[News]  [Addresses] [Carmelite sites]  
Secretariat of Missions: ocdmis@pcn.net + FAX ++39 06 85443212



Missionary news

News   -  10  ( 10.01.2006 )

Les pays nordiques de l'Europe

Dámaso  Zuazua,
Secrétaire Général des missions

  

La  Finlande des Lapons et des longs hivers

 

Tel est ce pays, que les autochtones appellent Suomi, et que nous connaissons sous le nom de Finlande. Le nom lui-même évoque une situation nordique. Et de fait, c'est bien la pays le plus septentrional de l'Europe, venant après l'Islande. Un compositeur inspiré, tel que le Navarrais Boebide, fait chanter le soliste, dans sa chanson du Finlandais: "Par les longs hivers sans soleil..." Cette réalité peut constituer un élément pour une définition, au moins météorologique, de cette nation scandinave. A peu près un quart de son territoire se trouve au nord du cercle polaire arctique. Voilà pourquoi l'hiver se prolonge, tandis que les jours se font courts: six heures de soleil au sud, 52 jours d'obscurité au nord.

 

Le calendrier finlandais est caractérisé par un froid  et une saison hivernale qui occupent beaucoup de temps. Nous pourrions nous demander comment se sentiraient les Finlandais sans leur neige, leurs traîneaux, leurs sports d'hiver, leurs randonnées à travers les forêts enneigées (leur pays est relativement le plus boisé de toute l'Europe), leurs marches sur les rivières et les lac gelés. Dans son histoire, sa culture, sa tradition, son économie, son industrie, le Finlandais a signé un pacte de grande amitié et d'entente profonde avec le froid et avec l'hiver.  Il les chante, il les aime, il en jouit, il les exploite. Privez un Finlandais de son hiver et de son sauna, vous pouvez le conduire à la mort, ou vous le laisserez  tout au moins dans un état d'inertie profonde. Tout ce territoire de 337.032 km2 est affecté par le froid: ses 80.000 îles, ses 188.000 lacs, etc... la surface des eaux atteint 31.552 km2, soit les 10 % de la superficie totale.

 

Les 5.159.646 habitants recensés en 1999 sont ici les maîtres de l'hiver. L'écrivain Zacharis Topelius (1818-1898), dans son "Notre pays" (1875), a voulu inculquer et imprimer à la jeunesse l'image du patriotisme populaire. Il y décrit le Finlandais comme un caractère "réflexif, obstiné, introverti et pacifique". L'écrivain espagnol Angel Ganivet a laissé, lui aussi, des pages mémorables sur la vie et le tempérament romantique de ce peuple. Quelqu'un m'a même précisé qu'il y a chez lui une prédisposition mystique: "Quand on marche par ces étendues neigeuses, par ces forêts silencieuses, comment ne pas rencontrer Dieu ? Les Finlandais prient parmi les arbres..." Pour ma part, j'ajouterais même que c'est un peuple chanteur, presque comme les Basques. Les langues officielles sont le finlandais et le suédois; mais les Lapons du nord  parlent aussi le saame.

 

En 1153, les Suédois réalisèrent la première exploration des côtes finlandaises, sous la conduite du roi Erik IX le Saint et de l'archevêque d'Upsala St Henri, considéré comme l'évangélisateur de la région, et qui fut assassiné par le paysan Lalli. Durant 7 siècles, la Finlande fut une province suédoise. En 1527, le roi Gustave Vasa imposa le credo luthérien et confisqua les biens de l'Eglise catholique. Aujourd'hui, l'Eglise évangélique luthérienne est toujours majoritaire (85 %). Puis les guerres napoléoniennes firent qu'en 1809  la patrie du compositeur  Jean Sibelius (1865-1957) entrât dans la sphère russe; en conséquence, la religion orthodoxe est devenue la seconde religion du pays. Les catholiques sont environ 10.000, si l'on compte les étudiants qui ne sont pas recensés. Ils progressent suivant une moyenne de 40 conversions d'adultes par an. L'indépendance a été obtenue le 6 décembre 1917; et depuis 1995 le pays est membre de l'Union européenne. Aujourd'hui la Finlande est la pâtrie de la multinationale "Nokia", la géante de la téléphonique mobile dans le monde, depuis qu'elle a lancé en même temps que Télécom le premier service régulier en la matière.


Le personnage le plus populaire est partout l'inutile St Nicolas ou Papa Noël. Cette incarnation légendaire est vraiment vivante dans le nord. Chaque nuit de Noël, le Lapon à grande barbe descend  en traîneau des hauteurs de ses neiges, traîné par son fidèle Rodolphe  Nezrouge, et circule par le monde en distribuant ses cadeaux aux enfants. La  légende fait le commerce; tandis que dans sa ville d'origine on a organisé un parc d'attractions souterrain, sous le nom de "Santapark".

 

Gustave Vasa  fonda  Helsinki, l'actuelle capitale, en 1550, à l'embouchure du fleuve Vantaanjonki , pour concurrencer le port de Tallinn, dans l'Estonie actuelle, qui contrôlait le commerce dans la Mer baltique. D'après le recensement de 1999, la ville compte 546.317 habitants. Mais avec les villes satellites: Espoo, Vantaa, Kauniainen, la zône de la capitale arrive presque au million, avec ses 935.000 habitants. Le centre historique d'Helsinki forme un ensemble monumental de style empire, dû surtout à l'architecte C.L. Engel (1777-1840).

 

Présence carmélitaine

Les premiers Carmes arrivèrent dans les terres scandinaves en 1410, pour fonder un premier couvent à Landskron (1413). La Province de Dacia, ou Dania, ou l'actuel Danemark, fut fondée en 1462. Elle arriva à 11 couvents, le principal étant celui de Copenhague (cf. J.Smet: "The Carmelites", 1975, I, p.138-139). Dans cette Province, la maison la plus proche de la Finlande fut celle de Orebro, en Suède centrale, près du fleuve Svart. Cette Province fut supprimée vers 1530, lors de l'imposition du luthéranisme (cf.Ambrosius a S.Teresia, Monasticon  Carmelitanum I,  p. 293).

 

Parlons de données historiques plus récentes. Détail curieux: Anastasie, la fille du général Carl Gustav Mannerheim (1867-1951), considéré comme le père de la patrie finlandaise, fut durant plusieurs années Carmélite dans un monastère d'Angleterre. D'autre part, la diffusion de l'esprit carmélitain dut beaucoup à Seppo Teinonen, grand professeur de théologie luthérienne. C'est celui-ci qui, dans les années 80, traduisit en finlandais les Demeures et la Vie de Ste Thérèse, ainsi que la Nuit et la Vive Flamme de St Jean de la Croix. Ensuite il se convertit au catholicisme. Personnellement je garde un grand souvenir de ma rencontre avec lui à Rome, en 1982 ou 1983, quand il voulut me faire part des difficultés qu'il rencontrait pour sa traduction de Ste Thérèse du fait que, dans le vocabulaire luthérien de son pays, il ne trouvait pas d'équivalents lingüistiques pour exprimer nos termes mystiques. Constation qu'il manifesta également dans son entrevue avec le P. Tomàs Alvarez, ocd.

 

Le Carmel finlandais compte actuellement trois réalités importantes.

 

1- Le Carmel d'Espoo.

Espoo est une ville de la périférie d'Hlsinki, située à l'ouest de la capitale. Elle donne sur la mer, en face d'un archipel. L'origine du monastère carmélitain remonte à 1980. Lors d'une visite au Carmel de St Raphaël (en Californie - USA), l'écrivain Louis Bouyer avait assuré à la communauté que l'évêque d'Helsinki désirait une communauté contemplative pour son diocèse. Puis Mgr Paul Verschuren avait confirmé personnellement ce souhait par lettre. C'est ainsi que les deux premières fondatrices arrivèrent le 7 novembre 1988. Puis la vie monastique put s'établir le 31 mars suivant, grâce à l'arrivée des moniales de "Carmel by Sea", dans une maison de bois, type de construction fréquente dans ces régions scandinaves. Un monastère extrèmement sobre, par conséquent, limité à 10 cellules au milieu d'un bois, au bord du lac Bodomjarvi, tout près d'un parc naturel. En 1994-95, la chapelle fut édifiée. Grâce à une astuce architectonique, le paysage forestier, hivernal ou estival, se trouve comme englobé dans la chapelle, à travers la fenêtre qui fait face à l'autel.

Mais notre Soeur la mort n'a pas manqué de faire ses visites à la communauté... Actuellement, celle-ci se compose de quatre Soeurs américaines et une du Kénia. On attend la suivante qui devrait venir d'Afrique, du Carmel de Zomba, au Malawi.


Assis dans cette chapelle, la tête dans les mains, je m'interrogeais sur le sens et sur l'avenir de ce Carmel ici, dans un pays aussi sécularisé, à dominante nettement luthérienne, avec si peu de catholiques, avec seulement deux prêtres et un séminariste originaires du pays... Finalement, je trouvai ces mots pour le moment du départ: "Votre avenir sera l'espérance, vivre d'espérance; votre miracle sera l'espérance..." Cette conviction m'inspire sécurité. Je crois que c'est la solution le plus sûre. Le Carmel de Finlande doit assumer ce rôle évangélisateur: être un point de référence qualifié dans le dialogue interreligieux, pour la recherche intense des valeurs spirituelles, tant de la part des Eglises luthériennes que du côté de la société.

 

2- Le Carmel séculier

Celui-ci est né très vite, près du monastère du Carmel. En note, nous pourrions préciser que l'existence du premier membre du Carmel séculier remonte aux années 1970, en la personne d'une dirigée du P. Wilfried Stinissen, Carme de la communauté de Norraby-Tagarp, en Suède. Heidi Tuorila-Kahanpaa, professeur d'université et convertie au Catholicisme, initia son cheminement en 1992. Cette personnalité, déjà marquante dans le monde religieux, allait devenir la colonne du groupe qui commença à   se former. Sa solide formation carmélitaine est maintenant accréditée par le cours d'études thérésiennes-sanjuanistes qu'elle a suivi au CITES d'Avila en 2002-2003. Aussi est-elle actuellement présidente. Déjà le Carmel séculier publie son bulletin mensuel; mais il se montre souvent présent dans les pages du bulletin diocésain. Il annonce aussi ses conférences et ses initiatives sur les tableaux d'annonces des diverses églises. Et il s'applique à propager la littérature carmélitaine.

 

Les membres du Carmel séculier comptent avec l'assistance des Carmes de Suède. Naguère, ils avaient le P.Anders Arbolerius, jusqu'au jour où il fut promu évêque de Stockholm. Aujourd'hui, l'assesseur est le P. Jacob Iturralde. Le Carmel séculier constitue un groupe reconnu et représentatif dans la ville. Il se compose de 9 membres, et tient ses réunions mensuelles au centre catholique dirigé par les P.Dominicains au coeur même d'Helsinki, presqu'à l'ombre de la coupole qui domine l'imposante cathédrale luthérienne.

          Le Carmel séculier ne cesse d'insister auprès des entités ecclésiastiques, pour une implantation des Carmes à Helsinki. L'évêque du diocèse, Mgr Jozef Wrobel, SCJ, leur offre d'ores et déjà le Centre oecuménique qui se trouve tout près du monastère des Carmélites, avec l'espoir de voir les Frères le convertir en un Centre de Spiritualité.

 

Le Carmel séculier d'Helsinki est complété par le groupe de Tallinn, en Estonie, donc dans le plus nordique des pays baltiques.  Helsinki et Tallin sont deux villes, deux capitales qui se regardent en face, séparées qu'elles sont dans la Mer baltique par le golfe profond d'Helsinki. La traversée se fait par bateau-ferry. Les deux groupes font ensemble leurs retraites annuelles. Le groupe de Tallinn comprend six membres, encore jeunes mais tous convertis à l'âge adulte. Il s'est lancé en 1994. L'évêque du diocèse m'a conseillé de les encourager à sortir de leur discrétion, à bien se manifester comme groupe carmélitain, à mieux se faire connaître dans la vie diocèsaine, soit à l'occasion de leurs célébrations carmélitaines, soit en organisant des rencontres ouvertes, soit en s'engageant dans la traduction et propagation du patrimoine carmélitain, etc... On peut vraiment dire que nous avons le feu vert et la bénédiction épiscopale.

 

3- Le Carmel oecuménique et monastique


En Finlande, le dialogue interreligieux compte sur une conviction acquise et bien enracinée. Le sens oecuménique y est profond. Quant à l'idée même du Carmel oecuménique, elle a pris naissance en Espagne, me semble-t-il. C'est du moins là que j'en ai fait connaissance, puisqu'on y trouve plusieurs Centres oecuméniques. Mais un grand bond s'est déjà produit vers la Finlande. La personne qui a fait le pont, c'est Hannele Kivinen de Fau qui, luthérienne finlandaise, conserve ses bases en Espagne. C'est elle qui entraîne des groupes de Finlandais sur les traces et à travers l'enseignement de  Thérèse de Jésus et Jean de la Croix par les terres de Castille. Ainsi, à partir de sa foi luthérienne, Hannele s'est mise à fréquenter le Carmel espagnol, avec lequel elle a pu nouer des liens profonds. Voilà comment est né rapidement le Carmel oecuménique. Aujourd'hui, entre les membres engagés et les grands sympathisants, on peut compter sur une bonne centaine de participants. Et l'on peut s'émerveiller, à voir tant de pasteurs, de professeurs de théologie, de diacres et diaconnesses, manifester un tel intéret pour la richesse spirituelle du Carmel. C'est là une ouverture nouvelle et prometteuse.

  La Carmel oecuménique a tenu sa première assemblée à Tolède, du 17 au 19 juin 2005. L'animateur spirituel était un homme de grande sensibilité oecuménique: le P. Francisco Brandle, Carme de la Province de Castille. Maintenant, le groupe envisage de poursuivre son approche à Ste Thérèse et St Jean de la Croix sous les divers angles: juif, musulman, luthérien et catholique.

 

Ceci dit, les chemins de Dieu offrent déjà des signes que le moment est venu de penser à un Carmel oecuménique monastique. La personne engagée en ce sens est, comme je l'ai dit, Hannele Kivinen de Fau. Elle porte les insignes du Carmel. Elle a traduit le Cantique Spirituel pour une belle édition bilingue (2005). Elle est en contact direct avec les autorités luthériennes de Finlande. Le Dr. Mikko Heikka, évêque luthérien d'Espoo, est d'ailleurs président de la commission du Carmel oecuménique monastique. Il manifeste le plus grand  intéret au projet, encourageant personnellement et spirituellement son propre troupeau luthérien. Il souhaite bien connaître l'opinion de l'Ordre à ce sujet, "parce que, m'a-t-il affirmé, je ne voudrais surtout pas rencontrer de conflit dans notre bon cheminement oecuménique. - Mais, lui ai-je dit, le monastère doit s'édifier sous votre juridiction, et c'est vous qui en serez le responsable !" L'évêque s'est montré satisfait de cette affirmation. Et cependant un doute subsiste toujours: "Quelle sera la réaction de l'Ordre du Carmel ? - Elle sera certainement bonne, Monseigneur: Le Carmel ne manquera pas d'offrir sa collaboration et son assistance spirituelle à votre fondation luthéro-carmélitaine..."

 

Maintenant, il nous reste à espérer, comme autrefois Gamaliel (Ac 5, 34-40). Nous suivrons avec le plus grand intéret les pas qui seront donnés. Mais Hannele Kivinen a suivi les cours du Centre international thérésien-sanjuaniste d'Avila, elle a maintenu de très nombreux contacts avec des membres et des communautés de la famille carmélitaine. Et maintenant elle envisage même de consacrer un certain temps d'expérience et d'approfondissement dans quelque Carmel espagnol.

          Le Carmel oecuménique  monastique, jusqu'ici luthérien, ne sera-t-il pas un nouveau signe de la vitalité charismatique inculquée par Ste Thérèse  à son Carmel ?  Et ne sera-t-il pas d'un grand service pour l'Eglise du Christ, si le Carmel peut aider l'Eglise luthérienne à  revitaliser et approfondir ses racines évangéliques?

 

     
 [
 English] [ Italiano] [ Español] [ Français ] [ Deutsch]
[ ] [  ]

Updated 02 mar 2006  by OCD General House
Corso d'Italia, 38 - 00198 Roma - Italia
 ++39 (06) 854431  FAX ++39 (06) 85350206