[News] [Curia]
[Addresses] [Carmelite
sites] [o.c.d.s.]
[Mission] ![]()
++39 (06) 854431 FAX ++39
(06) 85350206
|
SECRETARIATUS GENERALIS PRO MONIALIBUS O.C.D. - ROMAE
PROJET
DE RÉFLEXION THÉOLOGICO-SPIRITUELLE PAROLE DE DIEU ET REGLE DU CARMEL |
|
| Que... la parole de Dieu habite en abondance en votre bouche et en
votre coeur et que tout ce que vous avez à faire soit fait selon la
parole du Seigneur (Règle primitive, "Exhortations").
Cette invitation adressée aux "ermites" du Mont-Carmel est
confirmée par le texte de la Règle en son entier, et confortée par
l'exemple même du législateur. De fait, notre Règle est un projet de
vie conçu et formulé par une personne en qui demeurait abondamment la
parole de Dieu; par conséquent, cette même personne était portée
d'instinct à tout penser et exprimer en termes bibliques. Ainsi
s'explique la formulation largement biblique de la Règle,
intelligemment conduite, appliquée et articulée. De plus, lorsque nous
prenons conscience que pour saint Albert la parole de Dieu ne pouvait
pas ne pas être en même temps le Christ lui-même et les Ecritures qui
donnent le Christ(1), nous comprenons
alors toute la portée de l'exhortation citée au début: les Frères du
Carmel vivent les richesses du Christ réalisées dans leurs personnes,
et atteignent au contact des Ecritures l'intelligence des choses de
Dieu, la sagesse de la vie, les certitudes et les stimulants spirituels
qui conviennent à des croyants appelés à parcourir, selon le
radicalisme évangélique, la voie chrétienne de la cohérence et de la
fidélité.
L'intention explicite de saint Albert est de déterminer un «genre de vie» qui précise le mode ("qualiter") selon lequel les «ermites» devront poursuivre le "propositum" qui les a réuni sur le mont Carme et à "vivre dans la dépendance de Jésus-Christ et le servir fidèlement d'un coeur pur et d'une bonne conscience" (Règle primitive, "Prologue"). Par-delà toute interprétation justifiée par les contextes historique ou culturel(2) ces affirmations expriment ce qu'il convient de reconnaître comme la vocation commune des baptisés. Participants du Christ et de son Esprit, les baptisés appartiennent au Christ (Gal 3,27.29; Rm 8,9.10) comme au Seigneur (Ph 2, 9-11) dans le Royaume duquel ils ont été introduits et établis par la grâce de Dieu (Col 1,13). En vertu de leur union au Christ, saint Paul fait un devoir aux baptisés de: "ne plus vivre pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux» (2 Co 5,15). Il se fait incisif en Rm 14,8-9: «Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Soit que nous vivions, soit que nous mourions, nous sommes donc au Seigneur. Car c'est pour être Seigneur des morts et des vivants que le Christ est mort et qu'il a repris vie". Déjà la foi, qui est obéissance de l'esprit et du coeur à la seigneurie divine révélée et efficace dans l'Evangile (cf Rm 1,5; 10,6; 15,18; 16,19.26)(3), fait des baptisés des personnes soumises au Christ Seigneur (cf 2 Co l0,5) et appelés à le servir dans un don fidèle et total d'eux-mêmes. «Vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu», rappelle Paul (1 Co 3,23); ce dernier précisera: "Celui qui sert le Christ...est agréable à Dieu" (Rm 14,18). En commençant, il convient de bien mettre en évidence cet enracinement de l'intention de saint Albert dans la vérité la plus typique du fait chrétien(4). Voilà, en fait, la caractéristique globale et première qui découle de la présence massive et articulée de la Parole de Dieu dans le texte de la Règle. Le législateur recourt cependant avec une grande prudence au message des Ecritures, car il recourt à elles avant tout sous un angle bien précis, celui d'incarner au Mont-Carmel la vocation chrétienne commune. L'abondance des références bibliques contenues dans la Règle est telle, qu'il serait beaucoup trop long de tenir compte de toutes sans exceptions, pour ne pas dire impossible(5). Nous laisserons donc de côté plusieurs éléments, importants en eux-mêmes et intéressants bibliquement, qui fournissent sans doute à la Règle son harmonie et sa complexité, mais qui de fait ne font que référer à des valeurs communes à toute forme de vie religieuse. Nous croyons qu'il est préférable de faire ressortir les thèmes fondamentaux qui font ressortir avec force la structure portante de la "formule de vie" proposée, et l'esprit qui, dans l'intention de saint Albert, devrait lui insuffler sa vie. En d'autres termes, nous ferons une lecture sélective, attentifs à l'apport biblique qui sert plus directement à exprimer l'originalité du projet de saint Albert. Anticipant nos conclusions, disons que ce projet du Mont-Carmel, tel qu'il se laisse pressentir à la lumière des données scripturaires, apparaît comme l'expression institutionnelle d'un engagement et d'un idéal, ces deux concepts étant une recherche consciente de cohérence chrétienne radicale. L'idéal est celui d'une vie commune qui reproduit le visage et l'esprit de la première communauté chrétienne de Jérusalem, décrite idéalement dans le livre des Actes des Apôtres. L'engagement fait partie de cet idéal, et est principalement le combat vigilant et persévérant propre aux chrétiens décidés à défendre leur propre identité baptismale et à en vivre, actualisant ainsi dans leurs propres personnes la victoire pascale du Christ Seigneur. La présence simultanée de ces deux lignes imprime à la Règle une tension caractéristique. La première ligne se situe à l'intérieur d'un projet de vie communautaire, où l'union fraternelle est le berceau d'une nouvelle vie riche du Christ, et donc digne de la "plénitude des temps" déjà survenue. Par contre, la seconde ligne semble aller en sens inverse: bien que vivant en communauté et recherchant la perfection évangélique de l'union fraternelle, le Carme combat la bataille de la fidélité chrétienne dans un "désert" porteur d'une solitude vigilante, orante et forte. C'est précisément à la rencontre vécue de ces deux tendances ou exigences que se rencontre, à notre avis, la proposition religieuse la plus originale de la Règle - à tout le moins d'après ce qu'en suggère l'aspect scripturaire. Précisons que nous nous laisserons guider par une démarche méthodologique inscrite dans la structure littéraire du document. En effet, entre le prologue et l'épilogue, il est facile de délimiter, en s'appuyant sur le langage et le contenu, deux parties principales. La première, que nous appellerons "institutionnelle", comprend les éléments de vie religieuse que les Frères du Carmel devront observer: éléments de structures, de communion fraternelle, de pratique cultuelle et ascétique (chapitres 1 à 13). La seconde, qu'il conviendrait d'appeler "exhortative", explique et précise la formule de vie précédemment fixée, en sa teneur évangélique et sa finalité spirituelle (chapitres 14 à 18). On peut le constater, les deux parties sont complémentaires, encore que l'apport spécifique de l'une se reflète logiquement dans l'autre; ce rapport entre les deux parties offre certainement une clef de lecture tout à fait unique. Fondé sur ces prémisses et sur la certitude que la formulation de la Règle emprunte fondamentalement son expression au langage biblique, comme source d'inspiration et garantie d'authenticité chrétienne, nous examinerons successivement les trois points suivants: 1) un projet de vie commune inspirée des tableaux idéaux du livre
des Actes des Apôtres; Nous ne croyons pas que ces quelques indications épuisent toute la
richesse de la Règle du Carmel. De fait, notre seul but sera simplement
de faire ressortir certaines tendances de fond telles qu'elles se
laissent entrevoir sous la lumière du donné biblique utilisé par
saint Albert. Paul écrit aux Ephésiens: "je vous exhorte... à marcher d'une manière digne de l'appel avec lequel vous avez été appelés" (4,1). D'une part, il s'agit de l'appel divin qui interpelle les fidèles avec la voix rénovatrice de la grâce du Christ. D'autre part, il s'agit de l'impératif pratique qui en découle: les fidèles doivent cheminer, mus en cela par un souci de cohérence et par cette même grâce, dans la nouveauté d'être et d'agir qui les définit désormais sous le regard de Dieu. Le fait de la nouveauté chrétienne suscite l'impératif d'un comportement nouveau(6). Décrivant ce comportement avec plus de précision, l'Apôtre ajoute: "avec humilité, douceur et patience, supportez-vous mutuellement avec amour, essayant de conserver l'unité de l'Esprit par le lien de la paix" (vv. 2-3). L'union fraternelle concrètement vécue est le chemin nouveau qui convient à ceux qui ont été introduit dans la nouveauté du Christ. Pour confirmer ce nouveau type de rapports fraternels, Paul rappelle que le mystère du Christ est objectivement un mystère d'unité: «Un seul corps, un seul Esprit, (...) une seule espérance..., un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous...» (vv. 4-6). Nous avons voulu nous reporter à cet enseignement paulinien parce qu'il constitue le thème central et commun de la catéchèse apostolique, parce que le même thème est présent chez l'auteur des Actes des Apôtres, qui présentent le visage idéal de l'Eglise nouvelle du Christ, et parce que le Législateur du Carmel s'inspire certainement de ce texte lucanien. Il faut reconnaître que l'union fraternelle, vécue comme expression évangélique de la charité, inspire profondément le projet religieux formulé dans la Règle du Carmel. Les exemples suivants sont parlants: la manière d'élire le prieur (c. 1), la façon d'assigner à chacun sa propre cellule (c: 3), la table commune et l'écoute commune de l'Ecriture (c. 4), la célébration commune de la louange psalmique (c. 8), la communauté des biens "tenant compte de l'âge et des besoins de chacun" (c. 9), la célébration commune et quotidienne de l'Eucharistie (c. 10), la réunion communautaire périodique et la correction fraternelle caritate media (c. 11), la discrétion indulgente avec laquelle est proposée l'ascèse corporelle (cc. 12 e 13), la figure du prieur, «humble serviteur» des frères (c. 17), l'exhortation à «honorer humblement" le prieur (c. 18). Ce sont là quelques aspects qui, pris dans leur ensemble, définissent un projet de vie pensé et proposé comme recherche de communion fraternelle mûre et généreuse, humble et compatissante. «Lien de la perfection» (Col 3,14) et vitalité spécifique de la famille de Dieu réunie par le Christ Jésus (Rm 5,5; 8,14-17.29), la charité est la seule réalité qui «édifie» l'Eglise (1 Co 8,2) et donne au Peuple de Dieu la possibilité d'être une communion de frères. La charité inclut en fait la patience et l'humilité, la bonté et la compassion, la douceur et le respect réciproque, la générosité et le service, la compréhension et le pardon (cf. l Co 13,4-7; Gal 5,13-15.22; 6,1-2; Rm 12,9-16; Eph 4,2-3.31-32; 5,1-2; Ph 2,1-4; Col 3,12-14; 1 P 1,22-23; 3,8-9, etc.) autant de valeurs greffées sur le visage communautaire et fraternel de l'identité chrétienne. La Règle du Carmel peut certainement être vue comme une affirmation articulée de la charité: puisant à la source de l'Eucharistie quotidienne, de la prière persévérante et de la Parole de Dieu méditée assidûment, la charité est réellement le lien qui donnera sa consistance à la vie commune proposée aux Frères du Carmel, et la présentera à Dieu comme une communauté chrétienne solidement fondée. «Un seul coeur et une seule âme» Cette façon d'envisager la réalité, ancrée dans le fondement de la charité et tributaire de cette vérité selon laquelle l'union fraternelle est digne de la nouveauté du fait chrétien, saint Albert l'a vue exprimée dans la description profondément pensée des Actes des Apôtres(7) «La multitude de ceux qui étaient venus à la foi avaient un seul coeur et une seule âme» (Act 4,32a). Le but de cette description était d'illustrer la réalisation dans la première communauté de Jérusalem une nouveauté anthropoligique issue de la pâque du Seigneur et de la descente de l'Esprit au jour de la Pentecôte. La Nouvelle Alliance est réalisée: avoir "un coeur nouveau et une âme nouvelle", comme en parle Luc, représente la perfection d'une humanité rendue capable de vivre dans la charité, du fait qu'elle a été rénovée en Dieu, selon Son dessein; une communauté dont les membres, transformés en profondeur par l'énergie divine de l'Esprit, ont reçu "un coeur nouveau et un esprit nouveau"(8). Saint Paul, le théologien de la «nouveauté de l'Esprit» (Rm 7,6) et de la «loi (intérieure) de l'Esprit» (8,2) déclare: "l'amour de Dieu a été versé dans nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné" (5,5). Tableau idéal de l'humanité rénovée dans le Christ par la puissance de l'Esprit, le mode de vie de la première communauté de Jérusalem est précisé par Luc dans la deuxième partie du verset: «et personne ne disait sienne la propriété qui lui appartenait, mais toute chose entre eux était commune à tous» (Act 4,32b). Saint Luc nous fait passer de la communion des coeurs à celle des biens. Radicalement vécue, la fraternité évangélique des temps nouveaux exclut la propriété privée, ce facteur de distinction sociale, d'intérêt clos et d'égoïsme séparateur. La renonciation aux biens de la terre a une finalité qui lui est propre: vivre cette pauvreté convient à une communauté qui a "un seul coeur et une seule âme" et qui est appelée par le fait même à témoigner dans la pratique du lien chrétien de la charité. Luc insiste sur cet aspect de la koinonia évangélique caractéristique de la primitive Eglise de Jérusalem: «Tous ceux qui étaient venus à la foi étaient unis et mettaient tout en commun; ceux qui avaient une propriété et des biens les vendaient et les partageaient avec tous, selon les besoins de chacun» (Act, 2,44-45); et encore: «Aucun parmi eux n'était dans le besoin, car tous ceux qui possédaient des champs ou des maisons les vendaient, portaient le fruit de leurs ventes aux pieds des apôtres, et le tout était distribué à chacun selon ses besoins» (4,34-35). Il est intéressant de noter que Luc est également l'évangéliste que a approfondi le mieux le problème religieux de la richesse, et a insisté avec le plus de radicalisme sur l'exigence spirituelle de la pauvreté(9). Dans le livre des Actes nous le voyons préciser le mode selon lequel cette exigence est vécue dans le contexte spécifique de la koinonia chrétienne: en tant qu'elle est un renoncement en vue du Royaume des cieux et de la suite du Christ, la pauvreté est vécue sous le signe de l'union fraternelle et est témoignage de cette communion des coeurs qui distingue le Peuple de la Nouvelle Alliance. Telle est la perspective de la Règle du Carmel en matière de pauvreté: «Qu'aucun des frères ne dise que quelque chose lui appartienne, mais que tout soit mis en commun parmi vous, et que tout soit distribué à chacun par la main du prieur - c'est-à-dire par le frère qu'il a chargé de le faire - selon les nécessité de chacun, tenant compte de l'âge et des besoins de chacun» (c. 9). Le Législateur, comme d'autres avant lui, comprend la pauvreté religieuse dans le sens lucanien d'une koinonia vécue dans la charité évangélique, et voit dans la renonciation à la propriété et la communauté des biens une expression spécifique de cette perfection à laquelle aspirent les frères qui, dans le Christ, ont «un seul coeur et une seule âme» Aux sources de la communion fraternelle Cette communion, où la pauvreté est fruit et signe charité, est d'abord une grâce de Dieu donnée au coeur, puis ensuite un comportement extérieur visible. Les frères dans le Christ sont unis dans la pratique de l'amour parce qu'un mystère d'unité est à l'oeuvre en eux, un don qui vient d'en haut et qui est sans cesse accueilli et mis en pratique. Ce n'est pas un hasard si la communauté de Jérusalem est décrite comme suit: "Ils étaient assidus à l'enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, à la fraction du pain et à la prière" (Act 2,42). Il s'agit de la description du visage d'une chrétienté proposée comme incarnation réussie de l'Eglise de Dieu. Si les premiers croyants de Jérusalem étaient fraternellement unis au point d'avoir, comme le dit Luc, "un seul coeur et une seule âme", c'est parce qu'ils nourrissaient la charité aux sources de l'enseignement des apôtres, de la fraction du pain et de la prière. Il ne s'agit pas de valeurs interchangeables, mais d'exigences inscrites dans la nouveauté chrétienne. Comment ne pas saisir que ces trois valeurs sont inscrites dans la structure même de la formule de vie de saint Albert, et proposées en vue de la koinonia que les frères du Carmel devront réaliser? Bien sûr, ce sont des valeurs présentes dans toute la littérature apostolique et donc inscrites dans le patrimoine traditionnel du Peuple de Dieu; de là, il est clair qu'aucun projet authentique de vie religieuse ne peut les ignorer. Mais il est également certain et ce qui a été dit de la pauvreté ainsi que de la communauté des biens le montre suffisamment que le Patriarche de Jérusalem avait présent en tête le témoignage du livre des Actes des Apôtres. L'enseignement des Apôtres Il ne s'agit évidemment pas de la proclamation de la Bonne Nouvelle aux non-croyants en vue de leur conversion, mais de l'instruction que les apôtres, devenus aussi maîtres de vérité divine et de vie chrétienne, donnaient aux nouveaux convertis en vue de faire croître en eux une foi plus mûre et une charité plus opérante. Les Ecritures étaient lues à la lumière des événements pascals; le mystère du Christ Sauveur était expliqué, en tant que Parole et oeuvre parfaite de Dieu; un chemin nouveau était proposé comme expression impérative de la nouveauté crée en ceux qui faisaient du Christ leur Sauveur et Seigneur. Cet enseignement apostolique, donc, expliquait la vérité du fait chrétien, éduquait les fidèles sur leur nouvelle dignité et les exhortait à marcher en cohérence de vie avec leur foi. La vérité du Christ, la grâce vitale du Christ, la loi nouvelle du Christ: tel était l'enseignement que les premiers chrétiens de Jérusalem écoutaient assidûment. A bien y penser, tel est aussi le contenu global des livres du Nouveau Testament, la substance du message que les fils de l'Eglise de tous les temps doivent interroger et approfondir dans l'écoute et la méditation de la Parole de Dieu. «Die ac nocte in lege Domini meditantes» (c. 7); «communiter aliquam lectionem Sacrae Scripturae audiendo» (c. 4)(10); «Verbum Domini abundanter habitet in ore et in cordibus vestris» (c. 14). Les premiers chrétiens s'ouvraient à la Parole de Dieu par l'écoute assidue de l'enseignement des apôtres; les Frères du Mont-Carmel écouteront la Parole de Dieu en la méditant, se laissant remplir par sa richesse. Dans les deux cas, le but poursuivi ne peut être que celui-ci: croître dans la connaissance du Christ et la connaissance de soi-même sous le regard du Christ, afin d'en arriver à posséder la vérité de l'Evangile à la manière d'un instinct de vie toujours plus lucide et engageant. Assidus à la «fraction du pain» "Chaque jour, précisera Luc, ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans la joie et la simplicité» (Act 2,46). Nous voudrions souligner que cette insistance sur l'Eucharistie quotidienne est normale - car il s'agit bien de l'Eucharistie(11) , dans un contexte où l'idéal chrétien est projeté dans le culte communautaire des frères qui avaient «un seul coeur et une seule âme». «Le pain que nous rompons n'est-il pas communion au corps du Christ? Puisqu'il n'y a qu'un seul pain, nous de même, bien qu'étant plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps: tous en effet nous participons à un seul pain (1 Co 10,16-17). Cette doctrine paulinienne, où l'unité dans la charité s'exprime dans la "fraction du pain" eucharistique et provient de la "communion avec le corps du Christ", est certainement présente chez le disciple Luc: la koinonia exemplaire de l'Eglise de Jérusalem s'exprimait ainsi et prenait racine à cette source(12) .Nous devons être reconnaissants à saint Albert d'avoir mis en relief l'Eucharistie dans la structure de la communauté carmélitaine (c. 10). «Au matin de chaque jour» les Frères participeront ensemble à la célébration eucharistique: c'est le pain qui "chaque jour" descend du ciel, source d'énergie céleste et d'union fraternelle (cf. Act 2,46; 1 Co 10,16-17; Jn 6,48 ss); c'est la manne nouvelle qui "chaque matin" les nourrira dans leur exode pascal (cf. Is 16,8.21); c'est le Corps du Christ, centre dynamique de toutes les richesses de Dieu, qui fera vivre et grandir le Christ dans leurs personnes, quotidiennement enrichies de son amour. L'Eucharistie, précise en outre la Règle, sera célébrée dans l'oratoire construit à cette fin «in medio cellularum»: centralité matérielle qui est signe d'une centralité vitale et unifiante. Avoir un lieu de culte divin construit au milieu des cellules signifie, avec une égale vérité, avoir les cellules des Frères disposées autour d'un tel lieu: intention architecturale d'unité, symbole d'une recherche d'unité centrée sur le Corps du Christ. Lorsque nous pensons que le Corps du Christ est le "temple" nouveau du nouveau Peuple de Dieu(13), la communauté carmélitaine telle que conçue dans le projet de saint Albert ne peut pas ne pas apparaître comme une assemblée cultuelle typique de la "plénitude des temps", une assemblée convoquée dans l'unité et appelée chaque jour à puiser à la source de l'unité la koinonia fraternelle qui devra s'exprimer sous le regard de Dieu. Assidus dans la prière L'Eglise se nourrit, dit le Concile, «du pain de la vie de la table de la Parole de Dieu et du Corps du Christ» (Dei Verbum, n. 21). Autour de cette table de l'abondance divine (cf Ps 23, 5-6) se rassemblaient assidûment les premiers croyants de Jérusalem; autour de la même table sont convoqués quotidiennement les Frères du Mont-Carmel. Pour compléter le cadre exemplaire de cette perfection des origines, Luc ajoute aux deux valeurs précédentes celle de l'exercice de la prière (Act 2,42). Exigence instinctive du Peuple de Dieu, la prière est comme la voix suppliante, reconnaissante et célébrante avec laquelle nous exprimons devant Dieu notre richesse divine et aspirons à la plénitude de son don. Nous sommes certains qu'en proposant aux Frères du Carmel une vie marquée par la prière fréquente (cc. 7 e 8), le Législateur avait l'intention de proposer cette même vision. Dans la solitude priante et dans la célébration quotidienne de la louange psalmique, les Frères diront à Dieu, à sa plus grande gloire, ce qu'ils sont dans le mystère de sa grâce; de manière particulière, ils exprimeront sous formes de supplication, de remerciement et de célébration, les richesses de la vie évangélique et de la communion fraternelle qu'ils auront atteintes à la double source de la Parole de Dieu et du Corps du Christ. Même le Notre Père prescrit à ceux qui ne savent pas lire
se situe dans cette perspective: qu'est en effet la «prière du
Seigneur» sinon un résumé des mystères célestes vécus par les fils
de Dieu, l'Evangile lui-même devenu un fait de vie dans les coeurs et
exprimé logiquement, spontanément sous forme de prière?(14). "Revêtir l'armure de Dieu" Venus de l'Occident latin avec l'intention de participer de manières diverses (les uns comme pèlerins et pénitents, les autres comme croisés combattants) au retour de la chrétienté en Terre Sainte et à la conquête de la cité sainte de Jérusalem, les "ermites" à qui est adressé le document de saint Albert s'étaient réunis depuis longtemps sur le mont Carmel à la recherche d'une cité infiniment plus précieuse et attirante. L'importance de la supposée guerre de Dieu, combattue avec les armes terrestres contre les infidèles a beaucoup diminué dans leur idéal, cédant le primat à une entreprise certainement plus digne de leur identité chrétienne: la conquête de la Jérusalem céleste par les armes de la solitude priante, de la sainte pénitence, de la foi - espérance - charité. Ils aspiraient désormais à servir dans l'obéissance au Christ Jésus. Saint Albert a saisi le sens de leur projet en fixant pour eux une formule de vie «iuxta propositum vestrum» (Prol.). Subtilement et avec la sécurité de l'intuition religieuse, il propose à ces "ermites", déjà tellement imprégnés de l'atmosphère typique des croisades, une formule de vie avant tout modelée sur la koinonia évangélique, douce et humble, de la première Eglise de Jérusalem. Les motifs historiques, géographiques et théologiques s'entrecroisent de façon intéressante dans l'intention du Législateur. Tendus vers la Jérusalem du futur, les Frères du Mont-Carmel conquerront la palme en suivant l'exemple de la primitive communauté issue de la Jérusalem du passé. L'idéal est celui d'une humanité nouvelle, participante des richesses du Christ pascal, humanité qui tend à devenir elle-même dans la cohésion et la fidélité, et ce faisant tend à l'accomplissement céleste de son mystère. Et voici qu'une seconde ligne de fond émerge du document: le cheminement présent en est un de lutte et de constance, de vigilance et de persévérance. L'entreprise qui a rassemblé ces "ermites" au Mont-Carmel est encore un combat à mener, car s'il est vrai qu'ils avanceront vers la Jérusalem céleste poussés par la grâce du Christ et fidèles à leur identité chrétienne, il est vrai également que leur itinéraire terrestre est plein d'obstacles et plein d'embûches. Le thème et le langage proposés par le Législateur sont bibliques(15). «Résister aux pièges de l'ennemi» La séquence biblique (Jb 7,1; 2 Tm 3,12; I P 5,8; Eph 6,11) par laquelle commence la partie "exhortative" de la Règle est frappante, et le thème du combat spirituel est introduit avec une claire logique (c. 14). «Tentatio est vita hominis super terram» (cf Jb 7,1): la vie sur terre est un temps d'épreuves et donc de luttes; le repos n'est pas le lot de la vie présente, mais celui de l'accomplissement futur. Cette vérité générale de la lutte-épreuve terrestre interpelle le chrétien avec urgence: on sait bien en effet, comme le dit saint Paul, que "tous ceux qui veulent vivre pleinement dans le Christ seront persécutés" (cf 2 Tm 3,12). C'est ce que l'Apôtre appelle "la tribulation du moment présent" (Rm 8,18; 2 Co 4,17) une tribulation inévitable (cf Act 14,22), car la fidélité chrétienne se heurte au monde qui est imbibé d'aspirations antiévangéliques. Cette hostilité, par conséquent, fait partie de la volonté mauvaise du Tentateur, qui dirige la sagesse de ce monde et cherche par tous les moyens à établir son empire dans l'intelligence et le coeur des croyants: c'est l'"adversaire" invisible qui va et vient comme un lion cherchant qui dévorer (cf 1 P 5,8). Les Frères du Carmel sont conscients de cette réalité et recourrent à des moyens adéquats pour y faire face. De moyens adéquats il n'y en a qu'un, et Paul l'a indiqué dans la Lettre aux Ephésiens. Le Législateur exhorte donc: "Revêtez l'armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manoeuvres du diable" (cf Eph 6,11). C'est une proposition articulée et profondément pensée. La nature du chemin qui mène du baptême à la "récompense éternelle" (cf. c. 18), impose au chrétien les dispositions et l'attitude d'un combattant. Ce combat est cependant particulier. "Notre bataille, précisait Paul, n'est pas contre la chair et le sang, mais contre les Principautés et les Puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbre, contre les esprits du mal..." (Eph 6,12). Le chrétien, de fait, doit «résister aux pièges de l'ennemi-diable», c'est-à-dire, pour utiliser une expression de saint Albert, empêcher le Tentateur de "pénétrer dans l'âme" (c. 15). La double image est militaire et fait penser à des combattants assiégés par un ennemi dangereux et occupés à lui obstruer toute voie possible d'infiltration. La défense du chrétien est vigilante; c'est en fait l'autodéfense de quelqu'un qui cherche à demeurer "ferme dans la foi" contre toute sollicitation contraire(16). Ce combat, conduit à l'enseigne de la fidélité chrétienne et de la cohérence baptismale, nécessite des armes appropriées; le croyant trouve ces armes dans l'«armure de Dieu» qu'il est vivement invité à revêtir. De quoi s'agit-il? C'est la grâce du Christ dans les coeurs. "Armez-vous de force dans le Seigneur, de sa force toute-puissante" (Eph 6,10). «L'armure de Dieu» est une puissance qui vient de Dieu, cette même puissance que l'Evangile définit comme le salut (cf Rm 1,16) et qui explique le mystère du Christ mort et ressuscité (1 Co 1,24; Eph 1,19-23) puissance divine devenue grâce vitale des baptisés. Cette manière de voir, selon laquelle le combat de l'existence chrétienne requiert le recours à un armement spécifiquement chrétien, sous-tendait déjà l'exhortation paulinienne: «Nous qui sommes du jour, restons sobres, revêtus de la cuirasse de la foi et de la charité, avec le casque de l'espérance du salut» (1 Th 5,8). Le fidèle se comportera en vrai soldat du Christ dans la mesure où il se défendra avec les armes surnaturelles de la foi-espérance-charité (cf 1 Th 1,3). Dans un texte parallèle, on dira: "revêtons les armes de la lumière", et on précisera: "revêtons-nous du Seigneur Jésus-Christ" (Rm 13,12.14). En d'autres termes, on se revêt de l'"armure de Dieu" en vivant dans la fidélité à sa propre réalité baptismale, ce qui veut dire se dépouiller de l'"Homme ancien" avec ses aspirations et ses actions, et se revêtir de l'"Homme nouveau" créé par Dieu à l'image de Dieu (cf Eph 4,22-23; Col 3,9-10). L'Apôtre donc veut enseigner que le croyant combattra le combat du
chemin terrestre avec les armes que sont les richesses mêmes de son
identité chrétienne menacée. Le combat est âpre et sans trêve; le
chrétien en sortira vainqueur d'une seule façon: en exerçant, avec le
courage vigilant et persévérant d'un homme d'arme, la vitalité
baptismale dont il est bénéficiaire par la grâce de Dieu, confirmant
dans son existence et laissant grandir cet "Homme nouveau" et
cet "héritage de la gloire" qui font de lui une vivante image
du Christ Jésus(17). Impératif de cohérence chrétienne Il importe de faire ressortir la nature très spéciale du combat chrétien: le fidèle, appelé à se défendre contre les "pièges du diable" et les "dards enflammés du malin" (Eph 6,11.16), luttera avec les armes qu'il possède au plus profond de lui-même, et qui sont les richesses de la vie nouvelle créée en lui par la présence du Christ vivant. Nous insistons sur cet aspect car c'est ce que saint Albert veut faire ressortir. La précédente image paulinienne de l'"armure de Dieu" est développée au c: 14 de la Règle avec une considérable insistance, et est appliquée à diverses valeurs que le Législateur veut voir les Frères du Carmel cultiver tout au long de l'épreuve de la terre. Le développement est mené librement par rapport au parallèle paulinien de la Lettre aux Ephésiens (6,14-17). Chacun des éléments de la "panoplie" énumérée par l'Apôtre y sont - à l'exception des chaussures(18). Quant à l'application comme telle, le document suit en certains cas le modèle paulinien, et en d'autres cas il s'en éloigne intentionnellement, ajoutant aussi de nouvelles références bibliques. De toutes façons, et sans s'enliser dans des détails qui pourraient s'avérer ennuyeux, disons que saint Albert considère un combat qui est une recherche active des valeurs suivantes: la chasteté avec de saintes pensées, la justice en vue de l'amour de Dieu et du prochain, la foi sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu, la confiance en l'unique Sauveur, la Parole de Dieu qui devra imprégner le coeur des Frères et guider tout leur agir. Comme on peut le constater, il n'y a rien là qui n'entre dans la catéchèse chrétienne la plus normale. Mais c'est justement en raison de cette normalité que le message est digne d'être remarqué: les Frères du Carmel se voient rappeler par le Législateur qu'ils ne résisteront victorieusement aux embûches de l'ennemi que s'ils utilisent les armes spécifiques de leur baptême. Ils sont des soldats engagés dans une bataille sans trêve et, par conséquent, appelés à être forts ainsi que prêts à tout instant - de la même manière qu'est fort le soldat revêtu de son armure. La leur, cependant, est la bataille quotidienne de la fidélité chrétienne; c'est le combat serein de qui se reconnaît fort dans le Seigneur et la cohérence de qui est décidé à cheminer de manière digne de son identité dans le Christ Jésus (cf Eph 4,1; 1 Th 2,12; Col 1,10; Phil 1,27)(19). Un projet religieux original Ce c. 14, si profondément pensé, si dense de doctrine et si bourré de renvois bibliques, suffit à lui seul à illustrer que le thème du combat chrétien occupe une place centrale dans l'intention globable du Législateur. Nous devons cependant lire dans la même perspective les cc. suivants sur le travail et le silence (cc 15 e l6). Les Frères devront "faire quelque travail, afin que le diable les trouve sans cesse occupés et ne puisse pas, en raison de leur oisiveté, entrer dans leur âme" (c. 15). En plus de se baser sur l'enseignement et l'exemple de l'Apôtre Paul (cf la longue citation de 2 Th 3,7-12), l'exigence du travail est clairement justifiée par la nécessité précédemment décrite de "résister aux embûches de l'ennemi" (c. 14). C'est dire que saint Albert exhorte encore des combattants à être continuellement préparés. Quant au silence (c 16), on cite certains textes bibliques comme ceux-ci: «In silentio et spe erit fortitudo vestera» (Is 30,15); «In multiloquio peccatum non deerit» (Pr 10,19); «Qui multis utitur verbis, laedit animam suam" (Si 20,8). Les Frères sont aussi exhortés à la vigilance et avertis qu'il est facile de "tomber" à cause de la langue (cf Si 14,1; 22,27; 28,25-26). Les expressions utilisées ici sont celles de qui fait attention de ne pas se laisser prendre sans être adéquatement préparé, de ne pas se laisser tomber dans le piège dangereux d'un tentateur(20). On revient donc, en abordant le travail et le silence, au thème ascétique de l'autodéfense vigilante et décidée dont on avait commencé à parler c. 14. L'oisiveté et le verbillage sont d'abord dénoncés comme des défauts qui touchent à la solidité de cette résistance qu'il faut savoir opposer aux attaques de l'adversaire, au nom de la fidélité et de la cohérence chrétienne. Le texte de saint Albert fait donc ressortir un thème précis de la
série de ses recommandations exhortatives. L'auteur en effet s'emploie
à définir la nature du combat que les Frères du Carmel soutiendront
dans leur «propositum», en en précisant la modalité
spirituelle et ascétique. L'aspect le plus visible de cette unité
thématique est sa longueur matérielle: il couvre plus d'un tiers de
l'ensemble du texte. Ce n'est pas un hasard: le thème du combat
spirituel chrétien doit s'insérer de manière décisive dans la
définition du projet religieux de la Règle du Carmel. De fait, la force et l'insistance avec lesquelles est affirmé dans la Règle l'impératif du combat chrétien sont une indication en ce sens. Tendus vers la conquête de la Jérusalem céleste dans l'engagement combatif de la fidélité chrétienne, les Frères ne pourront pas ne pas se percevoir comme encore appelés à persévérer dans leur idéal érémétique. Ils sauront en effet que le chemin terrestre de la foi (2 Co 5,7), qui est aussi leur chemin à eux, est le chemin de l'Israël nouveau, guidé par la promesse d'une Pâques nouvelle, engagé dans la lutte d'un nouvel Exode - l'Exode d'une humanité qui avance comme un peuple de pèlerins et d'étrangers dans le "désert" âpre et inhospitalier d'une épreuve incessante. "Tentatio est vita hominis super terram" (c. 14): dans la perspective de la Règle, ce temps d'épreuve se vit et est dépassé comme se vit et est dépassée l'"épreuve" biblique du "désert": persévérance dans la voie commencée, espérance dans l'héritage promis, attente du salut dans un unique Sauveur, foi inébranlable en un Dieu miséricordieux et fidèle malgré les apparences parfois contraires. Leur espérance céleste, leur rappelle la Règle, les a réunis sous un idéal érémétique commun; la même espérance les engage à poursuivre leur idéal dans la koinonia fraternelle de leur nouvelle "formula vitae". Ce thème biblique, devenu patrimoine traditionnel de la spiritualité chrétienne, est mis institutionnellement en exergue non pas tant par la clausule: «Loca habere poteritis in eremis...» (c. 2) que par l'insistance sur la "cellule séparée" (cc. 3 e 5) et la finalité assignée à cette arrangement: «Maneant singuli in cellulis suis, vel iuxta eas, die ac nocte in lege Domini meditantes et in orationibus vigilantes, nisi aliis iustis occasionibus occupentur» (c. 7). Il s'agit d'un programme de vie proposé à un religieux qui, bien que vivant en communauté les exigences évangéliques de l'union fraternelle, doit cependant continuer à se percevoir comme un "ermite-combattant". La cellule est de fait le désert du cheminement chrétien, le lieu qui recrée dans la communauté la solitude renforcissante de l'ermite et où le Carme, s'ouvrant à la Parole de Dieu et veillant dans la prière, se revêt de l'armure de Dieu et résiste comme il convient aux embûches de l'ennemi; ce faisant, il laisse se reproduire en lui, jour après jour, la victoire pascale du Christ Seigneur. Se retirant dans le désert de sa cellule, il provoque presque l'ennemi en duel, humblement certain de trouver dans le Christ la force de le vaincre. Il imite en cela Jésus lui-même, dont il est dit dans l'Evangile de Matthieu qu'il «fut conduit par l'Esprit au désert pour être tenté par le diable» (4,1), c'est-à-dire pour se mesurer à l'adversaire et transformer en victoire la puissance divine qui agissait en lui. «Veillant dans la prière» Comme preuve supplémentaire à ce que nous affirmons, nous aimerions attirer l'attention sur la précision: «in orationibus vigilantes» (c. 7). L'expression est typique de l'ascèse néotestamentaire. Très significative à ce titre est la parole de Jésus dans le Jardin: «Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation; l'esprit est prompt mais la chair est faible» (Mc 14,38 e Mt 26,41; cf aussi Lc 22,46). Dans le contexte, "veiller" signifie résister à la faiblesse de la "chair" qui risque, par sa propension au sommeil, de faire s'évanouir la promptitude de l'"esprit". "Prier" signifie quant à lui "devenir fort dans le Seigneur" (cf Eph 6,10) pour demeurer "fermes dans la foi" (cf 1 Co 16,13; 1 P 5,8-9)(21). Le contexte idéal est toujours celui du combat chrétien. De manière particulière, lorsqu'on parle de "vigilance" dans le Nouveau Testament, on se réfère spécialement à cette caractéristique de l'existence chrétienne qui est une attente dynamique et difficile de la "bienheureuse espérance" (Tt 2,11-13; cf Lc 12,35-40; 21,34-36; 1 P 1,13; Ap 16,15; aussi 1 Th 1,9-10; 1 Co 1,4-9; Rm 8,25; Gal 5,5; Ph 3,20; 2 Tm 4,8). De fait, il appert que l'attente est incertaine et peut se prolonger (1 Th 5,1-3; cf Mt 24,36-42; Act 1,17; 2 P 3,10; Ap 3,3); il appert aussi que l'attente chrétienne est une attente dans la foi, comme de nuit (2 Co 5,7; Rm 8,24). C'est en d'autres termes une attente qui met à dure épreuve la persévérance du fidèle. Un premier danger est de s'assoupir, vaincus par le sommeil (cf Mt 25,5), ce qui est de fait une faiblesse typique de la "chair" (Mc 14,38; Lc 22,46), laquelle deviendrait de la sorte l'alliée inconsciente de l'ennemi-Tentateur qui attaque la solidité de la foi. De là la nécessité de "veiller" et de demeurer "vigilants", dans le sens de rester éveillés, avec les yeux ouverts et en état de tension comme de promptitude. De même, l'avertissement de Jésus: "Veillez...pour qu'il ne survienne (le Seigneur) pas à l'improviste, vous trouvant endormis" (Mc 13,35-36), fut reprise dans l'exhortation paulinienne: "Ne nous endormons donc pas comme les autres, mais restons éveillés..." (1 Th 5,6). Il s'agit au fond de ne pas se laisser appesantir par le poids d'une nuit qui se prolonge; il s'agit d'empêcher que le coeur ne s'alourdisse et devienne allergique aux choses du ciel; il s'agit enfin de ne pas permettre que soit relâchée la tension de l'attente, et de ne pas céder à la sollicitation conjointe, tentante et sournoise, de la "chair" et du Tentateur. Pour cette raison la vigilance, qui est aussi sobriété, maîtrise de soi, lucidité et réalisme, promptitude et santé intérieure (cf 1 Th 5,6-8; Rm 13,13; 1 P 5,8; Lc 12,35-40.45; 21,34-36), est proposée dans la catéchèse apostolique comme l'effort ascétique du fidèle décidé à défendre sa propre dignité au long du chemin "nocturne" et semé d'embûches en même temps que difficile de l'"exil" présent et de son "exode" pascal. Il s'ensuit que plusieurs fois la nécessité de la vigilance est associée à celle de la prière (Mt 26,41 = Mc 14,38; Lc 21,36; 22,46; Col 4,2; Eph 6,18; 1 P 4,7), car la prière est l'exercice le plus lucide et vécu de l'attente de la bienheureuse espérance, exercice d'un coeur efficacement nourri par la tension vers la Jérusalem du ciel. C'est dans la même ligne que nous pouvons citer l'exhortation de Paul: "Soyez joyeux dans l'espérance, forts dans la tribulation, persévérants dans la prière" (Rm 12,12). Dans le désert domestiqué et consciemment recherché de la
"cellule", le Frère du Carmel méditera la Parole et veillera
dans la prière (c. 7). Devenu ainsi "fort dans la
tribulation", "solide dans la foi", "joyeux dans
l'espérance", il avancera comme combattant fidèle et fidèle
serviteur du Christ vers la récompense de la vie éternelle. Déjà
saint Paul avait terminé son développement bien connu sur
l'"armure de Dieu" (Eph 6,10 ss.) par un appel pressant à la
prière persévérante et vigilante (v. 18). Saint Albert insère le
même appel à l'endroit le plus clairement érémétique de sa
«formula vitae». Il s'agit là d'une preuve supplémentaire que la
"cellule-désert" a tout son sens dans le cadre de la
réalité quotidienne du combat chrétien. L'examen de l'aspect biblique de la Règle de saint Albert révèle deux tendances principales: la vie communautaire inspirée de la koinonia exemplaire de la primitive Eglise de Jérusalem et engagement érémétique et combatif de religieux tendus vers à Jérusalem du ciel. Il ne s'agit pas d'une dichotomie mais d'une simultanéité de valeurs qui doivent être vécues en harmonie profonde à l'enseigne du radicalisme évangélique et de la cohérence baptismale. Dans la cellule-désert d'une solitude constructive, le religieux tel que décrit par saint Albert s'enrichit de la Parole de Dieu et veille dans la prière, conscient qu'il mène un combat pour lequel il doit se "revêtir de l'armure de Dieu" et se défendre des "embûches de l'ennemi"; il doit demeurer "ferme dans la foi" et maintenir vivante dans le coeur son espérance de l'héritage céleste; il doit enfin faire sienne quotidiennement la victoire du Christ Seigneur. En ce qui a trait au rapport communautaire, il doit vivre avant tout la perfection ecclésiale de l'amour et les exigences quotidiennes de l'union fraternelle - de telle sorte qu'il témoigne que son engagement érémétique est une authentique recherche de fidélité chrétienne. Les deux aspects ne se séparent pas. Dans l'unité d'un projet articulé, les valeurs vécues dans un champ d'activité se répercutent dans l'autre. Au fond, il s'agit de vivre chaque jour le baptême dans la foi-espérance-charité, en se dépouillant progressivement du Vieil Homme et en revêtant l'Homme Nouveau. Cet appel, qui est tout à la fois dignité personnelle dans le Christ et chemin impératif de la nouveauté du Christ, interpelle dans le baptisé tant le combattant qui trouve sa force dans le Seigneur, que le frère qui croît dans l'amour. Il n'est pas possible d'indiquer un ordre de priorités dans
l'accomplissement de cette vocation. La Règle n'aborde pas la question
du rapport entre la contemplation et l'action, rapport qui fut tant
discuté un certain temps. Il existe pourtant une tension dans la
"formula vitae" de saint Albert: c'est celle du rapport entre
l'idéal communautaire et l'engagement dans un style de vie
érémétique. Mais il s'agit d'une tension qui se situe dans un projet
unitaire de vie, expression charismatique de la nouveauté du Christ.
Les Frères ermites du Mont-Carmel incarneront l'Eglise de Dieu
convoquée dans l'unité et tendue vers l'accomplissement de son
mystère, à la fois comme personnes engagées dans le combat de la
fidélité chrétienne et à la fois comme Frères rassemblés sous le
signe de la communion chrétienne. 1. 1 On notera que l'exhortation: «et que tout ce que vous avez à faire, soit fait selon la parole du Seigneur», se lit plutôt en son parallèle paulinien dans la forme suivante: «et tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus...» (Col 3,17). Demeurant dans les croyants, la parole de Dieu fait que leur vie se déroule sous le regard de Dieu et selon Lui, exprimant ainsi à la louange de Dieu la grâce abondante du Christ (cf Col 3,16-17; 1 Co 10,31; 1 P 4,11). 2. 2 La dépendance de Jésus-Christ et le service du Christ Seigneur caractérisaient profondément la religiosité médiévale et la foi chrétienne des croisés: cf. C. CICCONETTI, La Regola del Carmelo. Origine, Natura, Significato, Roma 1973. 3. 3 L'expression paulinienne: "l'obéissance de la foi" (Rm 1,5; 16,26) est bien connue. Le génitif utilisé est clair: la foi elle-même est définie comme obéissance. Ce concept de foi qui est obéissance (Rm 1,8 = 16,19; 10,16; 15,18; 16,19; 2 Th 1,8...), est un élément significatif de la pensée paulinienne, et c'est de lui que part le concile Vatican II pour préciser les traits fondamentaux de la foi chrétienne: «A Dieu qui révèle, il faut "l'obéissance de la foi" (Rm 16,26; cf Rm 1,5; 2 Co 10,5-6), par laquelle l'homme s'en remet tout entier librement à Dieu en apportant "au Dieu révélateur la soumission complète de son intelligence et de sa volonté" et en donnant de toute sa volonté son assentiment à la révélation..." (Dei Verbum, n. 5). 4. 4 Sans hésitation, nous pouvons reconnaître à saint Albert, de manière générale, l'intention de proposer une valeur semblable à celle qui est exprimée dans saint Paul: "Marchez dans le Seigneur Jésus-Christ, comme vous l'avez reçu, bien enracinés et fondés en lui, solides dans la foi comme on vous l'a enseigné" (Col 2,6-7). 5. 5 On se référera pour plus d'information à l'étude de PIETRO DELLA MADRE Dl DIO, Le fonti bibliche della Regola carmelitana, in Ephemerides Carmeliticae 2 (1948) 65-97. 6. 6 "Agere sequitur esse" (un être réagit selon ce qu'il est). Dans le cas présent, l'essere est la création nouvelle en Jésus-Christ, et l'agire est le comportement consécutif à cette identité nouvelle. Nous nous trovons face à l'aspect dialectique de l'indicatif et de l'imperatif, qui est la logique caractéristique de l'exhortation apostolique et l'expression typique de la catéchèse chrétienne. Saint Paul en donne plusieurs exemples: "Cheminer de manière digne" du Dieu Sauveur, du Seigneur Jésus, de l'Evangile, de l'appel baptismal (1 Th 2,11-12; Col 1,10; Ph 1,27; Eph 4,1); «N'éteignez pas l'Esprit» (1 Th 5,19) et «ne contristez pas le Saint-Esprit de Dieu (Eph 4,30); «Ne recevez pas en vain la grâce de Dieu» (2 Cor 6,1); "Se laisser guider par l'Esprit" (Gal 5,18) et «marcher selon l'Esprit» (5,16.25; Rm 8,4 ss); «Glorifier Dieu dans son corps» qui est le «temple de l'Esprit-Saint» (1 Co 6,19-20); «Abandonner le vieil Homme» et «revêtir l'Homme nouveau» (Eph 4,22-24; Col 3,9-10); «Se revêtir du Seigneur Jésus-Christ» (Rm 13,14); «S'armer avec la force du Seigneur et dans la vigueur de sa puissance» (Eph 6,10); accomplir «les bonnes oeuvres que Dieu a predestinées pour que nous les pratiquions» en tant que «créatures nouvelles dans le Christ Jésus» (Eph 2,10), etc. 7. 7 L'habitude de s'inspirer de la koinonia fraternelle et évangélique vécue par la primitive Eglise de Jérusalem était déjà chose courante à l'époque. Voir aussi Perfectae Caritatis, 15 et B. SECONDIN, La Regola del Carmelo per una nuova interpretazione, Roma, 1982, 33-36. 8. 8 Spécialement Ez 11 ,19-20; 36,26-27; aussi Jer 24,7; 31, 31-34; 32,39-40. La Nouvelle Alliance annoncée par les prophètes et instaurée dans le Christ Jésus: G. HELEWA, art. Alleanza, in «Dizionario di Spiritualità dei Laici», sous la direction E. Ancilli, ed. O.R., Milano 1981, vol. I, 1-16, avec une bibliographie sommaire (p. 16). 9. 9 F.M. LOPEZ-MELUS, Pobreza y riqueza en los evangelios. San Lucas, el evangelista de la pobreza, Madrid 1963; S. LEGASSE, L'appel du riche (Marc 10,17-31 et parallèles). Contribution à l'étude des fondements scripturaires de l'état religieux, Paris 1966; aussi J. DUPONT, Les Béatitudes, coll. «Etudes Bibliques», specialement le vol. 3: Les Evangelistes, Paris 1973. 10. 10 Cette précision, ainsi que la prescription sur la table commune, est propre au texte de la Règle approuvée par Innocent IV. 11. 11 La «fraction du pain» (Act 2,42.46; 20,7.11; 27,35; cf Lc 24,30. 35): l'expression en soi rappelle le repas juif où celui qui préside bénit et partage le pain, puis le distribue; dans un langage chrétien cependant, il s'agit certainement du rite eucharistique (1 Co 10,16; 11,24; Lc 22,19). 12. 12 Corps "physique" immolé et glorifié du Christ; Corps "eucharistique du Christ; Corps "ecclésial" du Christ: il s'agit des trois dimensions d'un unique mystère, où la sotériologie s'exprime en termes ecclésiologiques et où l'ecclésiologie est l'affirmation de la koinonia nouvelle dans la charité. Cf G. HELEWA, La Chiesa, Corpo di Cristo, in AA.VV., La Chiesa, sacramento di Comunione, sous la direction de E. Ancilli, Teresianum, Roma 1979, 76-130 (avec une bibliographie sommaire pp. 76-77). 13. 13 «Mais lui parlait du temple de son Corps» (Jn 2,21). Le Corps immolé et glorifié du Fils de Dieu est le centre du culte nouveau, c'est-à-dire qui est désormais accompli «en esprit et vérité» (Jn 4,21-26); il est le lieu où réside le salut du monde et la plénitude de la divinité (cf Col 1,19; 2,9), et est ainsi la source de toute "grâce et vérité" (Jn 1,14.16); il est le temple spirituel d'où sourd la source d'eau vive (Jn 7,37-39; 19,34; Ap 21,22; 22,1; Ez 47,1 ss). 14. 14 La définition forgée par Tertullien, le plus ancien commentateur du "Notre Père", est passée à la Tradition de lEglise: "breviarium totius Evangelii" ("résumé de tout l'Evangile") (De Oratione, I, 6: CCSL, 1, p. 258). L'intuition de saint Cyprien, évêque africain du troisième siècle, va dans le même sens: "Combien sont nombreux et grands les mystères de la prière du Seigneur! Ils sont réunis en peu de paroles, mais leur efficacité spirituelle est grande. Absolument rien de ce qui doit constituer nos prières et nos supplications n'est omis; il n'y a rien qui ne soit pas contenu dans ce résumé de la doctrine céleste), (De Oratione Dominica, 9: CSEL, 3, 1, p. 272). 15. 15 Pour une vision générale du thème biblique du combat spirituel, voir: C. SPICQ, Théologie morale du Nouveau Testament, 2 vol., coll. «Etudes Bibliques», Paris 1965, vol. II, 165-228 e 292-380. Egalement: H. SCHLIER, Mächte und Gewalten nach den Neuen Testament, coll. «Quaestiones Disputatae» 3, Freiburg 1958 (tr. ital.: Principati e Potestà nel Nuovo Testamento, Brescia 1967); G. HELEWA, Il combattimento dell'«uomo nuovo» nel messaggio ascetico di Paolo Apostolo, in AA.VV., Ascesi cristiana, sous la direction E. Ancilli, Teresianum, Roma 1977, 72-115. 16. 16 «Soyez sobres, veillez. Votre ennemi, le diable, comme un lion rugissant va et vient cherchant qui dévorer. Résistez-lui fermes dans la foi...» (1 P 5,8-9). Paul exhorte lui aussi: «Veillez, soyez fermes dans la foi, comportez-vous en hommes, soyez forts» (1 Co 16,13; cf 1 Ts 3,8; 1 Co 15,58: Ph 4,1; Col 1,23; 2,6-7...). La «ruse du diable» (Eph 6,11) est essentiellement orientée contre la foi du disciple (cf Lc 22,31-32); celui-ci s'en défendra en demeurant «ferme dans la foi». La foi est menacée et tout à la fois est l'arme avec laquelle le disciple pourra «éteindre tous les dards enflammés du Malin» (Eph 6,16). Pour cette raison, la foi est également synonyme de victoire (1 Jn 5,4.5; aussi 2,14). Du reste, celui qui croit participe à la pâque du Seigneur - ce Seigneur mort et ressuscité qui a vaincu le monde et le prince de ce monde (cf Jn 12,31; 14,1.30; 16,11. 33...). 17. 17 Pour formuler son message ascétique, entièrement centré sur le thème du combat, Paul privilégiait le langage sportif et militaire: C. SPICQ, L'image sportive de Il Cor. IV,7-9, in Ephemerides Theologicae Lovanienses, 1937, 209-229; id., Gymnastique et morale, in Revue Biblique 54 (1947) 229-242; J. MOLAGER, Saint Paul et l'idéal chrétien du soldat, Lyon 1955; S. ZEDDA, Le metafore sportive di S. Paolo, in Rivista Bliblica 6 (1958) 248-251; J.P. LAFUENTE, El Cristiano en la metafora castrense de San Pablo, «Analecta Biblica», 18, Roma 1963, 343-358; V.C. PFITZNER, Paul and the Agon Motif. Traditional Athletic Imagery in the Pauline Literature, Brill, Leiden 1967. 18. 18 Eph 6,15: «et les pieds chaussés de promptitude pour l'Evangile de la paix». Il s'agit certainement d'un rappel de Is 52,7 (aussi 40,3.9), où on parle des «pieds du messager des bonnes nouvelles» «bonnes nouvelles» que sont la "paix" et le "salut". Dans la Vulgate on a cette traduction: «et calceati pedes in praeparatione evangelii pacis». Nous ne savons pas avec certitude la raison qui a poussé saint Albert à omettre cet élément. Peut-être l'a-t-il trouvé peu convenable au genre de vie celui des ermites du mont Carmel qui ne prévoyait pas une activité évangélisatrice proprement dite. 19. 19 Nous aimerions ici préciser quelques points. Il ne convient pas de distinguer dans la "panoplie" divine les armes "défensives" des armes "offensives", car une telle perspective n'est absolument pas envisagée tant par l'Apôtre que par saint Albert. Il ne convient pas non plus d'établir un rapport particulier entre chaque arme particulière ici mentionnée, et la valeur religieuse que chacune représenterait. Enfin, il faut affirmer que la liste des valeurs chrétiennes avec lesquelles le chrétien est invité à combattre est bien loin de se vouloir exhaustive: tant Paul que saint Albert auraient pu à cet effet indiquer aussi d'autres richesses de la grâce du Christ. Elles ne représentent que certaines indications, choisies parmi bien d'autres possibilités, de cette puissance divine globale qui agit dans les baptisés et leur assure la victoire. Tel est l'enseignement fondamental de la longue métaphore guerrière. L'existence chrétienne, parce qu'elle est attaquée par des puissances hostiles et parce qu'elle requiert fidélité et vigilance, force et persévérance, est comparée à un combat sans trêve. Le chrétien résistera aux embûches de ces puissances dans la mesure où il s'emploiera à s'autoréaliser dans le Christ Jésus. 20. 20 Il faut éviter l'erreur de croire que le silence est envisagé d'abord dans une perspective ascétique surtout "négative". Au début et à la fin de ce c. 16, il est en effet précisé que le silence est "culte de la justice". La justice dont il est question ici est celle qui consiste à rechercher avant tout à plaire à Dieu. Et à Dieu, nous sommes reconnaissants pour le fait que nous soyions capables de veiller et de résister aux tentations de l'ennemi. 21. 21 On "entre en tentation" quand on se laisse vaincre par le Tentateur. Comparée à un guet-apens ou à un piège, la tentation est un embûche dans laquelle le croyant peut "entrer", c'est-à-dire "tomber", et y être pris. Celui de fait qui "entre dans un piège" est quelqu'un qui "tombe dans un piège", qui succombe à une embûche disposée devant lui. C'est aussi le sens de la demande du "Pater Noster": «ne nous laisse pas entrer en tentation» (Mt 6,13; Lc 11,4). Il n'est pas demandé au Père de ne pas être tentés, mais d'être protégés par lui au moment de la tentation. "Je ne te demande pas de les retirer du monde, mais de les protéger du Malin" (Jn 17,15). |

![]()
[
English]
[
Italiano] [
Español] [
Français ] [
Deutsch]
[
] [
]
Updated
31 ott 2005 by
OCD General House
Corso d'Italia, 38 - 00198 Roma - Italia
++39 (06) 854431 FAX ++39
(06) 85350206