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Missionary news

News   -  05  ( 26.04.2005 )

En nous approchant de la Cote Baltique
Le Carmel en Lettonie
Dámaso Zuazua, ocd

     Mes pérégrinations missionnaires m’ont conduit cette fois aux bords de la Mer Baltique. La Lituanie, la Lettonie et l’Estonie portent l’héritage de l’historique Grande Livonie que le Pape Innocent III déclarait “terre mariale” au XIIe siècle. Durant la guerre froide, nous avons accompagné avec émotion ces nations annexées de force à l’URSS le 13 octobre 1944. Nous nous sommes tous sentis soulagés quand le vent de la réforme du président Gorbatchev connu sous le nom de perestroika (restructuration) et glasnost (transparence) souffla sur ses Cotes baltiques. Les gens descendirent dans la rue en réclamant vaillamment l’indépendance et la liberté. Les trois pays baltes ont leur propre identité, déterminée par leur histoire, leur géographie et leur culture.

Pour des raisons carmélitaines, je me suis retrouvé en Lettonie (Latvija). Celle-ci paraît un pays pris en tenailles entre ses deux républiques sœurs, l’Estonie au Nord et la Lituanie au Sud. Géographiquement, la Lettonie est comme enfoncée vers l’intérieur du continent par la profonde rentrée du Golfe de Riga. Avec ses 64. 598 km2, elle est moins étendue que l’île d’Irlande avec ses 70 270 km2. La population s’élève à environ 2.360.000 habitants. Comme les autres républiques baltiques, la Lettonie compte 494 km de côte maritime, des rivières, des lacs ou étangs, des forêts, et des plaines qui émergent à peine des 300 mètres. Après un passé marqué par l’oscillation des limites, la Lettonie a maintenu  les frontières fixées depuis sa constitution en République le 18 novembre 1918.

L’époque sombre de son histoire récente est l’invasion nazie à la faveur du protocole secret entre Molotov et Ribbentrop (Stalin-Hitler) et l’annexion à l’URSS. De l’époque soviétique (1944-1991) reste le triste souvenir de la base des missiles à pointes nucléaires dans le parc national de Zematija. Pendant une quarantaine d’années, elle demeura secrète, cachée et dissimulée sous terre. En 1978, l’arsenal fut mystérieusement démantelé. Les lettons découvrirent alors avec stupeur le danger qu’ils couraient dans leur propre pays durant ces années de guerre froide.

Le 21 août 1991, l’heure de la liberté conquise sonna. Les premières élections eurent lieu en 1993. Un an plus tard, le dernier contingent russe abandonnait le pays. Avec les retrouvailles de la liberté, le mouvement “Drang nach Europa”, l’élan vers l’Europe, s’accentua. Le 1er mai 2004, la Lettonie fut admise dans l’Union européenne. Le pays traverse un moment d’euphorie légitime et il a réalisé un effort admirable de reconstruction. Cependant, il est conscient aussi qu’il se heurte à de grands défis entraînés par la nouvelle ère avec des problèmes de réajustement économique.

Le premier apôtre de la Lettonie fut le chanoine allemand du Latran Saint Meinard. Il construisit la première église en bois à Ikškile. C’était en 1184. Le Pape Clément III le nomma premier évêque. Neuf siècles plus tard, pendant sa visite apostolique du 8 septembre 1993, le Pape Jean Paul II restaura le culte à saint Meinard (+ 1196), patron de la Lettonie.

Riga, la perle de la Côte Baltique

 

Riga est la plus brillante des trois capitales baltiques. Elle a l’avantage de l’attraction d’une ville côtière traversée par un fleuve, le Daugava, dans une plaine très étendue offrant des possibilités d’extension pour une population d’un peu moins d’un million d’habitants, environ un tiers de la population totale du pays. L’évêque allemand de Bremen Albert, successeur de saint Meinard, la fonda en 1201.

Riga compte de larges rues et avenues. Les ponts maintiennent l’unité de la ville malgré le bassin de plus de 500m que présente la rivière Daugava. La ville antique est attirante. Apparaît en saillie l’église saint Pierre avec sa haute tour ronde. Dans un pays d’immenses ressources forestières abonde la construction en bois. La présence de l’architecture “Jugendstyl” m’a surpris, moi qui croyait qu’elle était l’apanage de la ville de Vienne. Il ne manque pas non plus des habitations du bas style prolétaire de l’époque soviétique. Riga a bénéficié d’un effort de restauration générale, consenti à l’occasion de la célébration de son VIIIè centenaire en 2001. J’admire les soldats qui montent la garde d’honneur au monument de la patrie, hiératiques et immobiles malgré le froid. Cependant on me rassure qu’ils sont dispensés de ce service quand la température franchit le seuil de -20 degrés centigrades.

Dans l’allée longeant la rivière se trouve un monument au géant qui aidait à traverser la Daugava. D’où la légende de saint Christophe. Avec ses larges épaules, il aidait à traverser les eaux aux temps où les ponts étaient encre inconnus. Une nuit, le géant entendit à l’autre rive les gémissements d’un enfant sans défense. Christophe le prit et traversa la Daugava. Nous connaissons la légende et la reconnaissons fréquemment dans l’iconographie de saint Christophe transportant sur ses épaules – authentique “Christoforos” – l’Enfant Dieu. L’Enfant mystérieux disparut mais à sa place apparurent des monnaies d’or avec lesquelles l’évêque Albert put fonder la ville de Riga. De cette croyance populaire naquit la dévotion invétérée des habitants de Riga à leur saint Patron, “Lielais Kristaps” ou  Grand Cristophe.

Comme référence à la vie culturelle de la ville, perdure Richard Wagner comme “Kappelmeiser” de 1837 à 1839. C’est à Riga qu’il a composé l’opéra “Rienzi”; ici il a composé le chant de Noël “O Tannenbaum”, traduit souvent comme “Sapin fidèle”. Au théâtre national de Riga, il fut pour la première fois en 1843 “Der fliegende Holländer” ou  “Le vaisseau fantôme ”.

Le séminaire métropolitain, transformé en un institut supérieur de théologie et en institut catéchétique, est un grand édifice en brique et un parc adjacent. Il se trouve à côté de la paroisse néo-gothique saint François. Cet établissement a mérite et histoire. Il fut construit en pleine période soviétique, parce que le décret de Moscou ordonnait qu’il fut le lieu assigné à tous les séminaristes latins de l’Union soviétique. Pour cette raison, l’autorité administrative permit sa construction.

Le Séminaire fut mon lieu de résidence à Riga. Je ne pouvais souhaiter meilleur pied-à-terre pour connaître la situation de l’Église. J’étais en compagnie des 36 grands séminaristes avec leurs professeurs. La barrière de communication pour qui ne parle pas le letton était surmonté grâce aux interprètes qui comprenaient facilement l’allemand, le français, le latin… Mes homélies et les cinq heures de rencontre ne suffisent pas pour un échange dense et concret sur l’Église, la mission, le Carmel spécialement dans son aspect d’expérience et d’enseignement de l’oraison. Il sentent un grand besoin de s’ouvrir à l’universalité de l’Église. Ils reconnaissent que l’Église de Lettonie est arrivée au moment de donner, et de ne pas seulement se contenter à recevoir comme elle l’a fait depuis la reconquête de la liberté jusque maintenant.

L’Église à Riga est en train d’affronter la reconstruction matérielle et morale de cinq décennies de dégradation et de confinement par le régime communiste. Pendant 14 ans de liberté, elle a construit plus de trente nouveaux lieux de culte. Un clergé jeune et enthousiaste constitue sa richesse prometteuse.

Panorama carmélitain
 

Je suis arrivé en Lettonie surtout avide de connaître la réalité et les perspectives carmélitaines. Il me faut vérifier d’abord si l’un ou l’autre des 13 couvents que la province Saint Casimir de Lituanie a eu depuis sa fondation en 1734 se trouvait dans la géographie de la Lettonie actuelle.

De sporadiques vocations au Carmel de l’époque récente se sont orientées vers la Belgique, l’Allemagne, la Pologne. Elle a été le résultat de la pastorale vocationnelle des prêtres Andé Marie Jerumanis ou de Andris Kravalis parmi les jeunes. Mais c’est désormais l’heure de l’implantation du Carmel en territoire letton. À 28 km de Riga, par une route bordée de pins et de sapins, on arrive à Ikškile, connu pour être le lieu de la première implantation chrétienne en Lettonie, oeuvre de Saint Meinard. Ici se trouve le terrain très proche de la rivière Daugava, pour l’imminent monastère des carmélites. Le 16 juillet prochain, le Cardinal Jānis Pujats bénira la première pierre de la construction des 18 cellules et chambres pour des personnes qui voudront passer quelques jours d’oraison et de recueillement sous l’ombre du Carmel. Mais on travaille déjà au nivellement du terrain et au creusage pour la fondation. 200 arbres sont déjà plantés. La construction durera deux ans, puisqu’il faut interrompre les travaux pendant les basses températures quand l’hiver se fait glacial.

À Sœur Élie de Jésus et à sa communauté d’Essen en Allemagne revient l’initiative méritoire et persévérant du travail préliminaire de recherche de terrain et obtention des autorisations dues, de l’étude et de l’élaboration du projet. Au souvenir historique d’évangélisation du lieu s’ajoute le grand intérêt œcuménique que le Carmel a suscité dans la communauté luthérienne qui invite les carmélites à construire la première église catholique en cet endroit. Il y a des espoirs raisonnables de vocations natives. Pour le moment, le Carmel sera la seule présence contemplative dans le Pays. Ce sera une nouvelle présence ouverte aux carmélites de n’importe quelle provenance qui voudront bien s’adjoindre à cette entreprise missionnaire.

L’archidiocèse de Riga a prévu deux lieux d’implantation pour une petite communauté internationale de frères carmes qui commenceraient là-bas la vie carmélitaine dans un proche avenir. Le  “Rīgas Katolu gimnāzija” ou Collège catholique de Riga est l’un des lieux possibles. Les instances ecclésiales attendent avec impatience le début de l’apostolat de la spiritualité carmélitaine. L’actuel “Kristīgais Kultūras Institūts Edītes Šteinas Forums” ou “Forum chrétien pour le Dialogue entre Culture et Religion Edith Stein” pourrait passer sous la responsabilité des Carmes. Dirigé par Inga Reinvalde, présidente du Carmel séculier à Riga, le Forum compte revêt déjà fréquemment l’aspect d’une expression carmélitaine. À ma conférence sur “Edith Stein dans l’école de Sainte Thérèse” succéda celle de la professeur Heidi Tuorila Kahanpee, responsable du Carmel séculier de Helsinki (Finlande), sur “la pédagogie de l’apprentissage autodidacte de l’oraison thérésienne” .

Avec l’aide de l’Allemagne, il y a déjà dix ans qu’un groupe constituant le Carmel séculier s’est formé. Il a pu cheminer avec sérieux et détermination, et son nombre a déjà dépassé la vingtaine de membres. J’ai reçu les premiers vœux de deux sœurs. Un autre groupe est en train de naître ailleurs qu’à Riga. L’âme du Carmel séculier en Lettonie est la professeur Inga Reinvalde, qui compte aussi à son actif l’année de spécialisation passée au Centre International Thérésiano-Sanjuaniste d’Avila.

La Congrégation des Sœurs Carmélites de l’Enfant Jésus, fondée en Pologne par le Père Anselme de saint André Corsini en 1921, qui s’est implanté seulement il y a cinq ans dans le pays, compte déjà 15 vocations natives. Le support de cette implantation carmélitaine au service de l’Église de Léttonie est la présence qualifiée de deux prêtres membres de l’Institut séculier carmélitain  “Notre-Dame de Vie”.

Le Carmel en Lettonie est plus qu’un germe. Il est en imminente éclosion en ses deux branches féminine et masculine. C’est pour cela qu’il mérite l’appui du Secrétariat Général des Missions de l’Ordre et de tous les membres du Carmel.

 

     
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Updated 27 apr 2005  by OCD General House
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