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Missionary news

News   -  13  ( 24.12.2005 )

B I É L O R U S S I E


P. Damase  Zuazua
, OCD.

Secrétaire Général pour les Missions

D=abord,   en  Lithuanie-.

 

J=entreprends un voyage vers la Mission carmélitaine de Biélorussie. Pour des raisons de stratégie géographique, j=atterris d=abord  à Vilna, capitale de Lithuanie. Je me sens tout heureux de poser le pied sur la terre de saint Casimir, patron céleste du Grand-Duché depuis 1484, puis d=une Province carmélitaine  florissante en son temps (1734-1884), quand elle en arriva à occuper 12 couvents, et à compter plus d=une centaine de religieux.

 

La  Lithuanie  (Lietuva) fut le dernier pays d=Europe à embrasser la foi catholique. Mais l=adhésion de ces populations au Christianisme est restée proverbiale.  Le symbole  emblématique le plus expressif de la nation actuelle demeure toujours la colline historique aux nombreuses croix de Siauliai: des milliers de croix de bois ou de métal, petites ou grandes, de dévotion ou de souvenir... Les autorités soviétiques les ont abattues à bien des reprises, mais en vain. Elles ont toujours repoussé, et avec profusion.

 

La ville sacrée de Vilna m=intéresse. C=est la ville la plus baroque au nord des Alpes, et la plus lointaine de l=Europe de l=Est. Rappelons surtout qu=ici est né St  Raphaël Kalinowski de St Joseph, et qu=ici nous trouvons le sanctuaire mythique de Notre-Dame d=Ostra Brama, avec son icône si expressive, toute recouverte d=or  repoussé, et entourée de huit mille ex-votos environ. L=image et son cadre ont été restaurés en 1993. Le pape Jean-Paul II a prié devant cette image mariale, lors de sa visite en Lithuanie en 1993. C=est bien la Vierge Marie, le Mère de la Miséricorde, qui est vénérée avec dévotion  ici, à  la Porte de l=Aurore,  l=une des cinq  premières portes de sortie de la muraille, construite entre 1503 et 1522.

 

Elle  évoque  merveilleusement l=invocation mariale la plus répandue dans tout le pays et dans bien des lieux du voisinage, où elle est aussi respectée  par d=autres  religions. L=actuelle paroisse Sainte-Thérèse est l=un des monuments du premier baroque en Lithuanie. Elle est actuellement bien restaurée, avec tous ses souvenirs carmélitains: les fresques abondantes aux  voûtes  -la Achapelle sixtine de Vilna@- qui représentent la vie de Ste Thérèse, l=imposant et magnifique tableau de la Transverbération du maître-autel, les blasons du Carmel, les différents tableaux, les diverses statues, ...

 

Tout à côté, on  retrouve l=ancien couvent des Carmes (1627-1948), qui fut durant un certain temps collège de philosophie. Cette fondation fut supprimé en 1948 par décision des autorités soviétiques, et de façon dramatique pour l=Ordre,  puisque  les Carmes furent déportés en Sibérie. Durant la première phase de la Apérestroika@, le gouvernement indépendant la restitua à l=Eglise. Mais les autorités diocésaines se sont toujours refusées à confier ces lieux à l=Ordre, qui les leur a  réclamés en plusieurs occasions. Lors d=une conversation à ce propos, entre le P. Général de l=Ordre et le Cardinal, le P. Benignus Wanat, provincial de Pologne, susurra discrètement: AIn Ecclesia non est justitia ...@ Si bien que  récemment, le couvent s=est converti en hôtel de luxe, pour le succès du tourisme en plein essor.

A 100 kms de la capitale, nous trouvons Kaunas. Cette ville également a eu naguère son couvent de Carmes (1708-1845). Récemment, en 1994, un nouveau Carmel féminin, fondé par  la Grande-Bretagne, s=est installé dans les environs. La construction est originale et bien conçue, avec beaucoup de lumière, au milieu d=un espace boisé où le silence attire déjà bien des gens au recueillement. Les 15 occupantes actuelles sont les plus ardentes à réclamer de façon  urgente et immédiate, une présence à leurs côtés de leurs frères en religion. Et le Apetit troupeau@ lithuanien composé de deux Pères, un Profès simple, un Novice et une Postulante, doit déjà se faire attentif à cet appel justifié.

 

Nous devons tous prêter attention, en effet, à la consigne écoutée  par Ste Thérèse, lorsqu=elle  qu=elle  souffrait certains doutes sur la fondation de Saint-Joseph et qu=elle entendit la voix du Seigneur: AJe t=ai déjà dit d=entrer comme tu pourras !@ (Vie, 33,12). Pour une première installation, les Carmélites offrent une maison qui se trouve sur leur propre terrain, et qui pourrait très bien servir de Amonastère convenable@ (monasterio cabal) pour commencer. D=autre part, la ville ne manquerait pas de possibilités pour une activité pastorale. Enfin, dans ce monastère de Baniatvos, j=ai pu entendre avec plaisir les éloges du Carmel de Calahorra  pour l=hospitalité  qu=elles ont assurée à deux Carmélites lithuaniennes venus étudier lecastillan, avec l=intention de rendre bientôt notre littérature carmélitaine  accessible chez elles.

 

En route vers la frontière.-

 

Pour évoluer avec aisance à travers l=histoire carmélitaine dans ces régions, rappelons que les frontières  se sont souvent déplacées au cours des temps, au gré des changements de gouvernements. Lors de l=établissement d=une  Province  carmélitaine russe, la Province de Volinia, nous étions en 1796. Puis vint le démembrement de la Pologne entre Russie, Prusse et Autriche, avec la création de nouvelles  frontières. Alors les communications entre les quatre couvents  des zones actuelles d=Ukraine, Russie Blanche et Pologne (politiquement supprimée) devinrent impossibles. D=où la nécessité de créer la nouvelle Province, jusqu=au jour où, pour de nouvelles raisons politiques, la Province  russe fut supprimée  en 1832.

 

Laissant à part le problème historique, retrouvons l=actualité. De Vilna, nous gagnons la voisine Biélorussie. Je ne m=attendais pas à payer si cher l=entrée dans ce pays: cinq heures d=attente. Quand le visa d=entrée est en règle, pourquoi un tel retard? Voici un premier signe du fait que, dans ces régions, l=administration des douanes travaille encore suivant le rythme et le système soviétiques anciens: l=arbitraire de la police des frontières  est souverain. Comme  la chose est quotidienne, personne ne proteste, tout est normal. Finalement, j=entre dans le pays, avec le P. Kazimierz Morawski.

 

Les gens s=entendent en biélorusse, en polonais, en russe ou en lithuanien. Mais comme j=ignore totalement les langues  slaves, il ne me reste que l=italien, l=allemand, le latin, le français, l=anglais  pour pouvoir communiquer. Nous nous comprenons tout de même avec les yeux, les gestes, et surtout le coeur. Comme nulle part dans le monde je n=ai connu le luxe d=une traductrice à partir du castillan, j=estime au plus haut point les services que m=a  rendus la Professeur Irina Zhelubowskaja, collaboratrice infatigable de nos Carmes dans leur travail auprès des jeunes.

 

Nous voici donc dans le pays. La Biélorussie se prête à la plaisanterie. On l=appelle Russie Blanche, par contraste avec la Russie Noire ou Rouge. Ou bien Russie Bleue, pour la couleur azurée des yeux des habitants. J=ouvre les yeux sur la réalité qui m=entoure. Des étendues immenses avec quelques collines sans relief, des routes rectilignes, des forêts de pins et de bouleaux, l=immensité des lacs (plus de 10 000 !), une population  rurale dans ses maisons de bois ...Telle se présente la géographie  de la surface de la majeure partie de l=actuelle Biélorussie, avec ses 10 millions d=habitants et sa superficie de  207 600 kms2. Soit approximativement la surface du Royaume-Uni ou de la Roumanie. D=autre part, le pays est enserré entre les frontières de Lithuanie, Lettonie, Russie, Pologne et Ukraine, sans aucun débouché sur la mer. C=est l=une des Républiques les plus occidentales de l=ex-Union Soviétique. Depuis les temps antiques, elle a joui de sa situation géographique, du fait qu=elle était traversée par les voies commerciales établies par les Wikings de Scandinavie et les Grecs de Byzance.

 

Historiquement, rappelons que la République de Biélorussie est née en 1919, et qu=en 1922 elle s=est agrégée à la Russie Soviétique. Elle en est devenue l=un des pays les plus soviétisés. Enfin, le 21 août 1991, l=indépendance de la nation a été reconnue de nouveau.

 

 

Une République encore trop soviétique-.

 

De ce pays, sur lequel les informations ne sont jamais spécialement abondantes, le premier nom qui nous  frappe les oreilles est probablement celui d=Alekandr Lukashenko. Comme président, il en est à son troisième mandat consécutif depuis 1994. Il a établi un régime post-totalitaire, autarchique, mimétiquement et anachroniquement soviétique. Il n=est pas plus persona grata en Union Européenne qu=aux Etats-Unis.  Le parlement se désigne à nouveau comme ASoviet Suprême@. Depuis 1995, le russe est la seconde langue officielle du pays. Le Abatka@ (père de la Patrie, comme Staline) a rétabli le KGB: c=est ainsi qu=on appelle le service de sécurité de l=Etat. Et le buste de son fondateur Feliks Zherzhinskij apparaît bien en vue dans la capitale. Lukashenko a aussi bloqué tous les voyages des fonctionnaires publics à l=extérieur. On voit donc perdurer Al=homme soviétique@, avec son idéologie, sa mentalité. Et ceci se manifeste dans la politique, l=étatisation, la surveillance sur la liberté des personnes.

 

Toute tentative démocratique  se voit immédiatement réprimée. Bien des étudiants contestataires ont déjà été expulsés de l=Université. En 2003, la commission des Droits de l=homme de l=ONU a dû condamner le régime de Biélorussie pour ses décisions arbitraires, la disparition de certains opposants, le mépris de toute opinion publique contraire à l=autorité. La psychose officielle en arrive  même à faire contrôler   les sermons dans les églises ... Lénine est toujours là, dans ses monuments bien restaurés, tout comme  l=étoile rouge et les autres symboles du vieux communisme. Il faut dire qu=en compensation de sa fidélité, la Biélorussie jouit d=un traitement de faveur des gouvernants de Moscou pour le pétrole et pour le gaz. Il n=existe pas de contrôle douanier entre les deux pays.

 

La grande richesse du pays, c=est sa forêt. On trouve toujours les AKolkhoses@, ou coopératives qui centralisent la production  agricole. Mais la jeunesse est obligée d=émigrer pour chercher du travail; seuls les cultivateurs et les enfants restent sur place. Le  point d=attrait le plus  fréquent pour la recherche du travail, c=est Moscou, ou quelque autre ville de Russie. Ainsi, les villages se dépeuplent. Et cependant, l=hospitalité dans les familles demeure cordiale et généreuse, extrêmement obséquieuse. On remarque immédiatement la qualité  des tapis, qui constituent en outre  un élément décoratif sur les murs, à l=intérieur des habitations. D=ailleurs, la Biélorussie note un développement économique constant. Elle exporte des téléviseurs, des produits pétroliers, des produits chimiques.

 

L=Eglise-.

 

La  Biélorussie a été évangélisée, parmi d=autres, par le  martyr jésuite S. André Bobola (1591-1657). Pour notre temps, un témoin exceptionnel du passé récent et du présent de l=Eglise, c=est le cardinal Kazimierz  Swatek. Ayant vécu 10 ans dans le Agoulag@ des mines de Vokuta, en Sibérie, il nous informe avec modération et simplicité: AUn grand  nombre de prêtres  furent exécutés ou envoyés en Sibérie  aux  travaux forcés. Sur place, il ne resta que 10% du clergé. Tous les couvents et monastères furent fermés ...@ Ceci rappelé, il se met à parler de la situation actuelle:

 

- On a rouvert quelques églises, qui auparavant ont servi de salles de cinéma, de musées, de fabriques, de salles de fêtes, de magasins, ou même de dépôts d=ordures, ...On a autorisé la venue de prêtres et de religieux polonais: une cinquantaine pour commencer. Nous avons maintenant quatre diocèses, avec  430 paroisses, où les prêtres sont environ 500, soit  polonais soit du pays. Ainsi tentons-nous d=émerger de la situation au-dessous de zéro que nous ont valu la persécution et la propagande anti-religieuse  pendant plus de 75 ans. Et nous constatons un réveil religieux en nombre et en ferveur.

 

A l=entrée des villages et aux croisements des chemins on peut remarquer de grandes croix de bois, toujours ornées de rubans et de fleurs. A l=intérieur des maisons familiales, on voit abonder les symboles, les signes et les souvenirs religieux. Pour la messe dominicale, les chrétiens arrivent à pied, en auto ou en voiture à cheval, venant de leurs villages dispersés. Ils ont conscience de pénétrer dans un lieu sacré, et le manifestent par leur comportement respectueux. A l=heure indiquée, la messe commence, une fois terminées les confessions. On se confesse également avant les cérémonies de funérailles, tandis que l=attente est occupée par le chant et la prière.  Tous chantent à pleine voix, avec conviction. Parfois on entend quelques  modulations  inspirées, avec des notes  ajoutées, comme il arrive facilement dans les campagnes. Quelque part, j=ai même assisté à une sorte d=heure canoniale chantée comme préparation à la messe.

 

Le comportement et les réactions des gens sont beaucoup plus religieux  que les  nôtres. En chaque lieu de culte, on retrouve quelque gardien fidèle qui, au prix de risques graves pour lui-même et sa famille, a toujours veillé sur les affaires de l=église, pendant qu=elle a pu rester plus ou moins ouverte. Mais comment peut-on obtenir des enfants qu=ils  puissent demeurer si recueillis, si  respectueux,... ?Après les fêtes de Noël, les visites des prêtres aux familles se font à cheval, puisque les conditions atmosphériques ne permettent  pas d=autre véhicule. Il faut dire qu=avec le prêtre, les chrétiens sont extrêmement déférents, qu=ils ont toujours mille délicatesses à lui réserver.

 

Il existe actuellement deux séminaires  interdiocésains. D=autre part, un élément déterminant pour la diffusion du christianisme, ce sont les sanctuaires marials. A côté de notre sanctuaire de Gudogaj, nous avons la Vierge de Lahiszynie, et surtout le temple de la Patronne du pays, AMalaja Syrmiezjh@, à Buolslov. Une nouvelle législation en matière religieuse a été promulguée le 31 octobre 2002, avec l=accord officiel de l=Eglise orthodoxe, bien que le gouvernement n=apprécie pas du tout la remontée de l=Eglise catholique. Le président Lukashenko, qui se définit lui-même comme Aathée orthodoxe@, n=a toujours pas admis que la Pologne et les catholiques de  son pays fussent favorables à son concurrent lors des dernières élections présidentielles. Si bien que, depuis 2000, c=est à peine si une seule nouvelle paroisse a pu être crée.

 

J=ai eu la bonne fortune de pouvoir rencontrer le clergé jeune et le clergé ancien. De celui-ci, je garderai le souvenir ineffaçable de certains faits reliés à la persécution, de la manière dont se sont formés certains prêtres en l=absence de tout séminaire. C=était  une  Eglise de catacombes, muette devant l=injustice, l=arbitraire, la calomnie, l=isolement ou la déportation, toujours sous la crainte, toujours dans l=incertitude, livrée à une persécution effrontée exercée par tous les moyens. Et c=est de leur silence héroïque qu=ont pu naître ces esprits robustes, aguerris par les privations, la souffrance, l=oppression.

 

Inoubliable entre toutes sera pour moi la rencontre avec le prélat Josef  Bukalo, de Mosarz. Avec ses 80 ans, il reste un exemple de service, de sagesse, d=expérience et d=équilibre. Pour tout séminaire, il a jadis étudié  la théologie en servant comme sacristain dans une église. Actuellement il déploie encore  toute une activité créatrice  esthético-religieuse. Le jardin  floral devant son église constitue toute une catéchèse plastique à travers les mystères de la Vierge et autres images sacrées. Dans le voisinage, il a créé un musée  rural. Mais son oeuvre  majeure, ce sont les 14 vocations sacerdotales qui se sont éveillées dans sa paroisse en 18 ans. Ajoutons qu=il  anime dans sa paroisse une campagne contre l=alcoolisme, avec des résultats inespérés. Des prêtres de cette trempe, avec un passé de ce genre, sont des hommes qui ont droit à la parole, des hommes dont nous avons beaucoup à apprendre.

 

C=est certainement un privilège pour moi, que d=avoir pu écouter tant de témoignages directs, comme le souvenir des sacrements reçus en cachette dans un cimetière, en feignant de visiter une tombe, ou celui de la femme qui profite de la nuit pour récupérer discrètement le crucifix qu=on a jeté dans la boue, ou celui des messes à la maison dans le plus grand secret, ou des affrontements entre les fidèles et les autorités qui brisaient les stations du chemin de croix en pleine campagne, ou de la résistance à ceux-là qui venaient avec leur tracteur pour arracher la croix du toit de l=église, ...

 

Les relations avec l=Eglise orthodoxe souffrent toujours des méfiances ataviques  héritées du passé.  Aujourd=hui se pose une question d=hégémonie entre l=Eglise orthodoxe favorable au gouvernement et l=Eglise catholique dont le développement est proportionnellement supérieur. Mais j=a  été témoin d=exceptions encourageantes. Ainsi la mère d=un prêtre orthodoxe, qui vient tous les jours à  la messe chez les Carmes. Ainsi un curé orthodoxe qui m=a invité avec cordialité pour la fête de la Transfiguration, ... Et le jeune curé de Hlyboakaye (Glubokpie) qui s=est fait un plaisir de nous montrer  son église où les blasons carmélitains remis en valeur lors d=une restauration récente rappellent, avec plusieurs autres éléments, que ce beau et vaste temple baroque, avec le couvent adjacent, fut jadis une fondation carmélitaine de la Province de Lithuanie (1646-1842).

 

Le Carmel-.

 

Il était bien besoin de charisme, de savoir-faire et d=intrépidité, pour se risquer en territoire soviétique dans les années 70, à  la recherche d=informations religieuses ou de contacts avec des instances  religieuses qui survivaient dans la clandestinité. Or ceci a été le mérite du P. Bronislaw Tarka, Carme  polonais décédé récemment. Il se dirigeait vers des groupes de fidèles ou des séminaristes qu=il pourvoyait de livres religieux et d=objets sacrés. Et dans les années qui précédèrent la Apérestroika@ de  M.Gorbachov, vers 1985, tel autre Carme  polonais réussit à s=installer et travailler dans la zone apparemment impénétrable, derrière le rideau d=acier.

 

En 1989 et aux premiers  mois de 1990, donc aux débuts encore incertains de la nouvelle situation, il y eut des présences sporadiques, des tentatives faites par des Carmes jeunes. Mais la date historique est en réalité  celle du 7 juillet 1990, celle de l=arrivée de tout  un peloton de Carmes  polonais résolus à demeurer sur place pour évangéliser. Un geste historique, oui, plein d=audace et d=espérance, significatif  d=un commencement public de la part des Carmes missionnaires de la première heure. Appartenant administrativement à la Province de Varsovie, ils sont  membres des deux Provinces polonaises et s=unissent dans le don de leur vie pour l=évangélisation de leur pays d=adoption.

 

Il arrivèrent donc, sans autre bagage que leur sac à l=épaule, mais avec au coeur une immense espérance, et sans savoir pour combien de temps ils allaient pouvoir persévérer dans leur entreprise. Tout d=abord, ils furent accueillis dans des maisons privées, jusqu=au jour où le permis légal de résidence leur fut accordé. Alors ils se mirent à l=oeuvre. Et Dieu a manifestement béni leur décision. En juillet de la même année 1990, ils reçurent d=ailleurs la visite encourageante du Supérieur Général, le P. Philippe Sáinz de Baranda, alors en visite officielle dans la région.

 

Aujourd=hui, le Carmel biélorusse compte  un prêtre du pays, le P. Juryj  Nachodka, ordonné en mai dernier, 10 frères profès,  un novice, un postulant, et quelques autres candidats; tel est le fruit de ces 16 années d=insertion et d=engagement. Il est vrai que beaucoup d=ardeur se manifeste lors de la préparation des marches d=été pour les jeunes, entreprises ascétiques et spirituelles à la fois, où la joie éclate à travers les chants et la prière, les échanges et la réflexion.

 

Dans les villages qui n=ont pas de chapelle, la messe est célébrée dans la maison de quelque famille chrétienne, ou bien à l=air libre, au pied d=une des croix de la campagne. J=ai pu participer à l=une de ces célébrations, à quelques kilomètres de Naracz. La campagne fleurie apportait à cette ambiance de ciel ouvert tout ce qu=il fallait pour une enceinte propice à l=Eucharistie. L=autel reposait sur le plus beau tapis du village, et avec le choeur des jeunes et le chant des plus anciens, il ne manquait aucun détail. La joie et la reconnaissance étaient manifestes. Aucun automobiliste, aucun militant laïc n=intervint pour protester. Ce fut vraiment une belle fête en plein après-midi. 

Après ces commentaires plus généraux, commençons la visite de nos maisons d=aujourd=hui.

 

1). Gudogaj

 

Nous sommes ici à  46 kms de Vilna, vers le sud-est. Les Carmes sont arrivés le 7 juillet 1990 dans cette ville, où  s=était déjà trouvé  un couvent de Carmes autrefois (1763-1832). Ce fut une paroisse, mais il y avait surtout le sanctuaire d=une icône vénérable de la Sainte Vierge. Celle-ci a providentiellement  survécu aux 158 années d=absence des Carmes.  Elle a  toujours, et aujourd=hui  plus que jamais, fait l=objet d=une vénération  très répandue. L=église est encore de bois, et Gudogaj est une paroisse rurale de 350 paroissiens. Chaque année, la fête de Notre-Dame du Mont Carmel rassemble environ 5.000 personnes autour de l=icône populaire, dont le couronnement canonique est prévu pour le 15 juillet 2007. Déjà les couronnes sont préparées par l= orfèvre, grâce à une contribution  massive d=anneaux et de bijoux offerts par les fidèles. Et le rescrit pontifical est acquis. Ceci sera certainement le grand événement religieux de la prochaine année pour toute la région.

 

Gudogaj appartient au diocèse de Grodno. Notre maison canonique, avec ses dernières amplifications, est à la fois couvent et maison paroissiale. Et quand le moment sera venu, elle devra abriter le noviciat carmélitain de Biélorussie. Mais il faudra adapter la partie supérieure  de l=édifice. Le 31 décembre 1992, l=évêque du diocèse a  signé l=acte de propriété en faveur de l=Ordre. La communauté actuelle, composée de trois religieux, se prodigue dans l=attention pastorale, la catéchèse, les réunions d=organisation, d=administration, de  formation, l=attention aux diverses  chapelles, comme celles de Grodwszyzna et Gradovsmchysna, ce qui fait monter la paroisse à un total de 1.300 fidèles.

 

Grâce à son icône historique, Gudogaj a fait l=objet de deux études historiques récentes, l=une écrite par le P.Bronislaw Tarka (Cracovie, 2003), l=autre par le P.Benignus Wanat (Cracovie, 2006). Ajoutons à cela  l=importance de la pastorale spéciale assurée par les Carmélites de l=Enfant-Jésus, une Congrégation polonaise qui offre son accueil pour des groupes de réflexion, ainsi que pour des rencontres pastorales ou spirituelles.

 

A Gudogaj aussi, on entend des témoignages de foi  héroïque, chez des personnes qui ont souffert la discrimination à cause de leur fidélité religieuse. Ils ont défendu vaillamment leur église; ils ont conservé pieusement leur cimetière; ils ont gardé bien cachés les vases sacrés et leur vénérable icône pour en éviter le pillage,  ...  Et quand  leur manquait leur prêtre qui fut lui-même  maltraité à plusieurs reprises, bien des fidèles  traversaient la frontière lithuanienne, afin de pouvoir recevoir les sacrements.

 

2) Konstantynowa

 

Nous ne sommes pas loin de Gudogaj, mais la ville dépend de l=archidiocèse métropolitain de Minsk-Mohilev. Ici encore, notre maison est paroisse et couvent. Elle se trouve aussi  dans  un contexte rural, entourée de petits hameaux et de  fermes isolées. L=église a été restaurée dans tous ses détails. Le maître-autel est dominé par une icône très expressive, recouverte d=argent: c=est la AMère de Dieu@ de Konstantynowa. Et ici comme ailleurs, les espaces et les jardins adjacents sont entretenus avec le plus grand soin.

 

Le couvent est de construction récente. Dans le cadre d=une organisation nationale de l=Eglise, il est utilisé chaque année pour les vacances d=été des enfants et de jeunes venant d=autres régions. En effet, les bois et les lacs abondants rendent le lieu propice à la détente, et le bon air est assuré. Je me suis trouvé à Konstantynowa pour la fête solennelle de l=Assomption: l=église était bondée, toute décorée de fleurs et de guirlandes. Bien que le jour ne fût pas férié en Biélorussie, la fête était imposante.

 

A la fin de la messe, une procession eucharistique se déroula, avec son air de fête populaire: fidèles agenouillés, cloches et clochettes, choeur  renforcé, drapeaux et étendards ...Reconnaissons  que, chez nous, la procession de la Fête-Dieu n=atteint pas une telle splendeur. C=est tout comme si, après les années de répression religieuse, tout le monde voulait se réjouir en manifestant sa foi avec la plus grande conviction, sans plus de complexes. D=où l=enthousiasme, le foi, la ferveur ...Telle serait le résumé de la journée.

 

A partir d=ici, on assure le service à la paroisse annexe de Zéladz. Encore un endroit cher aux Carmes, puisqu=on y trouvait, jusqu=en 1863, un couvent de la Province Saint-Casimir. Aujourd=hui, le tableau de la Vierge du Carmel au maître-autel rappelle le passé carmélitain. D=ailleurs  la dévotion à la Vierge du Scapulaire est demeurée bien vive, à travers tous les obstacles.

 

3) Naracz.

 

Nous trouvons ici la maison centrale de la Délégation carmélitaine. Elle se trouve au bord du lac majeur de Biélorussie, dans une zone de sanatoriums. L=église à trois nefs a été restaurée dernièrement. Ici encore, l=autel majeur est dominé par l=icône lumineuse de Marie, celle qui existait déjà dans notre ancienne église de bois. Ayant à y présider la solennité de St Roch, j=éprouvai une émotion profonde en écoutant les quelques phrases de salutation que deux enfants m=adressèrent en castillan: A...mais les anciens temps sont passés. Aujourd=hui nous voulons chanter comme un don du ciel le mérite de nos Pères Carmes pour la croissance et la consolidation de notre foi ...@

 

On a souvent cru que les Slaves sont réservés dans leurs expressions. Et pourtant, ici comme partout, c=est par des applaudissements qu=ils ont répondu à mes paroles sur la foi qui nous unit par dessus toutes les langues et toutes les origines. Et que dire, quand ils me virent déposer aux pieds de leur vénérable icône la gerbe de fleurs qu=ils m=avaient offerte au début de l=Eucharistie ?!

 

A 20  kms se trouve la paroisse de Miadziol, dont le gouvernement a autorisé  l=ouverture en 2003. Des volontaires du lieu ont répondu aux premières nécessités de cette paroisse qui fut autrefois celle d=un couvent carmélitain (1754-1949), et qui a été l=une des communautés les plus réprimées par le régime soviétique. L=église  fut alors convertie en dépôt d=ordures. Un témoin oculaire m=a affirmé avoir vu enlever de là plus de 20 grands camions d=immondices. Une bonne ancienne m=a raconté pour sa part comment elle a récupéré, de nuit et en secret, la croix de l=église qu=elle avait aperçue jetée au bord du chemin. On peut encore  voir, dans la crypte utilisée actuellement comme lieu de prière, un autre Christ mutilé. Quant aux autres images de l=église, elles avaient été secrètement emportées à Naracz, où l=église demeurait ouverte au culte.

 

Quant aux Pères Carmes, ils furent emprisonnés, et trois d=entre eux furent déportés en Sibérie, où ils demeurèrent dix ans. J=ai eu la grâce de pouvoir faire visite à Jadwiga Kuckiewicz, dans la chambre où elle garde le lit. C=est maintenant une malade aveugle de 83 ans, et  une mystique de la taille de Marthe Robin. Elle passe ses journées dans la prière pour le Pape et pour le Carmel. A ses 17 ans, elle apportait le  repas aux Carmes incarcérés à Miadziol. Quand elle se présentait avec son panier de vivres, il lui arrivait de s=entendre interpeller: @Tu n=as pas honte de venir aider ces curés ?@ Aujourd=hui elle reconnaît: ANon, jamais je n=ai regretté ces services ...Maintenant j=en suis toujours heureuse ...@ C=est que jamais elle ne  s=est attardée à calculer les dangers, les conséquences dangereuses de sa générosité. Et quand les Carmes furent déportés en Sibérie, elle fit un voyage en train pour aller les visiter, afin de leur apporter la nourriture qu=elle avait préparée chez elle à leur intention.

 

Elle  mit par écrit les souvenirs de ces jours pénibles qu=elle  a vécus, tout comme plusieurs autres personnes de son voisinage, et où elle s=est donnée de tout son coeur. Mais ensuite, craignant qu=à sa mort son texte  attire des problèmes à sa famille (car personne ne prévoyait encore  la pérestroika), elle brûla son manuscrit. Devant la peine que je lui exprimais pour la perte de ces documents de première valeur, elle se montra d=accord, s=étonnant du temps qu=il fallut à  ses carnets pour brûler ...Et maintenant sa vie, sa prière et ses douleurs de malade sont offertes pour le Carmel. D=ailleurs Jadwiga Kuckiewicz est membre agrégée  de l=Ordre ...pour tant de mérites qu=elle s=est acquis.

 

4) Autres visites, autres lieux

 

Bien que j=aie  rencontré  nos frères étudiants dans nos différents couvents, une visite au séminaire de Pinsk  semblait-il nécessaire. Cette ville avait abrité, elle aussi, un couvent de l=Ordre (1734-1832). Aujourd=hui les jeunes Carmes sont les seuls religieux admis à faire leurs études dans ce séminaire interdiocésain. Cette concession bienveillante est due à la bonne réputation  du directeur spirituel, notre  P. Arcadiusz  Kulacha. On  trouve  à Pinsk comme administrateur apostolique Aad nutum Sanctae Sedis@, précise-t-il lui-même,  celui qui est considéré comme le père de l=Eglise contemporaine en Biélorussie: le cardinal Kazimierz Swiatek, déjà  mentionné. Personnage toujours incombustible malgré ses 92 ans, avec ses 10 années de souffrance en Sibérie, il a réalisé un travail gigantesque pour la reconstruction de la cathédrale, du séminaire, de la curie, des  églises ...Il respire encore le feu, il vibre, il reste un entraîneur. Il démontre toujours une personnalité forte et lucide. Il vit dans une des maisons les plus modestes de la ville, dans une rue non asphaltée. Il s=exprima avec beaucoup d=humeur. Mais c=est sur  un  ton solennel qu=il m=interpelle:

 

- Dites à votre P. Général et à tout votre Ordre que notre Eglise est très satisfaite du travail des Carmes dans nos paroisses et dans ce grand séminaire.

 

Les Carmes de Biélorussie sont intéressés par une fondation à Minsk, la capitale, où ils eurent un couvent depuis 1703 jusqu=à la suppression de XIXè siècle. L=heure semble  favorable pour une nouvelle implantation. Dans cette perspective, nous avons pu parler avec Mgr Antoni Dziemianka, grand  ami du Carmel depuis toujours. Discrètement, il nous a expliqué que ses études de séminariste se firent chez un curé qui le prépara personnellement au sacerdoce, et qu=il fut ordonné en secret. A Minsk, il y a des possibilités pour une fondation carmélitaine; l=occasion n=est donc pas à mépriser. Avec l=appui de l=administrateur apostolique, l=idée pourrait même prendre corps dans les mois prochains. Et le champ d=apostolat est des plus variés: aumôneries de l=hôpital et de l=université, centre de spiritualité, activités paroissiales. La première présence effective saura découvrir la direction à prendre.

 

Tous ces déplacements m=ont donné l=occasion de visiter les jeunes frères qui se trouvaient en vacances dans leurs familles. Ce qui m=a permis de voir la vie dans les maisons de la campagne. Le passage à Brest ne m=a pas laissé indifférent. C=est la ville de l=union o ecuménique  avec les Ruthènes (1595-96), d=où sont nés les Uniates. De fait, nous avons pu visiter une chapelle de Grecs catholiques. C=est dans les chemins de fer de Brest qu=a travaillé naguère, comme ingénieur, St Rafael Kalinowski (1861-63), comme il le rappelle dans ses Mémoires.

 

Z Boham-.

 

C=est le mot du départ: Adieu ! Je reviens donc de Biélorussie, émerveillé et reconnaissant. J=admire les Carmes polonais qui se sont risqués le plus vite possible dans ce pays encore accablé par les doutes et les difficultés. Leur enthousiasme missionnaire s=est montré le plus fort. Mais le moment actuel  n=est toujours pas sans problèmes. Chaque année, il faut renouveler le permis de résidence dans le pays, comptant avec les frais correspondants. Et la croix reste pesante. Chacun peut se heurter à la surprise d=un refus sur décision arbitraire, sans recevoir la moindre explication. Et ceci est d=un poids psychologique épuisant. Cette année, par exemple, le  Fr Nicodème  n=a pu retourner à Gudogaj pour cette  simple  raison. D=ailleurs chacun sait que les services travaillant aux ordres du président ne cessent d=observer le comportement et d=analyser les paroles de nos missionnaires. C=est donc sous la menace que nos religieux  vivent leur engagement au jour le jour. Et c=est avec le même courage qu=ils assument la maladie qui s=est abattue sur deux membres de leurs communautés.

 

J=admire et je remercie les Carmes de Biélorussie:

 

- pour leur apostolat d=évangélisation dans le monde rural,

- pour l=espérance et l=encouragement qu=ils communiquent à la population,

- pour avoir réussi à restaurer toutes les églises dont ils ont la charge,

- pour avoir engagé la survie du Carmel avec des vocations du pays.

 

Il serait facile d'allonger la liste des mérites accumulés au long de ces 16 années de présence. Avec la satisfaction d'avoir découvert tant de réussites, je franchis la frontière en compagnie du Délégué provincial, le P. Bernard  Radzik. Enfin, avant de m'envoler pour Rome, je suis attendu à Vilnius, où les Soeurs  Bénédictines m'accueillent pour m'offrir leur hospitalité avec l'empressement qu'on leur connaît.

 

     
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Updated 07 set 2006  by OCD General House
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