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Missionary news

News   -  07  ( 24.09.2005 )

L E   C O N G O :

Un pays mythique

Dámaso  Zuazua,
Secrétaire Général des missions

 

    Avec sa superficie de plus de deux millions de kms2, il occuperait quatre fois la surface de l=hexagone français, et cinq fois celle de l=Espagne. Il fut le but de la première expédition missionnaire (perdue dans un naufrage) du Carmel thérésien en avril 1582, six mois avant la mort

de la Ste Mère Thérèse de Jésus, puis le cadre des premières activités missionnaires des Carmes entre 1584 et 1587. De 1585 à 1632, le travail fut particulièrement intense pour y réaliser le rêve d=une implantation de Carmélites Déchaussées, trois siècles avant qu=une première femme puisse mettre le pied sur une terre de mission....Plus tard, il devait être traversé par les fameux explorateurs du XIXè siècle: Livingston et Stantley. C=est sur ces terres que le Bx Isidore Bakanja (+1909) et la Bse Anwarite Nmengapeta (+1964) souffrirent le martyre pour la foi...Je me réfère au Congo. 

Pauvre, parce que trop riche

Telle est l=antinomie de ce pays africain: l=ex-Congo belge, le Zaïre, la République démocratique du Congo de Kabila et de son fils Joseph. Mais pourquoi le Congo devrait-il fonctionner comme si quelque malandrin fatal et persistant était toujours en train de le déstabiliser ? Dans un premier moment, les  fautes étaient imputables à la répartition arbitraire faite au Congrès de Berlin (1884-1885) pour fixer les frontières en Afrique et inaugurer la période coloniale. Voici 45 ans, le 30 juin 1960, avec le discours glacial de Patrice Lumumba en présence du roi Beaudouin de Belgique, le Congo obtenait une indépendance longtemps désirée. Puis vinrent les années tourmentées du président Kasa-Vubu, du premier Moïse Tshombé, de la tentative de sécession du Katanga, de la révolte des Simbas...et les longues années de la dictature du maréchal Mobutu ne devaient pas être des plus heureuses (1965-1996).

Après l=invasion des réfugiés rwandais en 1994, on a vu les guerres de 1996 et 1998. L=instabilité, le manque de sécurité personnelle, les zônes contaminées par la guerrilla, l=implication des forces étrangères avec le saccage des richesses minières du pays au profit d=intérets trop précieux, ne pouvaient promettre la fin prochaine du cahos.

Il n=y a pas de guerre au Congo, dit-on. Non, mais il y a des factions militaires armées qui s=opposent, qui luttent entre elles, il y a des terrains conquis, des zônes où le sous-sol offre un grand intéret et qu=on se dispute les armes à la main. Dans les villes et dans les villages, on apprend continuellement des morts, des sequestres, des disparitions de personnes, des échanges de coups de feu et des agressions prolongées, des incursions, des attaques militaires qui durent des jours entiers...Le couvre-feu est imposé par prudence, parfois sans menace apparente.

Ce qu=il y a de plus triste dans cette situation, c=est l=avidité tacite, qui ne tient aucun compte de la responsabilité internationale, et qui n=en démord pas, qui ne veut pas trouver une solution. Pensons au florissant commerce de la vente d=armes à tous les groupes qui s=affrontent, armes qui se retrouvent sur tant de fronts simultanés. Et la situation s=aggrave encore plus à l=est du pays, dans le Kivu du nord et le Kivu du sud, là où les mines d=or et de diamant sont particulièrement abondantes. Et maintenant, on a découvert le Acoltan@, si utile pour le téléphone mobile. C=est un minerai radio-actif nuisible à la population, mais il est surtout très rentable en industrie. C=est ainsi que la zône du Kivu se voit contrôlée et déstabilisée de l=extérieur, à travers l=Ouganda et le Rwanda, par nos super-puissances occidentales.

Pendant ce temps, le peuple s=épuise et se désintègre sous tant de violence, sous tant de pillage incontrôlé. En conséquence de cet épuisement, on voit souvent dévier les fonds de la fonction publique. L=économie se met au service de la guerre qui, bien que jamais déclarée, est bien réelle et prolongée. Le gouvernement reste complètement absent dans le reconstruction du pays, comme fidèle à une habitude invétérée. Tout pourrit, tout se fane, tout vieillit; rien ne se renouvelle, rien ne se développe; personne ne se risque à investir sur un terrain si peu sûr. Dans une région, la récolte de maïs se perd, faute de moyens de transport; dans un autre, si l=on veut répondre aux nécessités vitales de la population, il faut aller en acheter jusqu=au Pakistan.

J=ai sous les yeux les propositions d=un parti politique. Tout en me refusant à croire que le contenu en soit fiable, je constate que ce programme est bien trop tactique et concret pour pouvoir être faux: il est sataniquement nazi et perfide, dans ses termes et ses objectifs. ANous devons continuer à exploiter par tous les moyens la présence des Interhambwe comme alibi pour obtenir l=aide internationale, en faisant croire que cette faction armée constitue une source permanente d=insécurité pour le Rwanda@. Avec cette théorie et cette stratégie, le pays est clairement vendu, il est livré aux mains de ceux qui tirent la pierre et se cachent la main.  Et combien de Caïns s=agitent dans ce tourbillon sale et mortel de leurs intérets? ANous avons donné des consignes strictes, pour que soient surveillées les activités du commandant, et que soit examinée l=action de l=Eglise catholique qui, par les communautés de Mgr Laurent Monsengwo, sème le désordre et met nos intérets en péril@.

 Puis on passe en revue toutes les régions de l=est. AIl nous faut mettre en oeuvre la  force militaire et la corruption, fomenter la division. Et sanctionner quiconque ne veut pas se soumettre à cette tactique...Nous devons utiliser toutes nos forces pour réduire au silence tous ceux qui s=opposent à cette volonté@. Après quoi nous trouvons la liste des noms: l=évêque auxiliaire (en l=absence du titulaire), plusieurs missionnaires, plusieurs prêtres...Qu=il y ait des morts ne peut nous étonner: ils sont voués au sacrifice exigé par tant de perfidie.

Parlant de la capitale Kinshasa, on peut lire: AJusqu=à  maintenant, le président Kabila  ne constitue pas un obstacle, vu qu=il est compromis par un pacte secret@. Il est évident qu=avec toutes ces coordonnées, le pays peut exploser d=un moment à l=autre, puisqu=il dort sur une poudrière, qu=il est narcotisé par les slogans et les déclarations démagogiques. Si les guerres récentes et la guerre larvée de l=après-guerre ont causé plus de 3.800.000 morts dans la population civile, sans compter les militaires, un total plus néfaste encore peut continuer à assombrir l=histoire et la vie d=un peuple.

Je préfère envelopper dans le manteau de l=espérance les conséquences à prévoir pour l=avenir. Tant de douleur, de souffrance prolongée et épuisante, ne peut que  préparer une aurore de rédemption.

 

Parlons de nos Frères

J=aterris à Kinshasa. C=est tout de suite la babylone joyeuse, animée et désordonnée, dans l=aéroport: le bruit, la confusion, les gens qui cherchent au hasard ceux qu=ils veulent trouver, la mendicité qui commence avec les agents de la douane, mal payés ou pas payés comme bien d=autres fonctionnaires. Pourtant l=ambiance ne m=impressionne pas, je la connais. A peine sorti, dans l=obscurité, je mets le pied dans une fosse imprévisible, un trou profond d=un mètre et demi. A quoi servent les anges gardiens? ..Par bonheur, ce qui aurait pu être un malheur reste un simple sursaut, avec quelques égratignures. Je peux continuer. Vive la Providence!

En arrivant, j=embrasse mes Frères, encore sous le coup de leur deuil pour la mort toute récente du P.Laurent Kapuku qui avait 46 ans.  Il était Supérieur à Goma, et vient de mourir à Kinshasa  pour Ainsuffisance rénale@. Ne tentons pas d=en savoir davantage; son état clinique, qui ne présentait aucune gravité, a échappé au diagnostic, aux examens nécessaires. Et notre Frère est mort Aà l=africaine@, sans avoir à  rentrer chez lui. Paix à son âme!  Je me souviens du temps où j=étais avec lui au Teresianum de Kinshasa: il était étudiant en théologie et organiste.

En ville, la dégradation et la rétrocession sont très manifestes. Quel sera donc le degré de contamination, l=ambiance générale dans les endoits où l=épidémie a  ruiné toutes les plantations d=orangers et de citronniers, aux environs de Kinshasa? Nous arrivons à la maison St Joseph, voisine du cimetière de Kintambo, résidence du délégué général. Elle est plus occupée que d=habitude, par le Conseil de la délégation et ceux qui sont venus pour les funérailles de notre Frère défunt. J=embrasse le P.Jean-Pierre Mulowayi, délégué général, le P. Jérôme Ndeye, le P. Joachim Kalonga, Jean-Paul Tshisungu, Christian Muta, Théophile Twagirayezu, et le profès simple Marcel. Nous échangeons les souvenirs de notre vie commune passée.

 Je fais visite à la communauté des Carmélites Déchaussées et aux Carmélites de Saint-Joseph (du Salvador). Naturellement, je me rends au scolasticat de théologie et à la maison de spiritualité du Teresianum. J=apprends immédiatement que la délégation générale du Congo détient le record des maisons de spiritualité pour tout l=Ordre, puisqu=il faut y joindre celles de Lubumbashi, Bukavu et Kananga. Je déplore la pauvreté en eau, mais j=admire très vite la  liturgie, si soignée et si inspirée, entièrement chantée avec brio et exultation. Et l=assemblée dominicale qui en fait tout autant. Comme je voudrais trouver dans nos églises européennes la même participation, le même recueillement, le même respect! Au rythme du tam-tam, le chant éclate, vibrant: AKembo na Nzambe ali kolo...@

Pour cette fois, Kinshasa n=est qu=une étape. Je dois m=en aller vers l=est du pays, rejoindre nos communautés de Goma et Bukavu, dans la région conflictive du Kivu. Le général Padiri, chef épique et indomptable de la faction militaire des Mai-Mai, fait partie de notre vol. Nous assistons aux saluts militaires, les coups de talons retentissent...Et bientôt: attention! attention! Nous atterrissons à Goma. L=avion doit freiner violemment au milieu de la piste, comme devant un mur, parce que l=autre moitié est encore couverte par une lave abondante que le volcan Niragongo avait vômi sur la ville en 2002.

 A Goma, je trouve notre paroisse de Katindo sans supérieur après la mort du P.Laurent Kapuku. Avec le P.Jean-Pierre Ngemani, venu  de Nairobi, nous avons ici actuellement les deux derniers prêtres ordonnés en mai dernier pour la délégation: Ghislain Muteteri et Jérôme Paluku. Les deux nous donnent un bel exemple en mettant leur jeune sacerdoce au service de la maison et de la  paroisse. Sans y apporter la moindre note tragique, sur un ton plutôt normal, ils nous commentent les dangers qu=offrent la ville. Ce que fait aussi, pour sa part, la supérieure des Carmélites missionnaires thérésiennes, Leonila Lara: Ale désordre est tellement habituel, qu=il paraît organisé@. Et elle ne panique pas du tout pour les trois heures de nuit qu=elle a  récemment passées à veiller, durant un échange de coups de feu dans le voisinage de sa maternité et de son dispensaire. Cet équilibre, ce courage et cette sérénité sont certainement une grande leçon de vie missionnaire pour nous tous.

Au terme d=une traversée de deux heures et demie ou trois heures en Avedette@ à travers le lac Kivu, on arrive à Goma, capitale du Kivu nord, et à Bukavu, capitale du Kivu sud. Ici nous trouvons l=une des fondations les plus compromettantes pour notre Ordre. Les Carmes y dirigent l=établissement de philosophie AIsidore Bakanja@, qui rassemble actuellement cinq Congrégations religieuses, en attendant d=en accueillir davantage. Le Centre attend d= être reconnu par l=Université d=Etat du Congo. Malgré la précarité ou même le manque de moyens financiers, nous avons entrepris la construction du nouveau Centre et d=une future résidence carmélitaine dans le quartier central de Muhumba. Le premier scolasticat S.Jean de la Croix, de 1990, sur la colline de Karahle, devient une maison de spiritualité. Comme il est trop éloigné du centre, le  Conseil inter-congrégations de philosophie a dû envisager un nouvel édifice plus accessible. C=est donc ici que l=effort de la communauté se déploie à travers l=étude quotidienne, la construction du nouveau Centre, l=apostolat carmélitain, la  formation des 26 postulants qui se répartissent entre l=année de propédeutique et les trois années de philosophie. Un engagement aussi multiple fait honneur à la communauté et au Carmel. Aussi mérite-t-il notre reconnaissance, notre admiration, et quand c=est possible notre contribution économique.

Le scolasticat de Bukavu est un poste-clé dans l=histoire missionnaire de l=Ordre: il a mérité la confiance de se voir converti en Centre commun de la Conférence des religieux pour l=étude de la philosophie. Il fait tandem avec les élèves du grand séminaire de Murhesa destinés au clergé diocésain. Et ce résultat est dû à l=énergie, la générosité et la ténacité responsable des deux docteurs et des deux licenciés en philosophie de notre communauté carmélitaine. L=évêque auxiliaire, Mgr Moroy, compte beaucoup,  nous a-t-il dit, sur la collaboration des Carmes pour consolider la formation de son clergé, de ses religieux et religieuses, et des laïcs engagés. A l=extrémité de la ville, une fois le fleuve traversé, on atteint la ville rwandaise de Cyangugu, qui abrite un monastère de Carmélites Déchaussées, toutes africaines, naturellement. 

En conclusion de cette visite, je me demande se beaucoup de membres de notre Ordre seraient capables d=une telle sérénité, d=une telle confiance, d=une telle joie, d=une telle spontanéité, dans ces milieux révulsés où vivent nos Frères en République démocratique du Congo. Il est bien vrai que le Carmel a beaucoup investi au Congo, en espoirs, en effectifs missionnaires, en économie, en souffrances, en prière. Maintenant les fruits sont encourageants. Le Congo connaît la présence carmélitaine la plus nombreuse de toute l=Afrique, avec ses 39 Frères de voeux solennels et ses 7 novices qui ont fait profession ce 15 août. Son propre sens missionnaire montre qu=il va vers la maturité. Déjà des Carmes congolais prêtent leurs services en Italie, en Belgique (avec leur communauté de Vaux-sous-Chèvremont), en Allemagne, en Uganda, en République centre-africaine , en Terre-Sainte.

Aussi je souscris entièrement à la dèclaration de la Conférence épiscopale du pays:@Nos concitoyens doivent affronter les incertitudes du lendemain, l=insécurité croissante et une misère intolérable...Notre peuple ne mérite pas de continuer à vivre sous un joug aussi accablant...@ Et je lis et je médite ces affirmations, en pensant à nos Frères du Carmel.

     
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Updated 28 set 2005  by OCD General House
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