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Missionary news
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News -
11 ( 24.04.2006 )
En Afrique Orientale, en Afrique
anglophone
Dámaso
Zuazua,
Secrétaire Général des missions |
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En route pour l'Afrique
Nous partons pour l'Afrique: l'Afrique de l'est,
l'Afrique anglophone, celle du Kénia et de
l'Ouganda. Assis à côté du P. Stephen Watson,
Définiteur général, j'emploie les nombreuses heures
du vol à lire l'Encyclique du Pape: Deus Caritas
es. La seconde partie surtout, qui m'inspire
tout un examen de conscience sur mon service des
Missions carmélitaines. "L'Eglise ne peut se
relâcher dans son service de la charité, tout comme
elle ne peut se dispenser du ministère des
Sacrements et de la Parole..." (n° 22).- "Pour l'Eglise,
la charité n'est pas une sorte d'activité
d'assistance sociale..., elle appartient à sa nature
même, et constitue une manifestation indispensable
de sa propre essence" (n° 25). Puis on voit éclairer
la relation entre justice et charité (n° 26-27). Et
Benoît XVI continue à frapper ma conscience:
"L'amour -caritas- sera toujours nécessaire,
même dans la société la plus juste... Quiconque
prétendrait se désintéresser de l'amour se
disposerait à se désintéresser de l'homme en tant
que tel..." (n°28). Je reste tout impressionné par
une réflexion si pénétrante.
Le Kénia
C'est une aire géographique s'apparente à
l'occident, avec ses parcs naturels fréquentés des
touristes, ses villages masais. L'aéroport de
Nairobi est une véritable plate-forme pour tous les
vols de toute la rose des vents, et son
fonctionnement reprend les canons occidentaux
connus. Le Kénia sépare les peuples descendants de
Cam qui occupent les régions du nord, les noirs
établis dans le sud, et les tribus du Nil au
nord-est. Sur une grande partie de ses 582 646 kms2,
il offre un paradis à la grande chasse, tandis que
ses côtes ouvrent de nombreuses plages et des ports
sur l'Océan indien. Jadis, cette zone appartenait au
sultanat du Zanzibar depuis les temps les plus
reculés, jusqu'au jour où elle fut offerte au
gouvernement anglais, en 1877, avant le Congrès de
Berlin de 1884-85. On se rappelle encore les
escarmouches multipliées par la société secrète de
la tribu des Mau-Mau pour déconcerter les troupes de
l'armée régulière. Un chef mythique, Jomo Kenyatta
(1889-1978), se fit l'artisan d'une indépendance
nationale bien étudiée, et finalement obtenue le 22
décembre 1963, n'empêchant pas le Kénia de continuer
comme membre du Commenwealth. La East African
Railways, qui va de Mombasa à Ouganda, parcourt
1937 kms du territoire national. Quant au réseau
routier, il forme un ensemble de 51.472 kms.
Du point de vue de la Mission, nous avons les
missionnaires de la Consolata, les Comboniens, et
plusieurs autres familles religieuses, qui sont
présents dans nos moyens de communication.
D'ailleurs Nairobi dispose d'un bon nombre de
maisons religieuses pour la formation des membres
jeunes.
Nous atterrissons à Nairobi, à 1.662 m. au-dessus du
niveau de la mer, sur le haut-plateau de Kiyuyu. La
ville fut fondée en 1899, comme campement de
travailleurs pour le chemin de fer d'Afrique
orientale. Depuis 1907, elle est devenue capitale du
Kénia. Nous avons devant les yeux les dernières
cimes du Kilimanjaro (5.895 m) et les premières du
mont Kénia (5.194 m). On peut noter les conséquences
de la grande sécheresse dont nous avons reçu des
infornations en occident. Elle atteindra
certainement des proportions catastrophiques, si la
pluie, attendue depuis des mois, n'arrive pas
prochainement. C'est. dit-on, la sécheresse plus
dévastatrice connue depuis dix ans. Dans ces
prairies dénudées, les vaches ne donnent plus leur
lait... mais elles font peine à voir.
Accompagné du P. Provincial de Washington (Philipp
Thomas), le P. Dennis Geng, supérieur local,
nous conduit au couvent. Une nuit brève ne réussit
pas à éliminer la fatigue; et cependant les notes
sonores de l'hymne de la liturgie matinale en
kiswahili semblent communiquer à l'organisme une
impulsion anti-léthargique révigorisante. Un
jeune Frère nigérien nous édifie par son
homélie de grande vigueur charismatique: les yeux
vifs, le geste des mains, les interpellations au
public, les chants improvisés, le sourire... tout
est persuasif, tout est suggestif.
A notre maison de Langata Road, nous
rencontrons le
Astaff@
des 5 formateurs d'une communauté internationale de
38 membres: Kéniens, Nigériens, Malawiens,
Nord-Américains. Soit 9 prêtres et 29 frères en
formation. Ces étudiants fréquentent le Tangaza
College, qui se trouve presque à la porte de la
maison; il s'agit d'un Centre affilié à l'Université
d'Afrique orientale. Là, on trouve aussi un Institut
de spiritualité, dont la direction sera
prochainement confiée au P. Stephen Payne, de la
Province de Washington, En admirant cette situation
africaine si prometteuse, on pense immédiatement au
P. Philippe Sáinz de Baranda qui, durant ses deux
sexennats de supérieur général (1979-91), s'est
toujours préoccupé de créer un grand Centre d'études
dans cette ville, avec des garanties de formation
pour la zone anglophone d'Afrique. Cette idée
semée, on voit naître aujourd'hui d'autres Centres
de formation à Ibadan (Nigéria) et Morogoro
(Tanzanie).
C'est en 1992, que notre grand projet de Nairobi a
commencé à fonctionner. En 1995, la responsabilité
en a été confiée à la Province de Washington. Puis
la tradition est venue, d'organiser ici la rencontre
annuelle des responsables Carmes de la région
anglophone, à laquelle participe aussi le
représentant de l'Ouganda; et nous espérons pouvoir
compter prochainement avec une présence
sud-africaine. Le sujet commun est habituellement le
fonctionnement de cette maison d'études pour le
service des autres zones, la collaboration
interrégionale, les perspectives d'avenir,
etc.. .mais cette année, nous avons un sujet
spécial: la préparation du prochain congrès sur la
formation carmélitaine dans le secteur anglophone
d'Afrique. Il s'agit de reprendre, avec les nuances
nécessaires, le travail réalisé à Yaoundé (Cameroun)
en 2004 pour l'Afrique francophone. A Nairobi, le P.
Général viendra présider, du 5 au 7 juillet.
Dans le monde carmélitain de cette ville, une visite
est toujours réservée aux Carmélites, mais on
regrette de ne pouvoir aller jusqu'aux Carmels de
Tindinyo et Kisii, pas plus qu'aux autres
communautés de la famille carmélitaine. Nous prenons
congé du Kénia, avec la nouvelle toute fraîche d'une
prochaine fondation missionnaire carmélitaine à
Kisii. C'est que Nairobi tient à sa propre expansion
avec les vocations natives du pays.
Vers l'Ouganda, en franchissant la ligne de
l'Equateur
Entre les capitales du Kénia et de l'Ouganda,
Nairobi et Kalampa, se trouve la ligne géographique
de l'Equateur: un peu au nord de la première, et au
sud de la seconde. En mettant le pied sur le sol
ougandais, je pense au rôle compliqué, Acendré@,
joué par ce pays dans le conflit de la région des
Grands Lacs, avec le comportement sinistre de son
président Museweni. Comment définir celui-ci ? Un
Amalandrin@ de D. Quichotte ? Un démiurge au service
d'une faction africaine exilée en Ouganda en 1959,
et qui l'a hissé au pouvoir ? En récompense, il a
offert son aide logistique aux inkotany,
quand ceux-ci ont repris le pouvoir au Rwanda en
1994. Et les troupes ougandaises maintiennent
leur présence au Congo, dans la région des diamants
et des minéraux précieux, déstabilisant tous les
efforts pour la paix, malgré les soldats des
Nations-Unies.
Parlant de l'Ouganda, nous gardons en mémoire le
souvenir du dictateur Idi Amin Dada (1971-79). Une
fois à l'aéroport d'Entebbe, je cherche avec
curiosité le lieu exact de la libération des otages
juifs de 1976, par une troupe spécialisée
israélienne débarquée ici par surprise. Aventure
exploitée tout de suite par les médias avec le film
"Raid
on Entebbe".
Avant l'arrivée des Anglais, plus de 30 groupes
ethniques couvraient les 235.796 km2 de la
nation actuelle. Les premiers arrivants étrangers
furent les Arabes en 1840. La présence des Européens
commença dix ans plus tard, quand l'Anglais John
Speke fut le premier Européen à découvrir les
sources du Nil, en 1860. Suite au Congrès de Berlin
(1884-85), la ABritish East Africa Company@ concéda
un édit royal au royaume local de Buganda en1888.
Enfin l'ancien royaume du Buganda, ensuite
protectorat anglais, obtint l'indépendance totale le
9 octobre 1962. Actuellement l'Ouganda compte
24.600.000 habitants, dont 13 % s'entassent dans les
centres urbains.
La religion primitive était monothéiste. On adorait
un seul Dieu, sous divers attributs: Katondo,
le créateur, Mukama, la maître de la vie,
Seggulu, le seigneur des cieux... Dans la
légende de Kintu et Nambi nous
retrouvons une résonance d'Adam et Eve. Dans les
légendes ancestrales, nous avons même une histoire
du salut. Le premier roi qui accueillit des
Européens fut Mutesa 1er, connu également
sous le nom de Mukabuya.
Le catholicisme a pénétré dans le pays par le
sud à travers les Pères Blancs, par l'est avec les
Pères de Mill Hill, et par le nord avec les
Comboniens ou Missionnaires de Vérone. L'histoire
chrétienne du pays nous édifie, avec le témoignage
extraordinaire de 22 martyrs ougandais entre 1885 et
1887, dont la majeure partie étaient des jeunes au
service du roi. Et le benjamin était S. Kizito,
âgé seulement de 12 ans. Aussi l'histoire des
martyrs de l'Ouganda mériterait-elle d'être
mieux connue dans l'Eglise. C'est d'ailleurs le
premier témoignage d'un martyre oecuménique, avec
ses 12 protestants. Dans une banlieue de Kampala, à
Nabugongo, se trouve la basilique commémorative. En
m'arrêtant sur le lieu exact où Paul VI célébra la
messe en l'honneur des martyrs le 31 juillet 1969,
je retrouvais intérieurement ses paroles, les plus
prophétiques et les plus programmatiques qu'un Pape
ait jamais adressées à l'Afrique: AC'est vous, les
Africains, qui devez être désormais vos propres
missionnaires... C'est-à- dire que vous les
Africains, vous devez continuer la construction de
l'Eglise sur votre propre continent@. C'est que le
Pape Montini croyait fort eux ressources des fils de
cette terre pour l'évangélisation de leurs frères.
N'avait-il pas écrit, en 1967, la lettre apostolique
"Africae terrarum" ?
En terre du Carmel
Pour parler du Carmel en Ouganda, nous avons un
préambule à saveur de Afioretti@. C'est le souvenir
d'un Carme hongrois, le P. Patrick Perjes (+ 1993).
Dans son pays, il s'était offert pour être
missionnaire. Arrivé à notre séminaire des Missions
à St Pancrace de Rome en 1939, il fut désigné pour
la Mission d'Irak. Durant la seconde guerre
mondiale, il tomba prisonnier des Anglais. C'est
dans ces conditions qu'au terme d'une longue odyssée
on le vit arriver au camp de concentration d'Ouganda
en 1942. Il passa par Soriti, Kampala, Rubaga,
Entebbe, Katigondo, Masaka, Kitovu... Puis il reçut
l'invitation formelle à fonder une mission
carmélitaine: un vaste terrain était à sa
disposition. Libéré en 1947, on le trouve deux ans
plus tard à Tucson (Arizona) en compagnie des Pères
catalans qui travaillaient alors aux U.S.A. A la
date du 16 février 1947, il écrit dans ses
"Memoirs"
(Pro manuscrito 1993): "Le mystère continue..." A
parler du Carmel en Ouganda, on ne peut oublier ce
Carme Magyar qui arrosa cette terre au long de cinq
années avec les sueurs de sa captivité.
Quant à la présence actuelle du Carmel sur ces
terres, si nous suivons l'ordre chronologique, il
nous faut mentionner tout d'abord les
Carmélites Déchaussées de Mityana. Elle arrivèrent
du monastère allemand de Welden en 1967. Or Mityana
, c'est la ville natale de trois des premiers
martyrs ougandais: S. Mathias Kalembe, S. Luc
Banabakintu et S. Noé Mawaggali. C'est aussi un
siège suffragant de Kampala. Le Carmel se trouve à
l'ombre de la première cathédrale, où il évoque
architectoniquement une cabane ougandaise. Là, les
Carmélites ont survécu avec leur ferveur toute
thérésienne aux révoltes, à la dictature, à la
guérilla... Aujourd'hui, elles sont 13: six
allemandes et sept jeunes ougandaises, plus une
postulante. Tandis que deux Soeurs professes
ougandaises se sont intégrées à des communautés
allemandes. Et l'Eglise locale considère le Carmel
comme un appui spirituel exceptionnel, apprécié avec
reconnaissance. Ajoutons que le monastère occupe un
terrain vaste, avec arbres et cultures.
Quant aux Carmes, ils ne font guère parler d'eux.
Leur implantation est récente: 2002. Tout commença
dans la simplicité et se continue dans la
discrétion. Kyengeza se trouve dans le diocèse même
de Mityana, à 15 kms vers Kampala. La paroisse S.
Kizito apparaît sur la colline comme un pôle
d'attraction. La façade est déjà peinte, mais le
reste, ainsi que tout l'intérieur, laisse voir les
briques découvertes, en attendant les fonds
nécessaires: et le toît est en tôle. Kyengeza se
trouve à 50 kms de la capitale, et à 70 de la ligne
de l'Equateur. L'église, construite en 1975 comme
succursale, est paroisse depuis l'arrivée des Carmes
d'Arizona-Californie. Elle compte 15.000 âmes, et
peut compter avec 15 chapelles. C'est ici que la
communauté des Carmes vit et se défend. Les Pères
David Costello et Colm Stone, presque
septuagénaires, accusent désormais la fatigue, mais
ils sont accompagnés par le P. Edmond Shabani, de la
Délégation générale du Congo, et le prêtre diocésain
John Mary Vianney. L'harmonie est manifeste,
la poésie écologique du cadre est réconfortante, et
les airs de clarinette se font souvent entendre,
pour le repos de l'esprit.
Le manque d'électricité cherche une solution dans
l'usage des panneaux solaires qui assurent une
faible lumière pour la nuit. Avec toutes leurs
privations, sans internet, sans journaux, sans
télévision, les Pères vivent isolés de
l'extérieur, mais bien intégrés au peuple qu'ils
évangélisent. L'eau de pluie recueillie dans la
citerne s'est épuisée, alors que le bienfait d'une
bonne douche est si appréciable sur ces terres
chaudes. Mais ici, il faut aller la chercher à
seaux, car le robinet ne donne rien ! "A la guerre,
comme à la guerre"; autant dire: AA la mission,
comme à la mission@. Et la vie continue...
Pour compléter heureusement la communauté, nous
voyons quatre Soeurs de "Marienschwester vom
Karmel" de Linz (Autriche), fondées en 1861 par
Maria Bock (Thérèse de St Joseph). Ceci est
leur premier engagement missionnaire, et il a déjà
contribué à la vitalité de leur Institut. Les Soeurs
et les Frères se retrouvent chaque jour pour
l'Eucharistie et l'Office des Lectures. Depuis leur
implantation, les Soeurs ont déjà une postulante,
tout comme les Frères. Précisons qu'à notre collège
de Nairobi, nous avons comme étudiants un prêtre et
un profès simple de l'Ouganda.
Sous l'autorité de la paroisse, fonctionnent aussi
une école primaire et une école secondaire.
Conclusion
Voici l'heure du retour, le moment du bilan général,
puisqu'après avoir de telles communautés
missionnaires (Nairobi et Ouganda), on arrive
toujours à une conclusion. Aux temps passés,
l'universalité de l'Ordre se laissait voir à travers
ses missionnaires. Aujourd'hui, ce sont plutôt les
vocations autochtones, d'ailleurs fruits de la
Mission, qui nous expriment le plus riche
universalisme culturel du Carmel. L'ethnocentrisme
de l'Ordre s'est évanoui automatiquement. Lié comme
il était aux conditionnements du passé, il a disparu
pour laisser place à la nouvelle situation.
Il n'empêche que tout jeune Carme de toute Province,
s'il est doué d'une vocation missionnaire,
trouverait encore sa place dans un endroit
comme Kyengeza. Il lui suffit de s'offrir avec
décision. Car la Mission continue d'engendrer la
Mission.
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Updated
04 mag 2006 by
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