans les faits, avec la
conscience de s=identifier
à l=esprit
thérésien, chose qu=il
affirme expressément à propos de la mission.
Le second le fait à travers une défense
explicite de la maternité charismatique de
Thérèse, en démontrant une appartenance
essentielle de la mission au Carmel
thérésien. Ces deux grands témoins se
situent objectivement dans notre tradition
missionnaire la plus authentique dans
laquelle, si Juan de Jesús María est admis
comme un maître, le P.Gracián reste
davantage effacé par l=histoire.
Le fait est que tous deux ont collaboré à
préparer la béatification de Ste Thérèse, en
proclamant ensemble son esprit missionnaire.
On peut toutefois signaler chez eux une
différence d=accent.
Gracián, répondant à une circulaire de la
Consulta de 1589, s=exprime
ainsi:
AA
ceci on peut répondre que les raisons sont
différentes, puisque la Règle des Carmes dit
elle-même: s=ils
ne sont pas occupés à d=autres
choses. Or l=expérience,
tout comme l=histoire
de nos saints et de tout notre Ordre, a
montré que notre vocation n=est
pas de sortir autant que d=autres
religieux, ni de nous occuper comme eux à
des oeuvres extérieures, mais qu=elle
n=est
pas davantage de rester enfermés comme des
chartreux. Aussi n=y
a-t-il pas lieu d=introduire
des nouveautés@
(MHCT 3, doc 404, p. 477-478). Il
semble que, dans la polémique, Gracián fasse
ici une concession. Etant Provincial, il
avait écrit, dans sa patente aux premiers
missionnaires du Congo, donc du vivant de
Ste Thérèse:
AQuant
aux obligations de l=Ordre
en matière de vêtement, de nourriture et des
différentes autres choses signalées dans nos
Constitutions, qu=on
agisse en fonction des temps et des lieux où
l=on
se trouve, se préoccupant avant tout de la
conversion des âmes@
(MHCT 3, doc 260). Dans sa propre
vie, il a d=ailleurs
toujours manifesté une grande ouverture et
une grande liberté, quand il s=agissait
du travail apostolique.
Juan de Jesús María, de son côté, chargé par
le Chapitre de 1605 de rédiger les
Instructions pour les missions, écrit:
ALes
religieux destinés à travailler au salut des
infidèles doivent exercer leur ministère
dans le cadre de leur résidence fixe, sans
se mettre à voyager de tous côtés. Qu=ils
s=efforcent,
dans la mesure du possible et avec la
permission des supérieurs, de fonder des
couvents où les religieux pourront se
recueillir comme dans une forteresse, pour
récupérer les forces qui leur permettront de
repartir à nouveau et avec plus d=ardeur
pour la conquête des âmes@
(Ch.9).
Nous sommes aujourd=hui
en mesure de mieux saisir le sens de ces
réserves, mais nous savons que, pour leurs
auteurs, elles ne tendaient nullement à
réduire la ferveur missionnaire de l=Ordre.
Juan de Jesús María termine d=ailleurs
lui-même son paragraphe en expliquant ce qu=il
entend par
Arepartir
avec plus d=ardeur@.
Car il est de fait que la conception de la
Apotior
pars@
et de la
Apars
posterior@
a certainement pesé pour provoquer les
réserves, affaiblissant ainsi l=esprit
missionnaire de l=Ordre.
Voilà ce qui porte à remarquer que le P.
Juan Vicente, alimenté à cette tradition et
attiré personnellement par la vie érémitique
pour laquelle il se sentait une véritable
vocation, a expérimenté lui-même et formulé
l=idéal
missionnaire de l=Ordre
sur un ton catégorique et sans la moindre
réserve:
AUn
Carme déchaussé se doit d=être
avant tout profondément contemplatif, mais
aussi décidément actif@
(El Monte Carmelo, 426, 1918, p.
367).
AContemplatif
jusqu=aux
cimes, apostolique jusqu=à
n=en
plus pouvoir@.
AUn
Carme doit être un contemplatif extrêmement
apostolique, et un apôtre extrêmement
contemplatif@
(Modo de meditar que enseñaba N.V.P. San
Juan de la Cruz, en El Mensajero de
Sta Teresa, 1924-1925).
Cette double totalité, c=est
la lumière apportée par Juan Vicente: il
fallait être totalement contemplatif, donc
homme d=oraison,
et totalement apostolique, donc actif. Non
seulement il a ainsi contribué à éveiller la
sensibilité pour les missions, mais nous
voyons que sa vie appuie ses paroles sur l=esprit
missionnaire de l=Ordre:
celles-ci sont claires et originales, tout
en restant dans le contexte de la tradition.
Quant à l=accueil
de cet esprit missionnaire au long de l=histoire,
très important toujours, et digne d=une
étude systématique, je ne m=y
arrête pas ici. Je voudrais plutôt parler
maintenant de son accueil officiel, de l=approbation
de l=Eglise,
telle que nous la retrouvons dans les
Constitutions et les Normes.
4. Nous Lois renouvelées après Vatican II
recueillent et nous transmette l=esprit
missionnaire du Carmel thérésien en ces
termes:
AL=évangélisation
des peuples, qui découle de la nature
profonde de l=Eglise,
étant un fruit admirable de la charité et de
la prière, a toujours été à juste titre dans
l=Ordre
une oeuvre de prédilection. Car N.M. Ste
Thérèse a communiqué à sa famille religieuse
l=ardeur
missionnaire dont brûlait son coeur, et elle
a voulu que les Frères collaborent aussi à l=activité
missionnaire. Il faut donc avoir grand soin
d=entretenir
et de développer dans l=Ordre
cette ferveur missionnaire, d=avoir
tous à coeur l=évangélisation
des peuples et de promouvoir partout les
vocations aux missions.
Les Communautés et les Provinces
soutiendront les Frères missionnaires par
leur amour, leur prière et leurs ressources;
et tous contribueront selon leurs moyens à
la vie et à la croissance de l=Ordre
également dans les pays de mission@
(C, 94).
Voilà ce qu=on
trouve dans les Constitutions. Après quoi
les Normes prescrivent des dispositions
fondamentales:
APour
que notre famille remplisse comme il faut
son rôle missionnaire, dans chaque Province
on concevra et on accueillera favorablement
les initiatives opportunes, pour que
fleurisse et grandisse chez nous la vocation
missionnaire@(
N,58).
ADans
toutes les Provinces et Semi-Provinces, un
zélateur des missions sera nommé... Sa
fonction, sous la direction du Provincial,
est de favoriser l=union
entre la Province et les missions, de
promouvoir l=esprit
missionnaire et de procurer des secours en
hommes et des fonds en faveur de nos
missions@
(N, 64).
AToutes
les Provinces et toutes les Communautés
auront à coeur d=apporter
à l=oeuvre
des missions leur collaboration, même au
plan économique, à partir de leurs propres
ressources@
(N, 65).
Il s=agit
bien d=une
oeuvre privilégiée dans l=Ordre,
une oeuvre dont la raison charismatique se
trouve en Ste Thérèse, quand elle-même
allume la flamme du zèle missionnaire dans
sa famille, dans toute sa famille,
Avoulant
que les Frères collaborent aussi à l=activité
missionnaire@.
Le petit mot
Aaussi@
ne doit surtout pas être interprété comme
une sorte d=atténuation.
Dans le cadre de la famille du Carmel, qui
est toute apostolique et missionnaire, les
Frères sont des missionnaires actifs. Comme
toujours dans les Constitutions, quand elles
abordent les éléments fondamentaux de la vie
et de la mission de l=Ordre,
cette partie relative aux missions est bien
formulée dans sa sobriété. Maintenant nous
pouvons nous demander si cet accueil de l=esprit
missionnaire rappelé par les Constitutions
est effectivement assumé dans la réalité
sociologique et spirituelle de l=Ordre
actuellement. Pour émettre un jugement
complet, il faudra faire des distinctions.
Au cours de certaines visites pastorales, il
m=est
arrivé, dans les entrevues ou dans le
dialogue avec les religieux, de les
questionner sur leur perception propre de ce
problème. En général, il nous faut bien dire
que l=esprit
missionnaire n=est
pas suffisant dans l=Ordre.
Il m=a
semblé que beaucoup de Frères consultés
seraient d=accord
sur cette constatation, d=après
la connaissance qu=ils
ont de leur propre circonscription.
Si maintenant nous nous référons aux
Carmélites: les vocations se
présentent-elles au Carmel pour les mêmes
raisons ecclésiales et missionnaires qu=une
Thérèse de Lisieux ou une Elisabeth de la
Trinité ? Au départ, veulent-elles répondre
avant tout à la proclamation charismatique
du Chemin de perfection ? Eh bien, de même
pour les vocations masculines: à quelle
image, à quelle inspiration de famille
répondent-elles ? Perçoivent-elles tout de
suite l=esprit
missionnaire du Carmel thérésien, qui va de
pair avec la vie d=oraison
et la vie fraternelle ?
Dans la formation, et spécialement au
noviciat, on insiste avec raison sur l=oraison
personnelle et communautaire, sur la vie
fraternelle, sur une certaine activité au
service de la maison. Mais est-ce qu=on
y développe aussi tout le charisme de l=Ordre
de Ste Thérèse, avec ses supplications et
ses larmes qu=elles
savait convertir en autant d=actes
concrets et d=engagements
? Qu=y
apprend-on exactement de l=histoire
des missions, de la réalité actuelle des
missions ? Et surtout: comment se transmet l=esprit
du Carmel, quel en est le critère
charismatique ? Va-t-on bien à Ste Thérèse,
ou pas plutôt à la tradition antérieure, à
la Règle médiévale qui fut d=abord
érémitique, avant de nous transformer en
mendiants, mais tout en conservant sa
structure et sa mentalité toujours
érémitiques ?
Il n=est
certainement pas besoin d=ouvrir
une discussion sur la place plus ou moins
grande de l=apostolat,
comme on l=a
souvent fait dans le passé. Mais les
vocations et la formation de l=Ordre
doivent toujours répondre à l=accueil
ecclésial, tel qu=il
est retenu par les Constitutions, avec
équilibre et force d=inspiration.
La sensibilisation missionnaire dont nous
parlent nos Lois ne peut concerner seulement
les fidèles. Elle doit être pour nous-mêmes,
pour nous tous, au même titre que l=oraison
et l=abnégation
évangélique.
Il est vrai que bien des Provinces ont
aujourd=hui
une relation directe avec une mission, où
elles assurent une certaine présence
missionnaire, et parfois avec un nombre
réduit de religieux. Ceci est à considérer
comme un signe très positif en faveur de ces
Provinces. Non seulement parce que la
mission est importante en elle-même, mais
aussi parce que la présence de la mission
dans la Province peut transformer la
conscience de cette Province. En premier
lieu, elle peut l=ouvrir
aux dimensions de la mission , de la réalité
extérieure. Car il faut reconnaître que le
simple fait de la mission, pour positif qu=il
soit, ne suffit pas à transformer par
lui-même la conscience d=une
Province. La conséquence, c=est
qu=on
trouve des missionnaires qui se sentent
abandonnés à eux-mêmes, dans l=impression
que leur mission ne concerne qu=eux.
Ils gardent le goût de leur vocation, mais
sans que leur Province paraisse impliquée.
Alors les choses peuvent changer, quand la
Province peut compter avec un organisme
animateur des vocations et chercheur de
ressources. Reconnaissons qu=une
certaine ambiguité peut encore se présenter
dans nos Provinces.
II.
Sens et actualité de la mission
5. Les expressions que nous avons
retrouvées, chez Ste Thérèse par exemple, au
sujet des millions d=âmes
qui se perdent, révèlent comme nous le
savons la théologie et la piété qui sont au
fond de la charité missionnaire et
apostolique de nos religieux, comme de l=action
missionnaire en général. Cette théologie ne
pouvait qu=engendrer
une urgence particulière chez les personnes,
comme dans le cas d=un
St François Xavier, ou de nos Pères qui
purent baptiser 40 000 fidèles au Congo en
quelques années. Aussi reste-t-il surprenant
et presque incompréhensible que des
religieux conscients ne se sentent pas
poussés vers les missions, à la façon de
Gracián et Juan de Jesús María.
Pour notre présent sujet, je voudrais
indiquer, de façon synthétique, la position
de la mission dans notre conscience
ecclésiale d=aujourd=hui.
Vatican II affirme:
ACeux
qui, sans faute de leur part, ignorent l=Evangile
du Christ et l=Eglise,
qui cherchent Dieu sincèrement, qui s=efforcent,
sous l=influx
de la grâce, d=accomplir
les oeuvres de la divine volonté connues par
le dictamen de leur conscience, peuvent
obtenir le salut éternel@
(LG,16; cf AG,7). Ceci est un exemple de la
vision optimiste indubitable du Concile, qui
a voulu nous arracher à l=obscurité
désespérante qui avait dominé durant des
siècles à ce sujet. D=où
les nouvelles perspectives ouvertes à la
révélation et à l=évangélisation.
De ces nouvelles perspectives, nous pouvons
en signaler deux en particulier: la relation
de l=évangélisation
avec la mission, et par conséquent avec la
réalité historique et terrestre de l=homme;
et ensuite la relation de la foi chrétienne
avec les religions.
6. Le principe sotériologique
D=après
l=histoire,
le principe qui mit les missions en
mouvement fut celui du salut des âmes, du
salut transcendant et éternel. Mais les
missionnaires ont vite tenu en compte les
nécessités des personnes et des peuples; Ils
n=ont
pas tardé à promouvoir les oeuvres de
bienfaisance, à promouvoir la civilisation.
Cependant le salut urgent restait celui de l=âme.
Les oeuvres de bienfaisance relevaient
simplement d=une
attitude chrétienne.
Les encycliques missionnaires abordent de
plus en plus les sujets de la pauvreté, la
justice, le développement, etc... S=il
est vrai que le Décret
AAd
Gentes@
n=a
pas prêté beaucoup d=attention
à ce sujet, le Concile Vatican II a consacré
tout un document aux réalités terrestres:
Gaudium et Spes, où s=affirme
une valorisation claire et officielle du
salut dans l=histoire.
Ensuite, avec Evangelii Nuntiandi, on
a vu admettre comme une chose évidente et
naturelle, que l=évangélisation
est une affaire totale qui affecte la
personne et la société, et que l=action
missionnaire doit embrasser la réalité des
classes inférieures dans leur dignité,
malgré toutes les explications théologiques
différentes sur cette conviction générale
Pour nous, le salut est historique et
intégral. C=est
le Royaume de Dieu, tout comme dans l=Evangile.
Tout comme le Christ en fait l=expérience
lui-même, et d=abord
dans sa relation au Père, laquelle constitue
la relation transcendante, et donc le salut
transcendant. Mais en même temps et par cela
même, la relation à l=homme:
tout ce qui nous devient évident avec les
Béatitudes, le bon Samaritain, le chapitre
25 de St Matthieu, et toute l=activité
bienfaisante de Jésus qui, grâce à l=onction
de l=Esprit-Saint,
a pu passer en faisant le bien. Le Royaume
de Dieu, c=est
cette double et unique relation avec le Père
et avec l=homme.
Dans ces conditions, la bienfaisance
toujours nécessaire, la promotion humaine et
sociale, l=éveil
de la conscience des personnes et des
peuples prennent un relief très spécial. Il
s=agit
de la dignité historique et éternelle des
fils de Dieu. Or cet amour actuel et éternel
s=expose
et se réalise comme révélation, comme
urgence, comme interpellation en
Jésus-Christ.
Dans la réalité de la globalisation
croissante actuelle, il faut signaler
plusieurs caractéristiques à ce sujet. Il y
a tout d=abord
le facteur économique et financier, avec sa
logique du bénéfice et de la compétition.
Comment développer la
Acharité
politique@
comme service missionnaire à travers les
médiations économiques ? Comment faire, pour
que le facteur économique du développement
sache fomenter la dignité des personnes et
des peuples ? Tout en gardant ses ambiguités
et ses dangers, la globalisation offre tout
de même l=occasion
de connaître et de transmettre le progrès,
pour le service de peuples distants les uns
des autres. Et précisément, cette capacité
de communication ouvre de nouvelles voies de
rencontre entre les peuples: ceci devrait,
avec le temps, éliminer les dangers de
conflit entre les religions et les cultures.
La globalisation et le bien-être donnent
lieu à un nouveau type d=homme
qui, grâce aux facilités techniques, peut
jouir davantage des biens de la terre, mais
avec le réel danger de voir réduire son sens
religieux et sa sensibilité de solidarité.
7. La valeur des religions
Une autre réalité qui est venue changer la
théologie de la mission, c=est
la perception actuelle de l=Eglise
concernant la valeur des religions. Une
perception qui a beaucoup avancé depuis
Vatican II, et progressivement: celle qui
voit les religions comme une richesse
culturelle et expressive des peuples, comme
leur aspiration religieuse naturelle. Celle
qui voit les religions comme des espaces de
salut; et finalement les religions comme
véhicules de la grâce salvatrice. Quelles
que soient la conception concrète et l=explication
de la relation entre les religions et la
grâce du salut, un dialogue avec les
religions s=avère
en tout cas nécessaire aujourd=hui,
si l=on
veut annoncer l=Evangile
de Jésus-Christ.
AL=Eglise
catholique ne rejette rien de ce que ces
religions peuvent avoir de vrai et de saint.
Elle considère avec un respect sincère les
manières d=agir
et de vivre, les préceptes et les doctrines
qui, même quand ils s=cartent
beaucoup de ce qu=elle-même
professe et enseigne, projettent souvent un
reflet de cette Vérité qui éclaire tous les
hommes. Elle-même annonce et garde l=obligation
d=annoncer
constamment le Christ qui est
ALe
chemin, la vérité et la vie@
(Jn 14,6), en qui les hommes trouvent la
plénitude de la vie religieuse, en qui Dieu
se réconcilie toutes choses (cf 2 Co, 5,
18-19). Elle exhorte par conséquent ses
fils, afin que, avec prudence et charité,
par les moyens du dialogue et de la
collaboration avec les adeptes des autres
religions, et donnant toujours eux-mêmes un
témoignage de vérité et de vie chrétienne,
ils sachent reconnaître, garder et
promouvoir tous les biens extérieurs
spirituels et moraux, aussi bien que les
valeurs socio-culturelles qui s=y
trouvent.
L=impulsion
missionnaire des siècles passés prenait
appui sur le salut éternel, ou négativement
sur la perdition éternelle, comme nous l=avons
mentionné. Il n=empêche
que pour nous, à la suite de la tradition
évangélique, le sens et l=actualité
de la mission sont à maintenir. Mais sans le
Adésespoir@
de la perdition éternelle, à laquelle la
mission voulait s=affronter
par le passé. Aujourd=hui
il s=agit
en fait du salut intégral de la personne,
avec un impact nouveau sur le salut
historique des fils de Dieu. Voilà pourquoi
l=urgence
et l=importance
décisive de l=annonce
de Jésus-Christ ne diminue pas: la
connaissance et l=amour
de Jésus-Christ et du Père dans l=Esprit
exigent seulement une nouvelle manière de
concevoir et d=exprimer
le salut. Aussi cette double et unique
réalité: la connaissance amoureuse du don de
Jésus-Christ et la réalisation de la dignité
historique actuelle et terrestre des fils de
Dieu donne son sens à la mission. Par
conséquent, celle-ci n=a
rien perdu de son actualité et de son
urgence. Si l>on
disait que le connaissance de Jésus-Christ n=est
pas tellement décisive, il faudrait en
conclure que Jésus-Christ lui-même n=est
pas décisif, et qu=après
tout il n=est
pas si important. Or la connaissance de
Jésus-Christ est elle-même le salut. Son
ignorance est une perte immense,
indépendamment de toute responsabilité
personnelle et du salut éternel. Celui qui
croit en Jésus-Christ (dans l=Eglise)
ne peut pas s=empêcher
de l=annoncer
comme la bonne nouvelle suprême pour l=humanité.
III. Les moyens
8. Dans
ANovo
Millenio Ineunte@,
le Pape Jean-Paul II exprimait cette vision
et cette invitation pressante:
AOn
a désormais dépassé, même dans les pays d=évangélisation
ancienne, la situation de
Asociété
chrétienne@
qui, tout en comptant avec les faiblesses
humaines, se basait explicitement sur les
valeurs évangéliques. Aujourd=hui,
il nous faut affronter courageusement une
situation toujours plus diverse et plus
compromise, dans le contexte de la
globalisation, de la situation nouvelle et
changeante des peuples et des cultures@
(n. 40). En conséquence, le Pape réclame une
nouvelle action missionnaire, pour laquelle
il précise ces quatre aspects: a) Elle a
besoin de réaviver l=impulsion
des origines, l=ardeur
de la Pentecôte; b) Elle ne peut demeurer l=affaire
de quelques
Aspécialistes@,
mais doit engager la responsabilité de tous
les membres du peuple de Dieu; c) L=exigence
d=inculturation
doit aider à caractériser un
Avisage
multiforme@
de l=Eglise;
d) Une importance prioritaire doit être
accordée à la pastorale de jeunes, puisque
les jeunes vont être les protagonistes du
monde futur.
Dans Redemptoris Missio (1990), il
avait déjà attiré l=attention
:
ALe
nombre de ceux qui ignorent le Christ et ne
font pas partie de l=Eglise
augmente continuellement, et même il a
presque doublé depuis la fin du Concile@
(n. 3). Mais il indique dans le même texte
plusieurs autres raisons pour justifier l=urgence
d=un
zèle missionnaire renouvelé: la chute des
idéologies, l=ouverture
des frontières et la configuration d=un
monde plus uni, l=enracinement
des valeurs évangéliques dans les peuples
(paix, justice, fraternité, soins aux plus
nécessiteux...) , malgré un système de
développement économique privé d=âme
(n.3). Aussi pouvait-il affirmer avec
optimisme:
ADieu
ouvre à l=Eglise
les horizons d=une
humanité plus disposée à recevoir la semence
évangélique@
(ib).
9. Recours humains
En matière de recours, nous devons souligner
l=affirmation
selon laquelle l=action
missionnaire ne peut être la tâche d=un
petit groupe de spécialistes. Ceci, à cause
de l=essence
missionnaire de l=Eglise
elle-même, qui veut que toutes les Eglises
locales et tous les chrétiens soient
convoqués pour l=évangélisation;
comme aussi à cause de la tâche immense qui
s=offre
avec urgence à la conscience de l=Eglise,
et par elle-même et à la faveur de la
connaissance et des possibilités assurées
par les moyens de communication actuels.
Par conséquent l=action
missionnaire se présente à nous suivant deux
versants: une prise de conscience chez tous
les chrétiens, et une action tournée vers
les peuples. Pour ceci, le premier recours
est le recours humain; et conformément à la
conception adoptée avec raison par le Pape,
ce recours humain doit être l=affaire
de toute l=Eglise.
L=évangélisation,
la catéchèse, la formation théologique
doivent être informées par le caractère
missionnaire de l=Eglise.
On peut donc souligner la valeur de l=information
donnée par la presse et les moyens
audio-visuels.
Au N°
82 de l=encyclique,
on voit signaler des nouvelles formes de
coopération missionnaire: le tourisme même
devient une opportunité pour un
enrichissement culturel mutuel à l=échelle
internationale: donc une opportunité pour
une prise de connaissance directe de la vie
missionnaire. Aussi le texte encourage-t-il
les visites aux missions, surtout pour les
jeunes qui vont y prêter leur service, et
peuvent faire ainsi une forte expérience de
la vie chrétienne. Nous avons aussi les
migrations de travailleurs chrétiens vers
des pays non chrétiens: occasions propices
de vivre leur foi chrétienne et d=en
témoigner. Mais plus nombreux encore sont
les citoyens des pays de mission, donc des
pays non chrétiens, qui partent s=établir
dans d | | |