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PRÉSENTATION
Chères Soeurs,
C'était la volonté de notre Mère sainte Thérèse qu'ensemble,
moniales et frères, nous formions une même famille et que nous nous
aidions mutuellement à remplir notre mission dans l'Eglise.
Le numéro 242 de vos Constitutions demande au Père Général d'être
"spécialement attentif au renouvellement fidèle des carmélites
déchaussées" et de "susciter en dialogue avec elles des
projets et des initiatives dans la domaine de l'animation spirituelle et
de la formation".
Il ne pouvait pas en être autrement. Le Concile Vatican II, à propos
de la rénovation des Instituts religieux, dit qu'elle dépend en grande
partie de la formation de leurs membres.
Maintenant que la longue période de la rénovation de vos Constitutions
est achevée, nous pouvons enfin reprendre le service de la formation
que vous avez demandé et que le Centre de l'Ordre a pu rendre aux
monastères au cours des derniers sexennats.
Nous avons voulu prendre comme point de départ le texte même de vos
Constitutions. Nous avons confié à des spécialistes de l'Ordre la
préparation, sous une forme pédagogique et claire, d'exposés
approfondis sur les différents chapitres. Dans la ligne d'un service
plus efficace et actualisé, nous vous proposons le matériau sous trois
formes: par écrit, en cassettes et en vidéocassettes. Chaque
monastère nous indiquera ce qu'il préfère.
Demandons au Seigneur de bénir nos efforts et de nous aider, toutes et
tous, à grandir dans la connaissance et dans l'amour du charisme qu'il
nous a donné dans l'Eglise pour le service de l'humanité.
Fr. Camilo Maccise, OCD Préposé Général
NOTRE RÈGLE DU
CARMEL DANS LA PENSÉE DE SAINTE THÉRÈSE DE JÉSUS
Dans la législation de la carmélite déchaussée, la Règle occupe une
place privilégiée, en qualité de document primordial ayant une double
valeur: spirituelle et normative. Elle a été, de fait, le premier
texte spirituel de notre famille carmélitaine. Et également sa
première "formula vitae", sa première norme de vie.
Ces deux valeurs ont été perçues par sainte Thérèse, qui dès le
premier moment les a incorporées dans l'idéal de sa Réforme, et les a
réaffirmées jusqu'aux dernières années de sa vie.
C'est ce choix de la Sainte que nous nous proposons d'exposer ici. A
partir de l'expérience et de la pensée de la Mère Fondatrice, il sera
facile à la carmélite déchaussée d'aujourd'hui de se livrer à la
méditation de la Règle, d'y progresser et d'en assimiler l'esprit.
Pour plus de clarté nous suivrons, autant qu'il est possible, le
processus chronologique de la vie et de la pensée de notre sainte
Mère.
1. Avant de fonder Saint-Joseph
1. La connaissance de la Règle a dû faire partie de l'initiation
carmélitaine de la Sainte à l'Incarnation. Mais nous savons peu de
choses de son noviciat et de ses années de formation religieuse. Nous
ne savons pas jusqu'à quel point le contenu de la Règle a été
étudié et assimilé par elle avant qu'elle ne projette la fondation de
Saint-Joseph (1560). Elle-même racontera l'impact qu'un peu plus tard
(1562) fit sur elle sa rencontre avec Marie de Jésus, la fondatrice du
carmel de la Imagen de Alcalá de Henares, qui tout en étant
analphabète savait sur la Règle des choses que Thérèse ignorait.(1)
2. Comme il est normal, à l'Incarnation la vie personnelle de la
carmélite était basée sur la Règle. Les moniales faisaient leur
profession "selon la Règle du Carmel". Nous ne connaissons
pas la formule précise de la profession de Thérèse (1537), mais une
formule en usage un peu auparavant. D'après celle-ci, la carmélite de
l'Incarnation faisait voeu d'obéissance (sans mentionner les deux
autres) selon la Règle carmélitaine (sans mentionner les
Constitutions). Ce texte de profession date de 1521 et présente
probablement la même formule que Dª Teresa de Ahumada utiliserait
près de 16 ans plus tard. Le texte disait:
"Moi, soeur x. x., je fais profession et promets
obéissance à Dieu et à la bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel et
au frère Bernardin, prieur général de l'Ordre, et à toi, Beatriz
Guiera, prieure de ce couvent de Sainte Marie de l'Incarnation, et à
tes successeurs, selon la Règle de l'Ordre, jusqu'à la mort"(2).
3. La Règle n'était pas seulement le point de référence pour la
profession de chaque moniale. Elle était la base juridique et
religieuse de la vie de la communauté. L'historien le plus récent de
l'Incarnation en vient à affirmer qu'en réalité la Règle était
l'unique loi interne du monastère, lequel, selon le même historien,
manquait de Constitutions proprement dites.(3)
4. Même ainsi, nous ne savons pas dans quelle mesure le texte de la
Règle était d'accès facile aux religieuses d'alors qui ne
connaissaient pas le latin, - et Doña Teresa était de ce nombre. Dans
les Constitutions des carmélites espagnoles du XVIème siècle (cf. la
note précédente), il est fait allusion plusieurs fois aux
prescriptions de la Règle, mais rien n'est dit au sujet de sa lecture
ou sur la formation des religieuses à l'étude de celle-ci. Dans ces
Constitutions fait défaut la norme qui prescrit que la Règle
"doit être expliquée quatre fois par an" ("quater in
anno debet exponi"). Le texte espagnol de la Règle ne s'y trouve
ni en tête ni à côté des Constitutions. Ce seront des livres non
carmélitains (tels ceux d'Osuna, par exemple) qui éveilleront chez
Thérèse jeune professe, la faim d'une oraison personnelle et la
conduiront sur le chemin du "recueillement"
("recogimiento") intérieur. Ce ne sera donc pas le texte de
la Règle, qui bien sûr propose lui aussi à la carmélite l'idéal de
la prière continuelle "jour et nuit"(4).
5. La Sainte elle-même nous informera que, dans son monastère, on
vivait selon la Règle mitigée: "Comme dans l'Ordre tout entier,
conformément à la Bulle de mitigation" (Vie 32,9) et que c'était
l'un des motifs pour lesquels il lui aurait été difficile de retourner
dans sa communauté d'origine: "Retourner au monastère de
l'Incarnation, qui est de la Règle mitigée, aurait fait mon
désespoir, pour de nombreuses raisons inutiles à dire. Une seule
suffisait, qui était que je n'aurais pas pu y observer la rigueur de la
Règle primitive..." (Fond. 2,1).(5)
En conclusion, nous ne pouvons pas préciser jusqu'à quel point la
sensibilité de Thérèse a été touchée par rapport à la Règle en
cette première période de sa vie au carmel. De fait, son intérêt
pour la Règle, la véritable découverte de sa valeur et de son contenu
seront postérieurs, résultant des grâces qui, des profondeurs de la
vie mystique de la Sainte, mettront en marche son oeuvre de fondatrice:
les dernières années de sa vie à l'Incarnation.
II. La vraie rencontre et la nouvelle option pour la Règle
La rencontre personnelle de la Sainte avec la Règle a été
progressive. Elle nous le raconte elle-même.
6. Cela eut lieu sous le choc d'une des grâces mystiques qui l'ont le
plus impressionnée. C'est la vision de l'enfer qui va amorcer sa
vocation de fondatrice. Sa première réaction se situe à un niveau
personnel. Pour elle-même elle décide: "Je me demandais ce que je
pourrais faire pour Dieu et je me dis que la première chose était de
suivre l'appel que Sa Majesté m'avait fait à la vie religieuse en
gardant ma Règle aussi parfaitement que possible" (Vie 32,9). La
seconde réaction, un peu plus tardive mais non moins ferme, sera sa
décision de fonder...(6)
7. Ceci se passait vers 1560. Durant les deux années suivantes
(1560-1562) persiste chez la Sainte l'appel charismatique à fonder.
Elle s'efforce de "s'informer" à fond. Elle lit et relit
"tant" les Constitutions (Vie 35,2). A son corps défendant,
elle doit fonder le nouveau couvent hors de la juridiction de l'Ordre,
mais elle décide de l'ériger sur le solide fondement de la Règle du
Carmel. C'est ce qu'elle demande à Rome. De Rome, il lui est répondu
affirmativement dans le Bref de fondation. Les pétitionnaires (Dª
Aldonza et Dª Guiomar, qui servent de prête-nom au véritable
solliciteur, Thérèse de Jésus) reçoivent la faculté d'ériger la
nouvelle maison sous la Règle du Carmel. "Par la teneur des
présentes Nous vous accordons et faisons grâce de pouvoir fonder et
édifier un monastère de moniales... de la Règle et de l'Ordre de
Sainte Marie du Mont Carmel" et de "faire des statuts et
ordonnances" qui régiront la vie du nouveau monastère.(7)
Ce premier Bref romain porte la date du 7 février 1562. Thérèse le
reçoit en juillet de la même année.
8. Cependant, avant que le Bref n'arrive à Avila, la Sainte rencontre
l'autre fondatrice, Marie de Jésus. La rencontre a lieu à Tolède au
printemps de 1562, au palais de Dª Luisa de la Cerda. C'est le moment
où Thérèse affronte le problème de la pauvreté évangélique. Elle
le vit comme un grand drame: exigences intérieures, résistance de ses
conseillers "lettrés", pressions réitérées de saint Pierre
d'Alcantara, suivies de l'opposition du P. Provincial et de la ville.
Alternative de certitudes et de doutes chez Thérèse elle-même. C'est
alors que survient Marie de Jésus, qui l'informe de la teneur de la
pauvreté prescrite par la Règle du Carmel "avant qu'elle ne soit
mitigée" (Vie 35,2). Donnée décisive pour la Sainte: l'idéal de
pauvreté qui la préoccupe est ratifié par la Règle: "Je savais
désormais que la pauvreté était la Règle et j'y voyais une plus
grande perfection" (Vie 35,3). Par conséquent il n'y a plus aucun
théologien qui puisse la dissuader de son propos (ib. 35,4).(8)
9. Ainsi, la Règle continuera à servir de base aux nouvelles
pétitions que la Sainte adresse à Rome pour consolider la maison
récemment fondée: Brefs du 5 décembre 1562 et du 17 juillet 1565. A
partir de ces actes la maison se définira juridiquement comme étant
sous la Règle du Carmel (comme le dit la conclusion du récit de la Vie
36,26), et les moniales de la Madre Teresa porteront cette sorte de nom
de famille: "Moniales déchaussées de notre Dame du Carmel de la
première Règle"(9).
10. A cette date, Thérèse de Jésus a lu, médité et assimilé à
fond la lettre et l'esprit de la Règle carmélitaine. A Tolède, en
plus de la rencontre passagère avec Marie de Jésus, elle dispose de
bons conseillers. Elle a, tout près, le couvent des pères carmes, dont
le prieur est fr. Antoine de Jésus (Heredia), le futur compagnon de
saint Jean de la Croix à Duruelo. Tout cela concourt à ce que la
flamme de la Règle s'allume dans l'âme de la Sainte.
11. A Saint-Joseph, les novices font leur profession religieuse en
copiant la formule de l'Incarnation avec quelques retouches. L'une
d'elles se réfère à la RègIe: "Je fais ma profession selon la
Règle primitive de Notre Dame du Carmel etc...". Il
semble que dans un premier temps, ni la Fondatrice ni les autres
carmélites venues de l'lncarnation, n'ont senti le besoin de refaire
leur profession selon cette nouvelle nuance. Cette préoccupation
surgira quelques années plus tard, lorsque le Visiteur apostolique, Fr.
Pedro Fernandez, exigera que toutes les moniales qui passeront de
l'Incarnation aux carmels thérésiens renoncent formellement à la
Règle mitigée. Marie de Saint-Joseph (Salazar) le rappelle dans son
Livre des récréations: "Le Père Visiteur avait fait une loi
selon laquelle toutes les moniales de la mitigation qui voulaient rester
dans nos couvents et s'obligeaient ainsi à garder la Règle primitive,
fassent la renonciation de la mitigation en public, comme on fait la
profession, et ainsi commença notre Mère".
12. La Sainte écrivit de sa propre main le texte de sa renonciation, en
ces termes:
"Jésus. - Je dis, moi, Thérèse de Jésus,
moniale de notre Dame du Carmel, professe de l'Incarnation à Avila, et
actuellement à Saint-Joseph d'Avila où on garde la première Règle.
Et jusqu'à maintenant je l'ai gardée ici avec la permission de notre
très Révérend Père Frère Jean-Baptiste, et il me l'a donnée pour
que même si les prélats m'ordonnaient de rentrer à l'Incarnation,
là-bas aussi je la garde(10), c'est ma
volonté de la garder toute ma vie, et ainsi je le promets et je renonce
à tous les Brefs que les Souverains Pontifes ont accordés pour la
mitigation de la dite Règle qu'avec la grâce de notre Seigneur, je
pense et promets de garder jusqu'à la mort. Et parce que c'est la
vérité, je le signe de mon nom. Fait le 13 du mois de juillet de
l'année 1571. Thérèse de Jésus, carmélite."(11)
III. Texte castillan de la Règle adopté par la Sainte: version
ou adaptation?
Malgré l'attention et l'admiration que Thérèse a accordées à son
amie Marie de Jésus, elles ne se rejoignent pas en tous points. Ni
l'une ni l'autre ne sait le latin. Elles ont besoin d'un texte pratique
de la Règle, en version intelligible. Probablement chacune se l'est
procuré pour son propre compte. L'option faite par la Sainte ne manque
pas d'intérêt.
13. Dans sa rédaction originale, le texte de la Règle a été pensé
pour des religieux, pas pour des moniales. Un fait déterminant existait
dans la tradition carmélitaine en ce qui touche à l'adaptation des
lois du "premier" au "second Ordre". Dans
l'élaboration des Constitutions des carmélites vers la seconde moitié
du XVème siècle, on avait adapté pour elles le texte des
Constitutions des frères. On pouvait s'en rendre compte dès le
prologue de celles-ci. C'est ainsi que les premières carmélites de
Bretagne ont pu les lire en français et de même, la Sainte, dans le
texte castillan de la fin du XVème ou du début du XVIème siècle
parvenu jusqu'à nous: les Constitutions que Thérèse a
"tant" lues et relues entre 1560 et 1562. Il s'agissait, en
définitive, d'un texte législatif qui adaptait du masculin au
féminin, les Constitutions carmélitaines. Fallait-il en faire autant
avec la Règle?(12)
14. Marie de Jésus opta pour la réponse affirmative. Elle adapta les
passages de la Règle qui se référaient aux ermites, en les traduisant
au féminin pour les moniales. Et ce dès les premiers sous-titres:
"Des trois voeux et qu'elles aient une prieure", "La
cellule de la prieure" etc..., jusqu'à traduire la cotte d'armes
("la cuirasse de la justice") par la "toque"
féminine: "Vous devez vous revêtir de la toque de la
justice"! Avant de fonder son carmel de la Imagen, Marie de Jésus
avait visité les carmélites d'Italie où dans quelques monastères, se
trouvait en usage cette manière d'adapter la Règle.(13)
15. La Sainte n'a pas suivi cette voie. Elle a retenu le texte de la
Règle dans sa matérialité, traduit très pauvrement, mais sans
manipulations féministes. Lorsqu'en 1568, elle remit à Frère Jean de
la Croix et au Père Antoine ses Constitutions de Saint-Joseph pour
qu'ils élaborent celles de Duruelo, en tête de celles-ci, elle leur
confia également son texte castillan de la Règle. Le P. Antoine refit
les Constitutions, mais il laissa intact le texte de la Règle avec ses
imperfections de traduction, car il n'y avait pas besoin de le
reconvertir au masculin.(14)
16. Ce geste ne manque pas d'importance pour évaluer l'attitude de
Thérèse à l'égard de la Règle. Elle la maintiendra quand elle
élaborera ses Constitutions ou lorsqu'elle se décidera enfin à les
faire imprimer. Elle adaptera, sans difficultés, certaines
prescriptions de la Règle carmélitaine au style de vie communautaire
implanté à Saint-Joseph. Mais elle laissera intact le texte de la
Règle.(15)
IV. Le retour à la Règle "primitive"
En faisant le récit de la fondation de Saint-Joseph (Vie 36,26) la
Madre Teresa détaille méticuleusement la Règle qui se trouve alors en
vigueur dans la communauté. C'est "la Règle de notre Dame du
Carmel", "observée sans mitigation, telle qu'elle fut
imposée par Frère Hugues, Cardinal de Sainte Sabine en l'an 1248,
cinquième année du Pontificat du Pape Innocent IV". Bien que tous
les détails ne soient pas exacts, leur mention détaillée montre
l'intérêt de la Sainte à s'informer et à préciser. Au paragraphe
suivant (Vie 36,27), après avoir ajouté deux détails sur le contenu
de la Règle, elle la désignera expressément par le titre de
"première" ("comme on voit dans cette première
Règle"). De fait, "première ou primitive" et "sans
mitigation" sont les deux notes qui, pour la Sainte, distinguent le
texte de la Règle assumée par la nouvelle famille religieuse.
Expliquons ces deux traits.(16)
17. "Primitive"? Aujourd'hui, il est commun de distinguer
trois étapes dans l'histoire de la Règle carmélitaine. On a coutume
de les désigner par le nom des personnes avec lesquelles elles se
trouvent en relation: saint Albert, la première; Innocent IV, la
seconde; Eugène IV, la troisième. La première est la Règle rédigée
au début du XIIIème siècle par saint Albert de Jérusalem; la seconde
la Règle retouchée et approuvée par le Pape Innocent IV en 1247; la
troisième, cette même Règle mais avec les mitigations concédées par
le Pape Eugène IV en 1432.
18. La Sainte a adopté la seconde: celle d'Innocent IV. Pourquoi alors
parle-t-elle à ses moniales de la Règle première ou primitive? On a
accusé récemment Thérèse d'ignorance ou de confusion. Il n'en est
rien. Par "première" ou "primitive", on désignait
communément la Règle carmélitaine, dans son stade juridique
immédiatement antérieur à celui qui était alors en vigueur dans
l'Ordre. Et cela même au niveau officiel, non seulement dans les
documents pontificaux qui ont été envoyés de Rome à la Sainte, mais
jusque dans ceux que le Père Général de l'Ordre, Jean-Baptiste Rubeo
lui-même a écrits. Pour lui, la Règle embrassée par la Madre Teresa
et ses moniales de Saint-Joseph est la "première", la
"primitive", la "prior Regula", priorem et arctiorem
Regulam" et même parfois "la Règle de S. Basile"!
L'option de la Sainte est concrète: elle abandonne la Règle professée
et pratiquée à l'Incarnation en ce qu'elle avait atténué la rigueur
pénitentielle et la pratique de la pauvreté. Elle adopte la Règle en
sa teneur antérieure. Il ne s'agit pas d'abandonner un
"texte" de la Règle pour revenir à un autre. Le texte est le
même: le même à l'Incarnation (Règle d'Eugène IV) et à
Saint-Joseph (Règle d'lnnocent IV). Mais à l'Incarnation, elle était
professée et pratiquée avec un conglomérat de dispenses et
d'adaptations (pontificales ou coutumières) qui, à Saint-Joseph,
seront laissées de côté. Historiquement ce texte n'était pas la
première "formula vitae" donnée par saint Albert aux ermites
du Carmel. Mais de fait on l'appelait "Règle première ou
primitive", et la Sainte s'en tient à cette terminologie.(17)
19. Sur un point, Thérèse faisait erreur: en affirmant que cette
Règle adoptée par elle, était la Règle carmélitaine "sans
mitigation". Selon sa teneur canonique ce n'était pas exact. La
Règle "ordonnée par Frère Hugues", comme dit la Sainte, et
approuvée par Innocent IV le 1er octobre 1247, "expliquait,
corrigeait et mitigeait" la Règle ("formula vitae") de
S.Albert.(18)
20. Il est possible que cette erreur de la Mère Fondatrice soit due à
la forme sous laquelle le texte de la Règle est arrivé entre ses
mains, dans la traduction castillane défectueuse mentionnée ci-dessus.
Non seulement le traducteur avait omis le passage de la Lettre
apostolique ("Quae honorem Conditoris") qui mentionnait la
correction et la mitigation de la Règle, mais il lui faisait même dire
exactement le contraire et de plus, il avait fait précéder ce texte
d'un titre qui disait: "Suit la Règle et les Constitutions des
Religieux Déchaussés de l'Ordre de Notre Dame du Mont Carmel, de la
Règle primitive sans mitigation aucune..." (19).
21. Pour la Sainte, l'erreur historique et canonique était marginale.
Ce qui l'intéressait avant tout, c'était la mise en oeuvre d'un style
de vie carmélitaine bien défini, jailli de sa double expérience
personnelle: expérience de Dieu et expérience de la communauté
fraternelle. En revenant à la Règle et en cherchant en elle une norme
de vie carmélitaine, c'est cette double expérience charismatique qui a
orienté son choix et lui a fait choisir un texte déterminé de la
Règle. Voyons comment.(20)
V. Les motivations de la Sainte en face de la Règle
Il importe d'examiner de près deux choses: pourquoi Thérèse a-t-elle
choisi la Règle d'Innocent IV? et quand a-t-elle fait ce choix?
22. Rappelons tout d'abord quelques faits élémentaires, bien qu'ils
soient généralement connus:
En premier lieu, les trois étapes de la Règle, antérieures
à la Sainte, et que nous avons déjà mentionnées:
A) La Règle de saint Albert, écrite par lui et destinée aux ermites
latins du Mont Carmel. Rédigée au début du XIIIème siècle (entre
1206 et 1214). Approuvée par Honorius III et Grégoire IX (1226 et
1229).
B/ La Règle d'Innocent IV. La même que celle d'Albert de Jérusalem,
révisée, corrigée et mitigée par le cardinal Hugues de Sainte-Sabine
et l'évêque Guillaume d'Antarado, sous le pontificat d'Innocent IV
(1247) pour les carmes déjà installés en Europe et forcés d'adopter
de nouvelles formes de vie, sans abandonner l'inspiration érémitique
primitive. Texte approuvé par le Pape Innocent IV, à Lyon en 1247.
C/ La Règle d'Eugène IV: la même que la précédente, mitigée dans
sa rigueur pénitentielle par une série de concessions pontificales,
spécialement à partir d'Eugène IV, avec la Bulle de mitigation
"Romani Pontificis providentia" (1432).
En second lieu, soulignons les différences les plus notables
entre les trois étapes, si possible selon le point de vue de Thérèse
de Jésus:
A) Première étape: la Règle est nettement érémitique, bien qu'elles
contiennent quelques éléments de vie commune. Cellules séparées,
repas pris séparément, prière solitaire de l'Office divin etc. Mais
eucharistie en communauté.
B) Deuxième étape: sans renoncer à I'inspiration érémitique
originelle, on introduit de nouveaux éléments cénobitiques: les
fondations sont autorisées non plus seulement dans les lieux déserts;
la récitation de l'Office divin en commun est introduite; la réfection
en commun est prescrite, et permise la possession en commun de certains
animaux pour la subsistance; la prescription de l'abstinence de viande
est atténuée; le temps du silence rigoureux est raccourci (non plus à
partir des vêpres, mais des complies) etc...
C) Troisième étape: elle est caractérisée par les dispenses
pontificales qui s'ajoutent au texte de la Règle et qui en
conditionnent l'observance, sans modifier la rédaction de la Règle
elle-même.
24. Deux choses intéressent la Madre Teresa qui a connu la difficile
vie communautaire de l'Incarnation: solitude et communauté. Les deux
ensemble. Solitude de la communauté qu'elle exprimera fondamentalement
par la clôture. Et solitude des religieuses, mais au sein de la
communauté, c'est-à-dire sur une bonne base de vie communautaire:
oraison en commun, récréation commune, travail en solitude etc... Le
dosage de ces deux éléments façonnera dès les origines le style de
vie qu'elle voudra créé à Saint-Joseph.
25. C'est précisément ce qu'elle trouve dans la Règle d'Innocent IV
et c'est pourquoi elle la choisit. Quand dans ses écrits elle dit que
les moniales forment un "collège du Christ", une "maison
de la Vierge","des colombiers de la Vierge" ou qu'elle
donne la consigne de "marcher en communauté", elle souligne
l'aspect cénobitique de la Règle, qu'elle élaborera et dépeindra
abondamment. Quand elle dit: "nous sommes ermites", "la
solitude est leur consolation" ou que l'idéal des soeurs réunies
à Saint-Joseph est de vivre "seules avec le Seul", elle
réaffirme l'inspiration érémitique primitive de la Règle. Elle
réussira à harmoniser cette double composante grâce à sa présence
et à sa capacité créatrice d'un nouveau style de vie. Cependant, par
rapport au texte de la Règle, elle trouvait cela beaucoup mieux
formulé dans le texte d'Innocent IV que dans celui de saint Albert.(21)
26. Quand la Sainte a-t-elle fait ce choix? Jusqu'à quel point a-t-elle
eu connaissance de ces nuances? Ce serait faire un anachronisme que
d'exiger de la sainte Fondatrice une connaissance historique ou critique
de la Règle qui était totalement en dehors de son optique. Il ne
manque pas d'indices qu'elle a connu le texte de la Règle dans sa
formulation originelle (la "formula vitae" d'Albert). Mais
surtout, il y a eu un moment précis où elle a pris conscience de la
teneur de la Règle, indépendamment des dispenses et privilèges qui
conditionnaient son interprétation pratique ou son observance
religieuse. Nous pouvons préciser avec une certaine approximation quand
cela eut lieu. (22)
27. Au printemps de 1562, Marie de Jésus attire l'attention de la
Sainte sur le texte authentique de la Règle du Carmel. A cette date, la
Madre Teresa a déjà envoyé à Rome sa demande de facultés pour
fonder. "Fonder un monastère" qui devait donc normalement se
trouver sous l'une des règles approuvées par l'Eglise. Elle demande
évidemment de le placer sous la Règle du Carmel. Et de Rome, la
réponse affirmative se trouve déjà en route. C'est pourquoi, la
demande de Thérèse aussi bien que le Bref romain (du 7 février l562)
font référence à la "Règle du Carmel", sans aucune
allusion à "la première" Règle. Précisément parce que la
supplique comme le Bref étaient antérieurs à l'appel que la Sainte
entendit à la suite de sa rencontre avec Marie de Jésus, et à son
intérêt à mieux connaître la Règle du Carmel.(23)
28. A peine arrivée à Avila, Thérèse adressera à Rome une nouvelle
supplique, sollicitant un nouveau Bref qui comblerait les lacunes de la
demande antérieure en matière de pauvreté. La correction alors
demandée est motivée par "la première Règle". La Madre,
"abbesse de Saint-Joseph" et ses moniales désirent "ne
pouvoir ni posséder en commun ni en particulier quelques biens que ce
soient, selon la forme de la première Règle du dit
Ordre...". La concession contenue dans le rescrit romain du 5
décembre 1562 reprend ces termes. De même, trois ans plus tard (17
juillet 1565), la Bulle de Pie IV, sollicitée par la Sainte pour
confirmer le Bref précédent, réitérera et ratifiera cette motivation
de la "première Règle".(24)
En conclusion, aux origines du charisme thérésien, il y a eu d'abord
l'irruption de grâces intérieures chez la Fondatrice. La découverte
de la "Règle primitive" est intervenue un peu plus tard,
autour des dates mêmes de l'érection du Carmel de Saint-Joseph. Elle
marque de manière décisive les premiers pas de la fondation et suppose
une nette prise de position non seulement en matière de pauvreté mais
aussi et surtout dans l'inspiration du "style de vie" que la
Sainte introduit dans ses carmels.
VI. La Règle dans les principaux écrits de la Sainte
Il est impossible d'analyser ici, ni même d'indiquer tous les passages
où sainte Thérèse traite du thème de la Règle dans ses écrits.
Cependant un sondage élémentaire à travers ses oeuvres les plus
importantes: Vie, Constitutions, Chemin, Fondations, peut
servir d'orientation générale.
A) La Règle dans le "Livre de la vie"
29. La "Vie" contient avant tout l'histoire de sa vocation
personnelle et de l'éveil de son charisme de fondatrice. Elle contient
aussi l'histoire de la première fondation et du groupe qui l'a vécue.
En même temps, elle témoigne du point de vue de la Sainte aux origines
mêmes de son initiative de fondatrice. Le texte de la "Vie"
qui est parvenu jusqu'à nous fut écrit en 1565, trois ans après la
mise en oeuvre de sa réforme.
30. Par rapport à la Règle, deux faits se détachent clairement: la
Règle du Carmel est présente dans la toute première décision de
Thérèse (32,9) et elle constitue la norme selon laquelle vit le
monastère de Saint-Joseph (36,26). Pour cette raison, la Mère
fondatrice la cite en détail (36,26-27). A en juger d'après son
récit, il semble probable qu'au moment où elle écrit la Règle
constitue toute la loi carmélitaine de la maison. La communauté
observe, en plus de celle-ci, "d'autres choses qui nous ont semblé
nécessaires pour suivre (la Règle) avec plus de perfection"
(36,27). Mais probablement ces "autres choses" n'ont pas
encore obtenu les honneurs de "constitutions". Il semble
encore moins que la Fondatrice ait emporté et implanté les
Constitutions de l'Incarnation, si elle les avait, comme nous le
croyons.(25)
31. L'embrasement de la Règle avait jailli chez la Sainte à partir
d'une consigne évangélique: l'appel à pratiquer la pauvreté de
Jésus. "Depuis que je savais que la pauvreté était la Règle et
que j'y voyais plus de perfection, je ne pouvais me résoudre à avoir
une rente. Et lorsqu'il m'arrivait de me laisser convaincre (par les
hommes doctes qui s'y opposaient), en revenant à l'oraison et en
considérant le Christ sur la croix, si pauvre et si nu, je ne pouvais
supporter l'idée d'être riche" (35, 2-3). Heureuse rencontre de
la Règle et de l'Evangile.
32. Voilà pourquoi, dans les chapitres de la "Vie" consacrés
à l'histoire de la fondation, elle raconte jusqu'au bout les
péripéties dramatiques de sa lutte pour la pauvreté au point de
consigner à la fin du livre son ultime épisode: l'arrivée de la Bulle
pontificale qui résoudra définitivement le problème et lui permettra
de faire son bilan personnel de l'oeuvre entreprise (39,14).
B) La Règle dans les Constitutions
Laissons pour le moment le thème des relations qui interviennent entre
ces deux textes: Règle et Constitutions. Il en sera traité dans le
dossier consacré à ces dernières. Il suffit ici de rappeler les
passages qui révèlent l'attitude de Thérèse par rapport à la
Règle.
33. Avant tout, dans l'ensemble des lois de la carmélite déchaussée,
la Règle précède les Constitutions. Cela apparaît, de fait, dans la
première édition officielle des Constitutions thérésiennes, faite
par le Chapitre d'Alcalà (1581), sous l'inspiration de la Mère
fondatrice. Il dut en être de même lorsqu'elle les rédigea pour la
première fois pour sa communauté de Saint-Joseph d'Avila,
antérieurement à la fondation de Medina et de Duruelo.
34. Dans les Constitutions thérésiennes se trouve formulé un certain
nombre de consignes, sobres mais fondamentales, concernant la Règle: a)
en matière de solitude: "la Règle prescrit que chacune demeure
seule chez soi" (n 8); b) en ce qui concerne les actes
pénitentiels: "on ne mangera jamais de viande, sauf le cas de
nécessité comme la Règle le prescrit" (n ll); c) "l'office
de la Mère prieure est d'avoir grand soin que l'on garde en tout la
Règle et les Constitutions" (n 34. Cf. Manière de visiter n 22;
Fond. 18,6); d) "On ne fera rien de plus pour la prieure et les
anciennes que pour toutes les autres, comme la Règle le prescrit, sinon
en tenant compte des besoins et de l'âge, mais plus des
besoins..." (n 22); e) sur le travail des soeurs: "on tiendra
grand compte de ce que prescrit la Règle: quiconque veut manger, doit
travailler, comme le faisait saint Paul" (n 24); f) Quant à la
correction fraternelle lors du chapitre des coulpes, "les fautes
des soeurs seront corrigées avec charité, selon la Règle" (n
43); g) et faisant le bilan du contenu des Constitutions: dans celles-ci
"presque tout est ordonné conformément à notre Règle" (n
31. Le "presque" sera omis dans le texte d'Alcalá).
35. Selon cette dernière affirmation, dans la pensée de sainte
Thérèse les Constitutions sont un prolongement et une application de
la Règle à la vie de la carmélite. On ne devra pas faire la lecture
des unes indépendamment de l'autre.
C) Le Chemin de perfection et la Règle
36. Comme on sait, en rédigeant le Chemin de perfection, Thérèse de
Jésus s'était proposé en un premier temps de suivre de près la
Règle et les Constitutions, comme s'il s'agissait de commenter leur
contenu. Ainsi, quand elle commence à parler des vertus indispensables
pour fonder la vie d'oraison dans la communauté, elle intitule le
chapitre: "Où l'on persuade de garder la Règle et de trois choses
importantes pour la vie spirituelle" (Chapitre 4). Dans la
première rédaction, elle commençait ce chapitre en disant: "Ne
pensez pas, mes amies et mes soeurs, que je vais vous charger de
beaucoup de choses; plaise au Seigneur que nous fassions parfaitement
celles que nos Pères ordonnèrent dans la Règle et les Constitutions,
car elles sont le parfait accomplissement de la vertu.." (Chemin,
éd. Escorial, chapitre VI,1). Par la suite, en fait, l'exposé procède
en totale indépendance du code juridique de la maison. Le Chemin de
Perfection devait être une sorte de code spirituel de la communauté:
un manuel pédagogique de formation de la carmélite. En ce sens, il est
inséparable des textes législatifs qu'il faut lire à la lumière de
ces pages pédagogiques de la Sainte.(26)
37. La Règle est présente dans ce livre dès le titre où par deux
fois est rappelé aux lectrices leur lien avec la Règle. Le livre
contient des "Avis et conseils que donne Thérèse de Jésus"
aux soeurs des monastères "qu'avec l'aide de notre Seigneur et de
la glorieuse Vierge mère de Dieu et notre Dame, elle a fondés selon la
Règle primitive de notre Dame du Carmel". Et de nouveau, à la
page suivante: "Il s'adresse aux moniales déchaussées de notre
Dame du Carmel de la première Règle". a) La Règle a été son
point de mire pour fonder: "Je tiendrai pour bien employées les
épreuves que j'ai endurées pour fonder ce petit coin, où j'ai aussi
voulu que l'on gardât cette Règle de notre Dame et Impératrice dans
sa perfection telle qu'elle était à ses débuts" (3,5). b) La
Règle affirme le primat de l'oraison dans la vie de la carmélite:
"Notre Règle primitive dit que nous devons prier sans cesse. Si
nous le faisons avec tout le soin dont nous sommes capables - c'est ce
qu'il y a de plus important - les jeûnes, les disciplines et le silence
qu'exige l'Ordre ne manqueront pas d'être observés" (4,2). Elle
en appellera également à cette consigne de la Règle dans la
polémique contre les adversaires de l'oraison personnelle:
"Abandonnez les craintes là où il n'y a pas à craindre; si
quelqu'un cherchait à vous en inspirer, montrez-lui humblement le
chemin. Dites-lui que c'est votre Règle qui vous ordonne de prier sans
cesse, c'est bien ce qu'elle nous ordonne, et que vous devez
l'observer" (21,10). c) A côté de l'oraison, la manière de
travailler: "C'est une grande chose de n'être ensemble qu'aux
heures permises,... selon la coutume que nous avons prise maintenant, de
n'être pas ensemble comme l'ordonne la Règle, mais chacune retirée
dans sa cellule. Gardez-vous à Saint-Joseph d'avoir un ouvroir".
Ce précepte de la Règle facilite l'observance du "silence,...de
la solitude, ...de l'oraison": "Celle-ci doit être le
fondement de cette maison" (4,9).
D) Dans le Livre des Fondations
38. "Il me fut dit de la part de notre Seigneur de ne pas manquer
d'y aller... et d'emporter la Règle et les Constitutions" (Fond.
17,3). De fait, Règle et Constitutions accompagnent la Madre Teresa de
fondation en fondation. La Règle est un lien d'union spirituelle et
juridique entre toutes les maisons: moniales et frères de la même
Règle (2,5), maisons qui sont sous la juridiction de l'Ordre et celles
qui se trouvent sous la juridiction de l'Evêque (3,18); maisons
fondées en pauvreté absolue et maisons avec rentes (chapitre 9). Pour
toutes, vaut ce qui est écrit à propos de la deuxième fondation:
"En tout elles suivaient la manière de vivre de Saint-Joseph
d'Avila, s'agissant de la même Règle et Constitutions" (3,18).
39. Cependant Thérèse sait distinguer l'essentiel de l'accessoire
(18,9). On pouvait dispenser dans des cas exceptionnels tout un carmel
de deux choses aussi importantes que l'étaient pour elle la pauvreté
absolue ("sans rentes") et l'abstinence de viande sans pour
autant manquer de fidélité à l'esprit de la Règle. Ce sera
effectivement le cas de la troisième fondation (Malagón), rapporté en
termes généraux dans son livre (9,3-5) mais déclaré explicitement
dans les papiers de fondation signés par la Sainte. Dans ce monastère
on devra "garder la Règle mitigée de notre Dame du Carmel pour ce
qui est de manger de la viande ainsi que d'avoir des rentes en commun.
Ce nonobstant, dans toutes les autres choses elles seront tenues de
garder les Constitutions de la première Règle de notre Dame du Carmel,
conformément à la manière de la professer et de la vivre au
monastère de Saint-Joseph d'Avila et en celui de Notre- Dame du Mont
Carmel de Medina del Campo, et des autres monastères de la première
Règle..."(27). Jamais, tout au
long de sa copieuse correspondance sur le carmel de Malagón, Thérèse
ne le considérera comme une maison de seconde catégorie. Elle conclut
délibérément le bref récit de la fondation en affirmant tout le
contraire: "J'y demeurai quelques jours. C'est alors qu'après la
communion, dans l'oraison, j'entendis notre Seigneur me dire qu'il
serait bien servi dans cette maison" (9,5). Et d'une manière plus
incisive, dans une de ses Relations: "Après la communion, le
deuxième jour du Carême à Saint-Joseph de Malagón (le Seigneur) me
dit de me hâter de faire ces maisons, car avec les âmes qui y sont il
trouve son repos, et de prendre toutes celles qu'on me disait, car
nombreuses étaient les personnes qui pour ne savoir où le servir ne le
servaient pas; et que les maisons que je ferai dans de petites
localités soient comme celle-ci (de Malagón), qu'elles pouvaient
acquérir autant de mérites par le désir de faire ce qui se fait dans
les autres, et que toutes se mettent sous le gouvernement d'un
prélat..."(28).
VII. L'esprit de la Règle
40. Déjà dans le livre des Fondations, en un passage écrit vers
1575-1576, la Sainte avertit ses prieures qu'une fine pédagogie est
nécessaire pour que les soeurs arrivent à "comprendre ce qu'est
la perfection et l'esprit de notre Règle" (18,8).
41. Pour elle, la Règle du Carmel est la Règle de la Vierge. Elle
nous met en communion avec les origines du Carmel, avec l'esprit des
Saints d'autrefois, ceux de la Bible dont nous nous inspirons et nos
saints Pères du Mont Carmel qui ont reçu la Règle et l'ont
pratiquée. C'est pourquoi la Règle est une source qui contient
l'essence de notre esprit; elle est un lien de communion avec les types
de sainteté qui ont incarné le charisme carmélitain.(29)
42. Parmi les multiples consignes de vie religieuse contenues dans la
Règle, Thérèse a mis l'accent sur la pauvreté. Mais, par-dessus
tout, elle a insisté sur son esprit contemplatif: l'invitation à la
prière continuelle, dans l'écoute de la Parole de Dieu, dans le
silence et la solitude.
43. Par delà les détails et les consignes particulières, la Sainte a
valorisé la Règle dans son ensemble.(30)
Avec son invitation à vivre dans l'obéissance à Jésus-Christ; son
inspiration érémitique et son noyau de vie contemplative; avec sa
forte motivation paulinienne, sa mise en valeur du travail et son cadre
de vertus théologales et ascétique. Rien de plus expressif que les
paroles mêmes de la Sainte:
"Plaise à Sa Majesté de nous donner sa grâce
en abondance, et qu'Elle nous protège toutes et nous aide à ne pas
perdre par notre faiblesse un si grand début, puisqu'Elle a voulu
commencer en se servant de quelques femmes aussi misérables que nous.
Je vous demande en son nom, mes soeurs, de toujours le demander à notre
Seigneur, et que chaque nouvelle venue considère que cette première
Règle de l'Ordre de la Vierge notre Dame commence à nouveau avec elle
et qu'en aucune manière on ne permette en rien son relâchement."
(Fond. 27,11)
VIII. Vers un texte de la Règle en langue vulgaire
44. Après ce qui a été dit, il reste une question: quel fut le texte
de la Règle lu par la Sainte durant ses premières années de vie
carmélitaine: 1535-1562? L'a-t-elle lue dans des manuscrits ou bien
a-t-elle disposé d'une version ferme et imprimée? Il faut évidemment
écarter sa lecture dans l'original latin, disponible dans la branche
masculine de l'Ordre, mais inaccessible à Dª Teresa, étant donné son
peu de connaissance du latin.
45. Malheureusement il n'est pas facile de répondre à ces questions.
Nous ne disposons d'aucune étude sérieuse sur les versions en
castillan de la Règle, antérieures à 1562. Nous connaissons quelques
versions manuscrites antérieures à cette date. Mais nous n'avons pas
connaissance d'éditions castillanes imprimées. Situation précaire,
qui non seulement conditionnait mais rendrait difficile la lecture
personnelle de la Règle dans des communautés aussi nombreuses comme
celle de l'Incarnation d'Avila.
46. Nous pouvons approcher d'un peu plus près la situation
"communautaire" de ce monastère d'Avila. Nous avons déjà
indiqué que ce qu'on appelle les "Constitutions de
l'Incarnation" n'incluaient pas le texte de la Règle. Mais on a
découvert récemment un précieux manuscrit de la fin du XVème
siècle, qui appartenait probablement au monastère et qui contient une
copieuse documentation sur la Règle, y compris sa version castillane.
Si comme on le croit il a effectivement appartenu au monastère de
l'Incarnation au temps de Thérèse, il pourrait être sa source
d'information pendant les années où la future Réformatrice se
passionna à étudier la Règle. Voyons en quoi consiste cet arsenal de
données. (31)
47. Le gros manuscrit ne contient pas seulement une série de vieux
textes carmélitains, mais il les reproduit en texte bilingue: d'abord
en latin puis en castillan. Parmi ces textes, il a le bonheur de nous
offrir celui de la Règle pas moins de trois fois: deux fois, le texte
d'Innocent IV (que la Sainte appelle la "première Règle") et
une fois le texte d'Albert, c'est-à-dire celui des origines, donné par
saint Albert aux ermites du Carmel au début du XIIIème siècle. A
chaque fois le copiste transcrit d'abord l'original latin puis la
version castillane.(32)
48. En outre, un paragraphe du manuscrit explique minutieusement les
différences existant entre ces deux textes de la Règle et les raisons
qui ont motivé les changements introduits dans la rédaction d'Innocent
IV.(33)
49. L'unique regret parmi tant de mérites consiste dans la qualité de
la version castillane des texte de la Règle. Non seulement
défectueuse, mais désastreuse. Pleine d'erreurs et de graves
déformations, jusqu'à rendre invraisemblable que ces textes aient
été lus en communauté ou utilisés par une formatrice ou une
maîtresse des novices (ignorant même le latin), sans qu'elle les
corrige ou les repousse. Aucune de ces versions castillanes n'était
propre à une lecture publique. Et pour une éventuelle lecture privée,
les trois versions transmettaient de bien mauvaises informations.(34)
50. Nous avons déjà évoqué la soif d'information qui anima l'esprit
de Thérèse durant ses années de vie carmélitaine à l'Incarnation
(1560-1562). Sans exclure l'hypothèse que dans ces années elle eut
contact avec le précieux manuscrit et ses versions de la Règle, il ne
semble pas qu'elle ait retenu ce texte, ni qu'elle l'ait emporté chez
elle ou utilisé à Saint-Joseph où, comme nous le savons, la Règle
fut la norme de vie dès le premier instant.
Au petit groupe des humbles pionnières l'original latin ne servait
pas. C'est pourquoi la Madre Teresa dut se procurer une version
castillane. Elle en trouva une totalement différente des trois versions
du manuscrit bilingue. La traduction qu'elle eut semble-t-il en main fut
une traduction pas très bonne, mais en un espagnol très intelligible.
Version jumelle de celle qu'utilisa au même moment Marie de Jésus pour
le carmel de la Imagen d'Alcalá, meilleure cependant. Version de la
Règle, qui accompagnerait les premières Constitutions thérésiennes
jusque dans les années où intervint le P. Gratien.(35)
51. Sainte Thérèse recevra la version définitive de la Règle à
l'usage des carmels thérésiens à la veille de sa mort. Cette version
accompagnera la rédaction officielle de ses Constitutions, promulguées
au Chapitre d'Alcalá (1581) et rédigées par Gratien. C'est à sa
plume qu'on doit probablement aussi la dernière traduction de la
Règle.
Après le Chapitre d'Alcalá, la Sainte insistera auprès du P.
Provincial Gratien pour faire imprimer dès que possible la nouvelle
législation des moniales. Et Gratien se hâtera de lui complaire en
cela. En cette même année 1581 paraît à Salamanque un petit livre de
poche qui contient "la Règle primitive de saint Albert Patriarche
de Jérusalem, confirmée, corrigée et amendée par notre très Saint
Père Innocent Pape IV".(36) Le
livre avait pour titre: "Règle primitive et Constitutions des
Moniales déchaussées de l'Ordre de notre Dame la Vierge Marie du Mont
Carmel".(37) Gratien eut l'heureuse
idée de faire imprimer sous ce titre, sur la couverture du livre, une
précieuse xylographie de l'Assomption de la Vierge couronnée au ciel.
52. En préambule, le P. Gratien fit précéder le texte de la Règle
par une lettre dédiée "A la très religieuse Mère Thérèse de
Jésus, fondatrice des monastères des moniales carmélites
déchaussées". Il y écrivait:
"Le principal et plus ordinaire conseil que je
l'ai toujours entendu leur donner (la Madre Teresa à ses moniales) est
d'avoir toujours à portée de la main la loi de Dieu, la Règle et les
Constitutions de l'Ordre, pour les lire chaque jour, ni que leur fasse
défaut l'intelligence pour les comprendre, la mémoire pour les
méditer, ni qu'elles s'éloignent de leur coeur afin de leur obéir et
de les garder parfaitement. Car en vérité il n'est de chemin plus
clair, plus uni, plus sûr et certain pour la perfection, que la garde
de la loi de Dieu, et l'obéissance à la Règle et Constitutions et
mandats des supérieurs. Et pour cette raison il m'a semblé les faire
imprimer, pour que toutes puissent les avoir, et sous ce petit format,
car elle pourront plus facilement les porter avec elles.
Le Règle est au début, c'est celle de saint Albert
de Jérusalem, qu'en premier écrivit le grand Basile, tirée des
coutumes selon lesquelles vivaient les anciens moines du désert".
Ainsi, la Madre Teresa en collaboration avec Gratien fut l'auteur de la
première édition castillane de la Règle du Carmel.(38)
Désormais chaque carmélite aura à son usage personnel un exemplaire
de la Règle parfaitement lisible et compréhensible. Un petit trésor
personnel "toujours à portée de la main", comme Gratien
l'avait entendu de la bouche de la Sainte Fondatrice.
_____________
1. Cf. Vie 35, 1-2.
2. La professe prononçait la formule "trois fois de
suite". En latin. En présence du visiteur ou du provincial et de
la prieure du monastère. On peut voir le texte original dans: Nicolás
González y González, El monasterio de la Encarnación de Avila (Avila
1976), tome I, p. 129. - A la profession on émettait expressément un
seul voeu. Ainsi le voulait la Règle dans la rédaction albertine
originale. Et l'on fit ainsi dans l'Ordre pendant de nombreuses années
(cf. Analecta O.Carm., 15, 1950, 229). En 1564 (?) la formule utilisée
par Saint Jean de la Croix dans sa profession citait les trois voeux
(cf. Biblioteca Mística Carmelitana, 14, 365).
3. Cf. Nicolás González, op.cit. à la note 2, t.II, p.76. - De
fait nous ne connaissons pas de texte de Constitutions en vigueur à
l'Incarnation au temps de la Sainte. Néanmoins il ne manque pas
d'allusions à leur sujet. En revanche nous connaissons le texte
castillan des Constitutions en vigueur dans d'autres monastères
espagnols de moniales carmélites. Nous y ferons allusion plus avant.
4. Que la Règle "quater in anno debet exponi fratribus",
c'était une prescription qui figurait déjà dans les Constitutions des
Carmes de 1281. Cf Analecta O.Carm. 15, 1950, p.231. - Le texte de la
Règle en castillan sera édité en castillan, en tête des
Constitutions de l'Incarnation un siècle plus tard: en 1662. Cette
édition reproduit les Constitutions élaborées en 1595, la Sainte
étant déjà morte, et la version de la Règle qu'elles contiennent est
postérieure à 1581. - Le texte de la Règle ne se trouve ni dans ce
qu'on appelle les "Constitutions de l'Incarnation" (codex se
trouvant chez les carmélites déchaussées de Séville) ni dans le
manuscrit d'Osuna. Cf ci-dessous la note 12.
5. C'est au moment de la première rencontre avec le P. Général,
Jean-Baptiste Rubeo.
6. Rappelons que ces propos de "la plus grande perfection"
(Chemin 1,2) sont liés au voeu du plus parfait, émis alors et commué
quelques années plus tard (2 mars 1565). Cf. BMC, tome II, pp.128-129.
7. Cf Vie 35,2: "moi qui avait tant lu et relu les
Constitutions..." - On peut trouver le texte du Bref romain du 7
février 1562 dans: Tomas de la Cruz - Simeón de la S.F., La
Reforma Teresiana (Rome 1962), pp. 139-145; le texte de la
"supplique", ib. pp. 145-146.
8. A la sensibilisation de la Sainte en matière de pauvreté ont
convergé le texte de la Règle, son expérience de vie communautaire à
l'Incarnation, monastère accablé de rentes et de la paperasserie qui
en découle, et surtout son expérience intérieure. "Désir de
pauvreté, bien qu'avec imperfection. Mais il me semble que même si je
possédais de grands trésors, je n'aurais ni rente personnelle, ni
argent pour moi seule, et je n'en ai aucun souci: je voudrais seulement
avoir le nécessaire" (R 1,9). Et un peu plus tard, dans ces mêmes
années: "Quant à la pauvreté il me semble que Dieu m'a fait une
grande grâce, car même le nécessaire je ne voudrais pas
l'avoir..." (R 2,3). De la même époque date la lettre de saint
Pierre d'Alcantara (14.4.1562), qui marqua si profondément la Sainte (
cf. BMC, t.II, pp. 127-128).
9. C'est le titre du Chemin de Perfection, codex de
Valladolid. - Le texte des deux documents pontificaux (de 1562 et 1565)
se trouve dans: "La Reforma Teresiana" (cf. note 7),
pp. 150-151 et 181-186.
10. Bien que son retour comme prieure à l'Incarnation date de
quelques mois plus tard (octobre 1571), quand elle écrit ceci (le 13
juillet) elle a déjà accepté l'ordre du P. Visiteur de "rentrer
à l'Incarnation" (cf. R.20).
11. Voir le texte dans la BMC, t.II, pp. 214-215, suivi de la
signature de quatre témoins et de la confirmation du Commissaire
Apostolique. Ce même jour, avec un formulaire similaire, Inès de
Jésus faisait sa renonciation. Cf. Une étude sur ce thème dans la
revue "Monte Carmelo" (Burgos) 99 (1991), pp. 85-98. - La
teneur des formules de profession des premières novices de Saint-Joseph
d'Avila se trouvent dans Monumenta Historica Carmeli Teresiani
t.I (Rome 1973), pp. 33-34. - Sur la décision du P. Fernandez, on peut
lire le récit de Marie de Saint-Joseph dans le Livre de Récréations,
Récr. 8.
12. Les Constitutions des Carmélites espagnoles commençaient
ainsi: "Bien que les institutions monastiques de quelque religion
approuvée que ce soit, ordonnées pour les frères, puissent
difficilement être suivies formellement par les religieuses de cet
Ordre,... avec une juste et pieuse raison il a été institué et
ordonné que les Constitutions des dites soeurs de l'Ordre saint et
approuvé de la glorieuse Vierge Marie du Mont Carmel, soient tirées
des saintes institutions des frères du dit Ordre et appliquées aux
dites soeurs religieuses..." (BMC, t.IX, p.481. Même texte dans le
ms. de Osuna: "Carmelus" 38 (1991) p.162. - Le même
prologue se trouve au début des Constitutions françaises de Vannes:
cf. V. Wilderink, Les Constitutions des premières carmélites en
France (Rome 1966) p.195.
13. Le texte de la Règle utilisé par la communauté de la Imagen
(Alcala) précède le texte des Constitutions de la Sainte (!),
acceptées par Marie de Jésus. Il a été édité par Vicente de la
Fuente ("Escritos de Santa Teresa, t.I, Madrid 1877, pp. 269-272).
Auparavant dans: "Regla y Constituciones de las Carmelitas
Descalzas de la Purísima Concepción, que llaman de la Imagen, de la
Villa de Alcalá de Enares..." Alcalá 1672, pp. 3-29.
14. On peut voir l'édition de ce texte de la Règle dans: "La
Reforma Teresiana" (cité en note 7), pp. 110 et suiv. Sur les
défectuosités de cette traduction improvisée, on peut lire les pp.
93-96 du même ouvrage. En dépit des divergences entre cette version et
celle de Marie de Jésus (Alcalá), toutes deux proviennent d'un même
tronc castillan.
15. Il suffit de garder présentes deux innovations des
Constitutions thérésiennes, aussi bien des premières que de celles
réélaborées en 1581: l'introduction de la récréation dans la vie
communautaire; et le report du temps de silence bien après complies.
16. Non pas en 1248, mais en 1247.
17. Les textes du P. Rubeo se trouvent dans Regesta Ioannis
Baptistae Rubei (Rome 1936), pp. 36, 132-133, 139, 142, 146. Cf
BMC, t.5, p. 341 et 355. - Certains justifient la désignation de
"Règle primitive" attribuée au texte d'Innocent IV par le
fait que le texte d'Albert fut une simple "formula vitae", qui
n'eut jamais rang de "règle".
18. La Lettre apostolique "Quae honorem Conditoris"
disait: " ...nos vestris piis desideriis annuentes, declarationem
et correctionem ac mitigationem huiusmodi auctoritate apostolica
confirmamus.." (cf. M.H. Laurent, La Lettre "Quae honorem
Conditoris", in "Ephemerides Carmelitanae" 2
(1848), p.11.
19. Le traducteur rendait ainsi en castillan le texte pontifical
cité dans la note précédente: "... Maintenant, condescendant à
vos pieux désirs, Nous confirmons par notre autorité apostolique la
dite déclaration". Et un peu plus bas: "lesquelles
(modifications de la Règle) sans cette mitigation sont celles
qui suivent". Incise interpolée, totalement contraire au texte du
document pontifical (Cf. "La Reforma Teresiana (Rome 1962) pp.
110-111). On trouve les mêmes défectuosités, sauf quelques légères
variantes, dans la traduction de la Règle utilisée par les Carmélites
de la Imagen (cf. V. de la Fuente, Escritos de Santa Teresa,
t.I (Madrid 1877) p. 269). Défectuosités maintenues dans l'édition
faite par la même communauté de la Imagen un siècle après sa
fondation (Alcalá 1678, pp. 6-9). Les défectuosités de traduction
n'ont pas été pleinement surmontées dans la Réforme thérésienne
lors de l'édition officielle de la Règle faite par le P. Gratien en
1581 (pp. 2-3).
20. Se rappeler le sens du récit de la Vie 32-36.
21. Cf. Chemin (1ère rédaction - Escorial) 20,1; Fond. 4,5; Const.
8; Chemin 13,6; Vie 36, 26.29.
22. On trouve peut-être une trace de la Règle
"albertine" dans les Constitutions primitives de la Sainte. Au
numéro 10 de la Règle on trouvait une incise qui ne passa pas dans la
rédaction d'Innocent IV: "Nullus fratrum dicat sibi aliquid esse
proprium, sed sint vobis omnia communia, et ex iis quae Dominus
vobis dederit, distribuantur unicuique per manum prioris...".
Cette incise se retrouve dans les Constitutions thérésiennes n. 26:
"Quant à l'heure du repas nous ne pouvons la fixer, cela
dépendra de ce que le Seigneur nous enverra. Quand il y aura de
quoi..."
23. On peut lire le texte de la "supplique" et celui du
Bref en édition bilingue (latin et castillan) dans La Reforma
Teresiana, pp. 139 et suiv. - L'édition critique de ces textes
dans Monumenta Historica Carmeli Teresiani, tome I (Rome 1973),
pp. 4 suiv.
24. Voir le texte de ces documents dans les ouvrages cités note 23,
respectivement pp. 150-186 et pp. 22-48.
25. Cf. ci-dessus note 3.
26. Voir l'Introducción à l'édition en fac-similé
du Camino de Perfección (Rome, Poliglotte Vaticane, 1965), pp.
37-42.
27. Cf. BMC, t.5, p.377.
28. Relation 9, écrite probablement le 9 février 1570.
29. Cf. Chemin 11,3; 13,5; Demeures 5,1,2; Fond. 14,4-5; Const. 32.
30. En général les allusions à la Règle dans les oeuvres de la
Sainte sont globales. Mais abondantes. A part la Bible, aucun autre
livre n'est tant cité. Voir les Concordancias (Burgos 1965),
où l'on cite près de 55 références à la Règle.
31. Le manuscrit, appelé "Codex d'avila" se trouve
actuellement aux archives générales O.Carm. de Rome (numéroté
II.C.O.II.35). Il fut découvert au couvent des carmes de Jerez de la
Frontera par Otger Steggink. Amplement décrit par Graziano di Santa
Teresa dans Ephemerides Carmelitanae 9 (1958) pp. 442-452.
32. Les deux transcriptions du texte d'Innocent IV se trouvent la
première dans le "Tractatus de origine", par Pedro Riera
(ff.105-106); la seconde dans le "De Institutione et peculiaribus
gestis religiosorum carmelitarum" de Ph. Ribot (ff.253-254). Le
texte d'Albert se trouve inclus dans la même oeuvre de Ph. Ribot
(ff.239-240).
33. Cette explication se trouve dans le livre huitième du "De
Institutione", dont le chapitre six est résumé en ces termes:
"Pourquoi et en quelles clauses la dite Règle fut, sous
l'autorité du Siège apostolique par Frère Guillaume évêque
d'Anterado, expliquée et corrigée ou mitigée" (f.235).
34. Dans le ms. il y a quelque insignifiante correction de seconde
main. Aucune trace de la plume de la Sainte. Je renvoie à l'étude de
Tomás Alvarez: Santa Teresa y la Regla del Carmelo. Textos de la Regla
anteriores a la Santa. Dans Monte Carmelo (Burgos) 93 (1985),
pp.239-294.
35. On peut lire une étude comparative des deux versions - celle de
sainte Thérèse et celle de la Imagen, dans La Reforma Teresiana,
pp. 110-120.
36. C'est le titre de la Règle: ib. p.1.
37. Il existe une réédition moderne en fac-similé de ce
vénérable livret, par Tomás Alvarez (Burgos 1978), et une seconde
édition en fac-similé par le même: Burgos 1985.
38. Du moins à ce jour c'est la première édition imprimée connue
de la Règle du Carmel en langue castillane. Le P. Gratien publia à
cette même époque un autre livre intitulé. "Règle primitive et
Constitutions de la Province des frères déchaux de l'Ordre de notre
Dame la Vierge Marie du Mont Carmel" (publié à Salamanque en 1581
selon la date du cul-de-lampe, ou en 1582 selon la couverture du livre).
Mais, malgré ce que promet le titre, le texte de la Règle fut omis
dans le livre.
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