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LA FONDATION
DU COLLEGE PONTIFICAL
URBANIEN
DE PROPAGANDA FIDE

 Le début d’un chemin difficile

 Dans l’Eglise, les efforts pour prépa­rer des missionnaires et des évangéli­sateurs ont toujours existé. Historique­ment, ces efforts ont souvent été liés à la floraison de la vie religieuse. Mais c’est surtout à partir du XVII siècle qu’ont commencé à naître les séminai­res pour la formation des missionnai­res, Leur histoire et celle du dicastère de Propaganda Fide sont intimement liées. Le Collège pour la formation des missionnaires, qui s’appellera plus tard Collège pontifical urbanien, fut d’une certaine façon l’humus qui permit la naissance de l’initiative de Grégoire XV lorsqu’il créa le nouveau dicastère missionnaire De Propaganda Fide en 1622.

Dès 1604, Clément VIII avait érigé l’organisme missionnaire central, qui devait poursuivre le travail de l’éphé­mère Congrégation clémentine, De Pro­paganda Fide. Cet Organisme fut confié à un Superintendens Generalis Missio­num. Les deux premières personnes qui occupèrent cette fonction furent les car­mes déchaux espagnols Pedro de la Madre de Dios (1599-1608) et Domingo de Jesus Maria (1608-1617). Mais cette tentative ne connut pas de développement en raison de l’opposition du Patro­nage royal hispano-portugais. Quoi qu’il en soit, un autre carme espagnol, Frère Tomàs de Jesus, ferme partisan de ces idées et initiatives, tenta de fonder au sein de son Ordre une branche par­ticulière qui se consacrât aux missions ad gentes, mais il dut se contenter d’ériger un séminaire carmélite de mis­sions en 1613, et son projet échoua. Il publia pourtant en 1613 le « De procu­randa Satute Omnium Gentium+, la plus grande oeuvre théorique et missionnaire du XVII siècle. C’est probablement sous l’influence de cette oeuvre que le domi­nicain Tommaso Campanella écrivit dans la prison de Naples le traité *Quod Reminiscetur et convertentur ad Dominum universi fines terreae (Ps XX!)+, le dédiant d’abord à Paul V, puis à Grégoire XV, et enfin, à Urbain VIII, sous lequel il obtint, enfin, l’imprimatur, qui toutefois n’eut pas de suite, car le Maître du Saint Palais, Nicolô Ricardi, o,p., ne lui rendit pas le manuscrit.

Probablement influencé par ces car­mes et par d’autres ecclésiastiques, Paul V, le 31juillet 1610, promulga des normes concernant la formation des missionnaires. C’est ce que démon­tre clairement l’influence qu’exerça l’oeuvre de Frère Tomàs de Jesus *De Procuranda Salute ». dans certains dé­crets émanant du même dicastère, com­me, par exemple, celui du 6 décembre 1622 et du 7 mars 1623 portant sur la formation adéquate des missionnai­res.

La fondation de Propaganda Fide ac­crut la conscience de la nécessité de fonder des séminaires missionnaires spécifiques. Dans ce sens, le 16 octobre 1623, le dicastère ordonna aux supé­rieurs généraux des Ordres ayant des missions, d’agir en conséquence. Ce même dicastère fut intimement lié, dès sa création, au Collège De Propaganda Fide créé par le Prélat espagnol Juan Bautista Vives y Maria. Le Pape Ur­bain VIII lui accordera une reconnais­sance particulière et unique en 1627. A partir de cette date, le Collège sera connu sous le nom de Collège pontifical urbanien de Propaganda Fide, dans le but de préparer les prêtres séculiers pour les missions. 

Les Intuitions de Vives 

Juan Bautista Vives y Maria (3 mai 545 - 23 février 1632), originaire de Va­lence, en Espagne, appartenait à la fa­mille de l’illustre humaniste Juan Luis Vives (+1540). Juan Bautista Vives fut un homme de Curie, un juriste, un di­plomate, mais il était avant tout un ec­clésiastique consacré  l’œuvre mis­sionnaire. Docteur en droit, il s’établit très tôt à Rome où il travailla à la Curie romaine. En 1591, il ouvrit une école pour néophytes à son domicile sur la Piazza del Popolo.

            A cette époque, le professeur de Lou­vain, Jean Vendeville, se trouvait à Ro­me et présenta au successeur de Pie V, Grégoire XIII, un Memoriale et un projet d’association pour s’occuper du rachat des esclaves et des prisonniers chré­tiens aux mains des musulmans ainsi que de la réunion des grecs et des ma­ronites séparés de Rome. Sixte V nom­ma Jean Vendeville Evêque de Tournai (1587-1592). L’Evêque belge proposa alors en 1589 la fondation de séminai­res pour préparer les ordres religieux pour les missions.

Mais la sensibilité missionnaire était encore rare dans de nombreux milieux ecclésiaux. En effet, il faut reconnaître que la question des missions ne fut pas abordé à Trente; mais bientôt, certains y virent une grave lacune. Parmi ceux­-ci, nous trouvons le carme espagnol Geronimo Gracian, lié à la reforme de sainte Thérèse. Gracian arriva à Rome en 1595 et devint ami de Vives, il découvrit son collège et ses effort visant à catéchiser un groupe très hétérogène de non-chrétiens au cœur même de Rome.  

Vives caressait le projet de transfor­mer son oeuvre en une Congrégation de Clercs réguliers missionnaires (1606-1610), avec l’aide de saint Giovanni Leonardi (+1609); mais le projet échoua. Malgré tout, il crut en cette institution et demanda donc la coopération du géné­ral des Théatins, Vincenzo Filiberti (1621-1627), pour son oeuvre. Dans ce but, Vives acquit le pelais du défunt Cardinal Ferratini, qu’il avait acheté après de pénibles négociations qui avaient duré du 13 décembre 1613 à 1625. Ce palais était situé place de la Sainte-Trinité des Monts (aujourd’hui place d’Espagne). Vives se proposait d’ériger sous la direction des théatins un +colegio de apostôlicos sacerdotes seculares, provenientes de cuatquier naciôn y gente, a fin de que el Sumo Pontifice existente pro tempore los en­viase por toda la redondez de la tierra a defender y propagar la fe catòlica. 

Divers ferments et initiatives d’amis prêtres

Le futur Collège pontifical urbanien *De Propaganda Fide+ est le fruit et la réunion d’un ensemble de ferments, ex­primant les préoccupations missionnai­res présentes chez certains religieux et ecclésiastiques, qui pour répondre à la nouvelle situation missionnaire du mon­de, voulaient créer un Centre de forma­tion de missionnaires ad gentes. J’ai déjà mentionné Jean Vendeville et les carmes espagnols; parmi eux émerge la figure du carme espagnol frère Tomas de Jesus (Diego Sanchez Dâvila, 1564 -24 mai 1627), qui publia en 1613 le -De procuranda Salute omnium Gentium+, la plus grande oeuvre de théologie mis­sionnaire du XVII siècle, dans laquelle, entre autres, il soutenait l’idée de la création à Rome d’un centre mission­naire. Dans la même lignée et sans au­cun doute sous son influence, il faut rappeler, le dominicain Tommaso Cam­panella (Naples) qui écrivit le Traité *Quod Reminiscentur+. Dès la fin du XVI siècle, nombreux furent ceux qui envoyèrent des « memorandum » sur le thème missionnaire aux Papes de l’époque. Ces ecclésiastiques et reli­gieux proposaient la fondation d’un Centre de formation missionnaire à Ro­me et divers Collèges missionnaires un peu partout, dans le double objectif de se consacrer à l’évangélisation +ad gentes+ et à l’activité de reconduire à l’unité de l’Eglise les chrétiens séparés de Rome. Ce fut dans ce contexte qu’entre 1607 et 1608, Juan Bautista Vi­ves, le jésuite Martin de Funes et saint Giovanni Leonardi (1541-1609), avaient voulu donner naissance au pro­jet du Collège de Propaganda Fide. Vi­ves deviendra par la suite l’un des pre­miers membres de la Congrégation de Propaganda Fide fondée par Grégoi­re XV. Dans les Archives générales de l’Ordre de la Mère de Dieu, l’institut fondé par Leonardi, se trouve un ma­nuscrit dans lequel est envisagée la fondation de ce Centre de formation missionnaire. On demandait que dans celui-ci soit proposées une forme de mission et une évangélisation qui, *au-delà des coordonnées géographiques, vise à atteindre les espaces de l’esprit d’une humanité plus complexe et sou­vent pas même consciente des liens qui t’entravent. Et l’efficacité de t’annonce est reliée à la formation de pasteurs vé­ritablement apostoliques, *qui non sua quaerent, sed quae Jesus Christi+ (Ms, chap. 1). C’est à peu près de la même époque que date un célèbre Mémorial à Paul V pour la réforme générale de tou­te l’Eglise. Ce texte fondamental récapitule les multiples expériences spécifi­ques sur le sujet que Leonardi avait vé­cues personnellement et dont il avait fait l’occasion d’un constant ré-examen de soi-même à la lumière de ta Parole et de la Sainte Tradition ecclésiale. Il s’agit d’un vaste projet dans lequel l’au­teur, en écrivant directement au Pontife, adresse une invitation pressante en vue de promouvoir toute une série d’inter­ventions qui permettent de façon réalis­te une profonde révision intérieure+.

Le Mémorial commence en rappelant le devoir apostolique du Pontife lui-même et poursuit en énumérant une série d’initiatives pour promouvoir la réforme de l’Eglise à tous les niveaux, en par­tant de la Curie Romaine. 

Les débuts du Collège missionnaire de Vives 

Frère Geronimo Gracian de la Mère de Dieu, carme déchaux, ami de Vives, s’adressant à Juana de Corpus Christi de Madrid, à laquelle il dédia ses oeuvres en 1616, inclut une oeuvre intitu­lée: « Zelo de la propagacion de la Fee, en que se contiene una exhortacion, pa­ra ir a predicar la fee cathotica a las tierras de idolatras, infieles y hereges+. Le prologue est direct: *Al muy ilustre y reverendisimo senor, Monsenor Juan Bautista Vives, protonotario partecipan­te, referendario de entrambas Signatu­ras, y arcediano de Atzira, en la Santa lglesia de Vatencia ». Et page 281, il dit: *Me he movido a tornar a sacar a la luz esta exhortacion, y imprimilla en esta ciudad [Madrid] è […] y dedicérsela a V.S. Reverendisima, porque por las car­tas que ha escrito al Imo. Marqués de Gaudatest, embaxador por Su Magestad en estos Estados de Flandes, veo el mucho zelo que Nuestro Sehor le ha comunicado para estas conversiones; y que estando en et estado y oficio que esté, pueda ayudar mucho, solicitandolas con Su Santidad, y con los ilustrisi­mos Cardenales de propaganda fide+. Vives donna donc naissance au Collège missionnaire dans l’ancien Pa­lais Ferratini (place d’Espagne). En 1622, il le céda comme siège du dicas­tère nouvellement créé *De Propaganda Fide ». Même si Graciân parle de Propa­ganda Fide, la Congrégation ne sera érigée que six ans plus tard, le 6 jan­vier 1622.

Vives fut constant et ferme dans son idée missionnaire: c’est pourquoi il offrit à Urbain VIII le Palais Ferratini à tra­vers un acte notarié en date du 1 juin 1626, le dotant de revenus suffisants pour 12 élèves: -No deseo, dit-il, pa­ra comodidad de mi persona […], sino para acrencentamiento de este colegio que voy fundando de clérigos...+.

La Congrégation chargea Vives de la rédaction du Règlement et des Statuts du Collège (14 juillet 1626). Urbain VIII, en acceptant la donation et les condi­tions du donateur, érigea canoniquement le Collège pontifical urbanien de Propaganda Fide par la Bulle Immorta­lis Dei Filius du 1 août 1627, sous le patronage des Apôtres Pierre et Paul et sous la dépendance directe du Saint-Siège, en chargeant de son administration trois chanoines des basiliques pa­triarcales romaines.

La création de ce Collège devint ainsi le couronnement de la Congrégation de Propaganda Fide. Dès ses origines, Vi­ves ne se limita pas à la création d’un Collège-Séminaire de nature et à carac­tère universitaire, selon les modèles de l’époque. Il voulut également créer une école de langues pour les missionnai­res et charger les Prémontrés de sa di­rection, en utilisant une partie du cou­vent capucin de Saint Bonaventure. La Congrégation de Propaganda Fide exa­mina le projet (session du 12 décembre 1628) et en constata l’utilité, mais ne vit pas comment le mettre en pratique, car le Pape avait destiné ce couvent à d’au­tres fins. Ce qui entraîna le retrait des Prémontrés.

Une autre idée de Vives fut la créa­tion d’une taxe obligatoire de 10% sur tous les legs, donations et dons de pié­té (février 1628), dans le but d’accroître l’aide économique aux missions à tra­vers la Congrégation de Propaganda Fide. Il proposa également à la Congré­gation de Propaganda la création d’une autre Congrégation pro tuenda fide, composée de 24 théologiens: mais sa proposition ne fut pas retenue car la Congrégation du Saint-Esprit existait dé­jà dans le même but. 

La constitution du Collège pontifical urbanien

Le 1 août 1627, le Pape Urbain VIII, par la Bulle Immortalis Dei Filius, re­connaissait au plus haut niveau le Col­lège de Propaganda Fide, créé par Vi­ves sous l’influence, et avec la collabo­ration et l’appui d’autres figures des dé­buts d’un mouvement missionnaire ini­tial difficile au sein de I’Eglise romaine. Parmi eux, il faut rappeler l’Evêque de Tournai Jean Vendeville (+1592), les carmes espagnols Pedro de la Madre de Dios (+1608), Domingo de Jésus Ma­ria (+1617), Tomas de Jésus (+1627), Geronimo Gracian de la Madre de Dios (+1614), e jésuite Martin de Funes (+1611), saint Giovanni Leonardi (+1609), le Théatin Vincenzo Filiberti (+1627), et plus tard, le fondateur de Propaganda Fide Grégoire XV (9 février 1621 - 8 juillet 1623), le futur Urbain VIII lui-même (6 août 1623 - 4 octobre 1644) (Maffeo Barberini), son frère, le Cardi­nal Antonio Barberini o.f.m. cap. senior, du titre de Saint Onofrio, et d’autres Cardinaux Barberini (Antonio junior, Carlo, Francesco, Giovanni Carlo), qui auront un rôle important à jouer dans la vie de la nouvelle institution.

Le Collège ne naquit pas comme une Université, et pendant plus de trois siè­cles, il ne prétendit jamais l’être, ni te devenir. II voulait être ce que la Bulle d’érection proclamait et ce que ses  Status et Règles répéteront continuelle­ment: le Collège missionnaire de Propa­ganda Fide devait former des mission­naires séculiers ad gentes et reconduire à l’unité de la foi catholique les chré­tiens qui s’en étaient séparés et être un lieu de recueil et d’études des informa­tions nécessaires sur les langues, les peuples et les cultures du monde à cet égard. En d’autres termes, il voulait être le Collège ou grand Séminaire de la Congrégation de Propaganda Fide ou de la Ecclesia Universalis, comme l’ap­pelera par la suite Clément XIV. Le fait qu’Urbain VIII lui accorda une série de privilèges importants C tous ceux de l’archicollège romain ou Sapientia, et des autres Collèges pontificaux déjà éri­gés dans l’Urbs, ainsi que la dignité su­prême de son érection à travers le Do­cument le plus solennel par lequel un Pontife avait l’habitude de reconnaître un fait, une Bulle précisément C souli­gnait l’importance donnée par le Pontife à cette reconnaissance. Il ne faut pas oublier que le Pape Barberini était l’un des treize membres de la Congregatio Cardinalium De Propaganda Fide insti­tuée par Grègoire XV le 6 janvier 1622 et que Vives y Maria était l’un des deux autres prélats-membres de celle-ci; un troisième, Ingoli, en était le Secrétaire.

La fondation du Collège pontifical ur­banien avait donc clairement pour but de recruter et de former des mission­naires pour la diffusion de la foi parmi tous les peuples du monde, de recueillir des informations et des études concer­nant les divers peuples et cultures du monde, en particulier d’Orient, et de re­conduire à l’unité de l’Eglise tant de chrétiens qui s’étaient séparés d’elle.

Urbain VIII, à travers la Bulle *Immor­talis Dei Fitiusapprouvait et promouvait la fondation, érigeant ce Collège de Propaganda Fide en Collège pontifical apostolique, sous la protection des Apô­tres Pierre et Paul, et lui donnant son nom d@Urbanum+. Il était destiné à l’accueil et à la formation de clercs et de prêtres séculiers pieux et doués, dans le but de diffuser et de défendre la foi catholique dans le monde entier auprès des non-chrétiens et des chrétiens séparés de l’unité de l’Eglise, même à travers le sacrifice de leur vie, lorsque cela était nécessaire [spiritualité du martyre] (-Ut ministri idoeni eligantur, qui […] tenebras tam infidelitatis quam haereseos pro viribus dissolvant atque dissipent; […] et pro fidei tuitione, incremennto, vitae periculum et martyrium si opus fuerit, subire omnino debeant+ (Bulle Immortalis Dei). Les mêmes con­cepts furent soulignés avec force par Alexandre VII dans la Bulle Cum circa juramenti, datant du 20 juillet 1660, *qui déclare que le serment des élèves des Collèges pontificaux, engage à vie et prescrit la forme du serment pour ceux-ci- et où il établit que le serment et la formule correspondante devant être prononcé par les élèves (cf. Texte in Règles de 1732). Urbain VIII établit par un Bref du 13 mars 1640 que le titre de « Propaganda Fide »  devait être unique­ment réservé aux institutions faisant l’objet de la décision de la Congréga­tion des Cardinaux de Propaganda Fide. Le Collège urbanien était par antono­mase le Collège De Propaganda Fide. Logiquement, le Collège avait besoin d’écoles pour les leçons, qui pendant des siècles, eurent lieu à l’intérieur. Ce seront les Ecoles de Propaganda, qui avec le temps, seront ouvertes égale­ment aux élèves des instituts mission­naires. Telle est l’origine de l’Université urbanienne de Propaganda Fide.

 

     
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Updated 05 giu 2003  by OCD General House
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