[News] [Curia]
[Addresses] 
++39 (06) 85443264 FAX ++39
(06) 85350249
ocdsec@pcn.net
|
L’objectif
de cette allocution est de répondre à la question : « Quel
principe utilisez-vous pour le discernement d’une vocation dans l’Ordre
Séculier ? Qui est appelé à être Carme Séculier ? Comment
distinguez-vous ceux qui sont appelés et ceux qui ne le sont pas ? Chez
les Frères et les Religieuses, ceux qui quittent l’Ordre ne sont pas
forcément de mauvaises personnes. On ne renvoie pas les gens d’un
monastère ou d’un couvent parce qu’ils sont moralement fautifs. C’est
une Vocation d’être membre de l’Ordre, qui nécessite d’être
identifiée pour le salut de chacun. Sinon l’Ordre (que ce soient les
Frères, les Religieuses ou les Séculiers), perdra son sens et son identité.
Je définirais un membre de l’Ordre
Séculier de Notre-Dame du Mont Carmel et de Ste Thérèse de Jésus comme membre pratiquant de l’Eglise Catholique qui, sous la
protection de Notre-Dame du Mont Carmel et inspiré par Ste Thérèse de
Jésus et St Jean de la Croix, s’engage dans l’Ordre pour chercher la face
de Dieu, pour le salut de l’Eglise et du monde.
Dans le développement, je distinguerai six éléments qui, réunis,
sont les éléments qui attirent les personnes vers l’Ordre, puis qui les
conduisent ensuite à s’identifier à l’Ordre de façon plus formelle.
« Membre pratiquant de l’Eglise catholique… » :
J’entends par-là,
Catholique Romaine, en référence à l’unité sous la direction de l’Evêque
de Rome, le Pape. La plupart des Catholiques romains sont de rite Latin.
Cependant il y a d’autres rites dans l’Eglise Catholique Romaine :
Maronite, Malabar, Melkite, Ukrainien, etc. Il y a des Fraternités de l’Ordre
Séculier dans tous ces rites. L’ensemble de l’OCDS du Liban est de rite
Maronite.
Le mot «pratiquant » définit pour une part une personne qui
appartient à l’Ordre Séculier. En effet, comme élément de base de la
pratique de la Foi Catholique, je suggèrerai la capacité entière de
participer à l’Eucharistie. L’Eucharistie est sommet et identité de la
Vie Catholique. C’est le point de rencontre du ciel et de la terre. Donc, si
quelqu’un peut participer à ce sommet, c’est que les points moins
importants lui sont certainement autorisés.
Dans la plupart des cas, autrefois, c’était assez simple à
déterminer. Les personnes qui arrivaient dans l’Ordre Séculier venaient de
paroisses où il y avait des Frères, ou parce qu’ils avaient rencontré des
Frères ou des Religieuses qui les avaient orientées vers l ‘Ordre
Séculier. Il y avait peu de divorce chez les Catholiques. La plupart des
situations étaient claires.
Il n’en est plus ainsi aujourd’hui. Les choses ne sont pas si
claires. C’est précisément là que l’Assistant Spirituel peut le plus
aider le Conseil d’une Fraternité de l’Ordre Séculier dans le
discernement des candidats. Je donne un exemple : une femme prend contact
avec une Fraternité de l’Ordre Séculier. Cette femme est connue de
certains membres du Conseil, qui savent qu’elle en est remariée. Ils savent
également qu’elle va régulièrement à la messe et participe aux
sacrements. Le Conseil demandera que les choses soient clarifiées avant d’admettre
cette personne en formation. Il y a diverses possibilités dans ce cas :
l’Eglise annule le premier mariage ou, en accord avec son confesseur, elle
et son mari vivront de façon telle qu’ils puissent participer aux
sacrements de l’Eglise. Une rencontre avec l’Assistant Spirituel
clarifiera les réponses possibles. Sans qu’il soit nécessaire de donner
trop d’explications, pour respecter la vie privée et la réputation due à
chacun en Eglise, il pourra indiquer au Conseil si il y a lieu d’admettre
cette personne dans l’Ordre Séculier.
L’Ordre Séculier est une branche juridique de l’Ordre des Carmes
Déchaussés. C’est une institution de l’Eglise Catholique Romaine qui est
soumise aux lois de l’Eglise. La Sacré Congrégation doit approuver sa
législation. En conséquence, celui qui n’appartient pas à l’Eglise
Catholique ne peut être membre de l’Ordre Séculier. Les non-Catholiques
qui s’intéressent à la spiritualité du Carmel sont sûrement les
bienvenus pour participer à tout ce à quoi la Fraternité peut les inviter,
mais ils ne peuvent devenir membre de l’Ordre Séculier.
Nous avons là un premier élément définissant l’identité d’un
membre séculier du Carmel : une personne qui participe à la vie de l’Eglise
Catholique. Bien sûr, il faut
quelque chose de plus car il y a des millions de personnes qui participent à
la Vie de l’Eglise Catholique, et qui n’ont pas le moindre intérêt pour
le Carmel.
On en arrive au deuxième élément : « sous la protection de Notre-Dame du Mont Carmel… »
Ce n’est pas
seulement une simple dévotion à Notre-Dame qui peut définir une personne
appelée dans l’Ordre Séculier. Il y a quantité de chrétiens qui ont une
grande dévotion à Notre-Dame, et dont la vie chrétienne a un aspect marial
très important. Il y a de nombreux chrétiens Orthodoxes ou Anglicans qui
sont très marials. Il y a beaucoup de Catholiques qui revêtent le scapulaire
pour quantité de bonnes raisons, et avec une sincère dévotion à Marie, et
qui ne sont pas appelés pour autant à
faire partie du Carmel Séculier.
Il y a des personnes qui s’orientent vers l’Ordre Séculier justement à
cause de leur dévotion en Marie, le Scapulaire, ou le Rosaire, et qui
pourtant n’ont pas vocation à faire partie de l’Ordre Séculiers du
Carmel.
L’aspect spécifique de la Bienheureuse Vierge Marie qui doit être
présent chez ceux qui sont appelés au Carmel, est une inclination à «garder
tout cela dans son cœur », phrase que l’Evangéliste
St Luc a utilisé deux fois pour décrire l’attitude de Marie envers
son enfant. Oui, tous les autres aspects de la vie et de la dévotion à Marie
peuvent être présents, dévotion au Scapulaire, au Rosaire, ou autres... Il
y a cependant un aspect secondaire dans ces divers dévotions mariales. Marie
est notre modèle de prière et
de méditation. Cet attrait pour apprendre à méditer, cette inclination à
méditer, est une caractéristique fondamentale de tout Séculier. C’est
peut-être l’aspect le plus fondamental.
Il arrive fréquemment de rencontrer des personnes qui cherchent à
entrer dans l’Ordre Séculier, qui sont parfois des prêtres diocésains,
qui ont une forte dévotion en Marie, ont participé à de nombreux
pèlerinages marials à travers le monde, sont familiers des nombreuses
apparitions et messages attribués à Marie, ou qui font véritablement
autorité en ce qui concerne les différents courants marials actuels. En
général, ils n’ont pas la moindre inclination à «méditer
intérieurement ». Ils veulent rapidement devenir les enseignants des
communautés pour ce qui concerne Notre Sainte Mère,
et font pression sur la communauté pour développer l’intérêt
envers Marie d’une façon absolument non Carmélitaine. Si cette personne
est un prêtre, c’est très difficile pour la communauté de se protéger de
ces déviances de vie mariale. Il
y a d’autres mouvements marials qui peuvent correspondre à la sensibilité
de cette personne, mais ce n’est pas l’Ordre Séculier.
De plus, à l’intérieur de la famille Carmélitaine Thérésienne, il
y a une place pour les gens dont la préoccupation première est la dévotion
au Scapulaire et Notre-Dame du Mont Carmel. Ce sont la Confraternité du
Scapulaire Marron, ou la Confraternité de Notre-Dame du Mont Carmel. Avant le
Concile, dans presque tous les pays où l’Ordre était présent, il y avait
de nombreuses demandes pour que soient érigées des Confraternités (Le
Scapulaire Marron, le Petit Enfant de Prague, et Ste Thérèse) dans
différentes paroisses et différents lieux. Les registres de ces
Confraternités ont été gardés au Secrétariat de l’Ordre Séculier.
Après le Concile, les demandes pour ces Confraternités ont presque toutes
disparues, à l’exception de celles de Pologne, du Mexique et des Etats
Unis.
Mon analyse est que, au lieu de constituer des Confraternités, les
nouveaux groupes, dans beaucoup d’endroits, ont fait immédiatement des
demandes pour être établis comme groupe Séculier de l’Ordre. Ainsi que je
le constate dans beaucoup d’endroits, particulièrement dans les territoires
missionnaires, cela aurait sans doute été préférable de démarrer par des
Confraternités, en permettant ultérieurement à celles-ci de devenir des
Fraternités de l’Ordre Séculier. Dans certains endroits, les Fraternités
de l’Ordre Séculier ne sont, en réalité, guère plus que des
Confraternités. Cela n’est pas insultant pour les Confraternités. Je veux
seulement dire que la motivation à entrer dans une Fraternité est autre que
celle pour entrer dans une Confraternité. Si l’Ordre Séculier a perdu son
attrait et sa raison d’être, c’est sans doute parce qu’il est devenu
moins que ce qu’il était appelé à être.
Marie, pour un membre de l’Ordre Séculier, est le modèle d’une
attitude et d’une disposition à l’intériorité. Elle attire et inspire
au Carme une voie contemplative pour comprendre la vie du corps mystique de
son Fils, l’Eglise. C’est elle qui conduit au Carmel. Et dans le programme
de formation que les personnes découvrent quand elles entrent au Carmel, c’est
cet aspect qui doit être développé. C’est pourquoi je dis que le second
élément est « sous la
protection de Notre-Dame du Mont Carmel ».
Un membre de l’Ordre Séculier de Notre-Dame du Mont Carmel
et de Ste Thérèse de Jésus est un membre pratiquant de l’Eglise
Catholique Romaine, qui, sous la protection de Notre-Dame du Mont Carmel et, inspiré
par Ste Thérèse de Jésus et St Jean de la Croix…
Ici, nous avons le troisième élément. J’ai mentionné à la fois
Ste Thérèse de Jésus et St Jean de la Croix, et je puis dire immédiatement
que j’inclus également Ste Thérèse de l’Enfant Jésus ou la
bienheureuse Elisabeth de la Trinité, ou encore Ste Thérèse Bénédicte de
la Croix (Edith Stein). Mais Ste Thérèse et St Jean de la Croix sont
essentiels.
Ayant mentionné tous ces grands de la tradition Carmélitaine, je
souligne l’importance de Ste Thérèse de Jésus à qui, selon notre
tradition, nous faisons référence comme notre Ste Mère. La raison en est
que c’est à elle que le charisme a été donné. Un peu partout on nous
appelle les Carmes Thérésiens. St Jean de la Croix a été le collaborateur
essentiel de notre Ste Mère dans
la refondation du Carmel, tant au plan spirituel que juridique. C’est
pourquoi on l’appelle notre St Père. Il serait difficile pour moi d’imaginer
un Carme déchaussé de quelque branche que ce soit qui ne soit pas attiré
par l’un ou par l’autre, sinon les deux : leur histoire, leur
personnalité et surtout leurs écrits.
Les écrits de Ste Thérèse de Jésus expriment le charisme des Carmes
Déchaussés. La spiritualité des Carmes Déchaussés a des fondations
intellectuellement très solides. On y trouve un enseignement, une doctrine.
Doctrine vient du Latin docere,
«apprendre ». Ceux qui veulent devenir Carmes déchaussés doivent
chercher à se former auprès des Maîtres du Carmel. On y compte trois
docteurs de l’Eglise : Thérèse, Jean et la petite Thérèse.
Une personne arrive en Fraternité, une personne pleine d’amour pour
la Vierge, voulant porter le scapulaire en l’honneur de Marie en signe de
consécration a son service. Cette personne prie beaucoup, mais ne juge pas
utile de lire ou d’étudier la spiritualité du Carmel Thérésien. Cette
personne essaye de lire l’un ou l’autre des Docteurs Carmélitains, mais n’y
trouve pas suffisamment d’intérêt pour poursuivre jusqu’au bout sa
lecture. Pour moi, cette personne est bonne, et peut entrer dans une
Confraternité comme celle du Scapulaire Marron, mais elle n’a certainement
pas vocation à entrer dans l’Ordre Séculier.
La formation d’un Carme Théresien comporte un certain aspect
académique. Il y a une base intellectuelle à la spiritualité et à l’identité
de celui qui est appelé dans l’Ordre. Et chaque Séculier représente l’Ordre,
de la même façon qu’un Frère ou une Religieuse. Un Carme qui ne trouve
plus d’intérêt à étudier ou approfondir la racine de son identité par
la prière et le travail perd son identité et ne peut plus représenter l’Ordre.
Pas plus qu’il ne pourra parler au nom de l’Ordre. Souvent, en écoutant
parler des Carmes, il apparaît évident que ceux-ci n’ont pas dépassé ce
qu’ils ont entendu pendant leur formation, des années auparavant.
Cette base intellectuelle est le fondement d’une attitude ouverte à l’étude.
Elle conduit à un intérêt de plus en plus fort pour l’Ecriture Sainte, la
Théologie et les textes de l’Eglise. Traditionnellement, la colonne
vertébrale de la vie spirituelle se forme grâce à la lecture spirituelle,
la lectio divina, et du temps consacré à l’étude. Une bonne formation
dépend d’une bonne information. Quand l’information est mal faite, ou
inexistante, ou incorrecte, la formation est stoppée, provoquant la confusion
chez le Séculier. Si, par malchance, il est donné à ce Séculier des
responsabilités dans la Fraternité, celle-ci va souffrir. Cela arrive autant
chez les Frères et Religieuses que chez les Séculiers.
Pour certaines raisons incroyables que je n’ai jamais pu comprendre,
certains Carmes considèrent qu’avec l’Ordre ils sont dispensés d’écouter
l’Eglise, ou de suivre les indications données par les documents d’Eglise.
C’est souvent le cas chez les Séculiers. Tout ce que le Saint Père dit
dans Christifideles Laici est
parfait pour les autres, mais « Nous sommes Carmes, donc différents.
Nous n’avons pas a faire ce que font les autres, car nous
prions ». Mauvaise formation basée sur une mauvaise information.
Cette base intellectuelle ou académique est extrêmement importante, et
a cruellement manqué à de nombreuses Fraternités. Il n’est pas question d’être
«un intellectuel » pour pouvoir devenir Séculier. Il est question de
devenir intelligent pour chercher la Vérité sur Dieu, sur l’autre, sur la
prière, sur l’Ordre et sur l’Eglise. L’Obéissance a longtemps été
associée à l’intelligence et à la vertu de Foi. Obéissance signifie
« ouverture à l’écoute » (ob
+ audire en Latin). C’est une attitude radicale de la personne qui lui
permet d’aller au-delà de ce qu’elle connaît.
L’éducation également vient du Latin (Ed + ducere : conduire au-delà de). Ste Thérèse décrit la
personne qui est dans les troisièmes demeures comme étant pratiquement
figée et incapable de bouger. La caractéristique de ces personnes fixées
dans les Troisièmes demeures est qu’elles veulent donner des leçons à
tous les autres. Elles savent tout. En réalité, elles ne savent pas obéir,
et sont inenseignables. Je veux dire qu’elles sont fermées sur elles-mêmes
et incapables d’apprendre quoique ce soit.
J’ai passé beaucoup de
temps sur ce point car il est primordial pour l’avancée de l’Ordre
Séculier.
Le quatrième élément de la définition du Carme Séculier est « qui
s’engage dans l’Ordre ». Il y a quantité de Catholiques
engagés, qui ont une dévotion pour la Vierge, et qui peuvent même être des
experts de Ste Thérèse, St Jean de la Croix, ou de l’un ou l’autre de
nos Saints, mais qui n’ont pas vocation à entrer dans l’Ordre Séculier.
Ces personnes là peuvent bien être des contemplatifs, ou même des ermites,
et passer des heures chaque jour à la prière et à l’étude, mais ne pas
avoir la vocation du Carmel. Quel est l’élément qui différencie ces
personnes de celles qui sont appelées à suivre davantage le Christ en tant
que Carme Séculier ?Ce n’est pas la spiritualité, ni l’étude, ni
la dévotion à Marie. Pour dire les choses simplement, le Carme Séculier est
conduit à s’engager dans l’Ordre et dans l’Eglise. Cet
engagement, sous forme de Promesses, est un acte d’Eglise et acte de l’Ordre,
en plus du fait qu’il constitue
un événement dans la vie de la personne qui s’engage. D’une façon ou d’une
autre, si l’on considère les contextes familiaux, professionnels et sociaux
dans lesquels elle évolue, la personne qui s’engage est caractérisée
comme appartenant au Carmel.
Ainsi que je l’ai dit, il s’agit d’un acte d’Eglise et d’un
acte de l’Ordre. C’est pour cette raison que l’Eglise et l’Ordre sont
essentiels, en accord avec le candidat, pour accepter et approuver l’engagement
de la personne. C’est aussi pour cette raison que l’Eglise et l’Ordre
indiquent les conditions et définissent le contenu des Promesses. Une
personne peut bien vouloir s’engager à certaines choses, comme par exemple
à l’oraison quotidienne ou à la récitation de l’Office. Mais c’est l’Eglise,
à travers l’Ordre, qui établit les bases et les grandes lignes d’orientation
de cet engagement.
Le Séculier appartient au Carmel. Le Carmel n’appartient pas au
Séculier. Ce que je veux dire par-là, c’est qu’apparaît une nouvelle
identité, développée à partir de l’identité baptismale qui devient un
indispensable point de référence. De même que l’Eglise est un point de
référence pour le baptisé (le baptisé appartient à l’Eglise), de même
le Carmel devient le point de référence du Séculier. Plus quelqu’un
devient « Catholique », plus il reconnaît la catholicité de l’Eglise.
Plus quelqu’un devient Carme, plus il reconnaît également la catholicité
du Carmel. En fait, une personne qui s’engage au Carmel dans l’Ordre
Séculier découvre que le Carmel est indispensable à son identité de
Catholique.
C’est parce que les Promesses sont les moyens par lesquels on devient
Carme Séculier que la formation aux Promesses est si importante –
formation, et formation continue. Dans la plupart des programmes de formation
que j’ai vus ou qui sont au Secrétariat, les Promesses m’ont semblées
être présentées très sommairement, presque comme un point mineur. Et je n’ai
vu aucun programme indiquant la nécessité de la formation continue dans les
Promesses. La seule possibilité de formation continue est la formation aux vœux,
mais qui est limitée à ceux qui prononcent des vœux.
Un aspect important de cet engagement et l’engagement dans la
Fraternité. Une personne qui désire devenir membre de l’OCDS doit être
capable d’assumer une vie communautaire, d’appartenir à un groupe qui
tend vers un but commun, d’être attentif aux autres membres du groupe, d’être
capable de rechercher une vie de prière, et d’accepter l’aide des autres.
Cela est valable également pour les personnes qui, pour des raisons diverses,
ne peuvent participer activement à la vie communautaire. Dans la formation
future donnée dans les Fraternités, cette caractéristique sociale sera à
développer. On peut être introverti et silencieux, tout en restant sociable
et apte à mener une vie communautaire. Et on peut être extraverti et
incapable de mener une vie communautaire. Dans ce domaine, il faut user de bon
sens. Se poser la question : « Comment cette personne
pourra-t-elle aider la communauté dans dix ans ? »
Il y a aussi
la question des personnes qui appartiennent à d’autres mouvements – par
exemple le Néo-Catéchuménat, les Focolaries, les Mouvements mariaux de
prêtres, le Renouveau Charismatique. Si la participation d’une personne à
d’autres mouvements n’interfère pas avec l’engagement de cette personne
dans le Carmel et que cette personne n’introduit pas d’éléments
incompatibles avec la spiritualité de la Communauté de l’OCDS, alors, il n’y
a généralement pas de problème. C’est quand une personne distrait la
Communauté par ses propres suggestions et modes de vie spirituelle que les
problèmes commencent. Parfois il y a des gens si perturbés qu’ils viennent
au Carmel pour y parler de Notre-Dame de Medjugorjie et qui vont à
Medjugorjie pour y parler le la prière Thérésienne.
Le point le plus important
est que cette personne doit choisir l’Ordre Séculier et que son
engagement y soit plus important que dans les autres groupes ou mouvements. Cet engagement
en Eglise à travers le Carmel a deux sens et raison d’être qui sont
exprimés dans les deux derniers éléments de la définition que je fais d’un
Carme Séculier.
Le cinquième
élément de cette définition est « chercher
la face de Dieu ». Cet élément exprime le contenu des Promesses.
Je pourrais exprimer de différentes façons cet élément par :
« prier », « méditer », « avoir une vie
spirituelle ». J’ai choisis « chercher la face de Dieu »
en référence aux Ecritures et parce que cela exprime la nature de la
contemplation : la recherche de Dieu à travers sa Parole et ses œuvres
de façon à le connaître, l’aimer et le servir. L’aspect contemplatif d’une
vie Carmélitaine est axé sur Dieu, en reconnaissant toujours que la
contemplation est un don de Dieu , jamais acquis par soi même à la force du
poignet. C’est un engagement à une sainteté de vie. Le Séculier cherche
Dieu, veut connaître Dieu et reconnaît que la prière et la méditation sont
pour lui essentielles. Les promesses sont l’engagement à une nouvelle
façon de vivre où «la
fidélité à Jésus Christ » imprègne la personne et sa façon de
vivre.
La vie
intérieure du Carme Séculier devient contemplative. Le style de vie change
par l’accroissement des vertus qui accompagnent la croissance dans l’Esprit.
Il est impossible de vivre une vie de prière, de méditation et de travail
sans changer intérieurement. Cette nouvelle façon de vivre envahit tout l’être.
La plupart des membres de l’Ordre Séculier qui sont mariés et qui ont une
famille constatent que l’engagement dans l’Ordre enrichit leur engagement
dans leur couple et leur famille. Ceux qui ont une vie professionnelle y
constatent un engagement plus fort pour la justice sur leur lieu de travail.
Ceux qui sont célibataires, veufs ou séparés trouvent dans leur engagement
à la sainteté une source de grâce et de force qui donne sens à leur vie.
Voilà le résultat direct de « chercher la face de Dieu ».
Est-ce que l’essence
du Carmel est la prière ? J’entends ou je lis souvent cette
affirmation. Je ne suis pas pour autant certain de la façon d’y répondre.
Non pas que je ne sache pas ce qu’est la prière ou que la prière n’ait
pas une très grande importance pour tout Carme, mais parce que je ne sais
jamais ce que celui qui parle ou écrit cherche à justifier par cette
affirmation. Si cette personne veut dire par prière « sainteté
personnelle et la recherche d’une spiritualité authentique qui reconnaît
la toute puissance de Dieu et la volonté de Dieu sur l’homme », alors
oui, je suis d’accord. Si la
personne veut dire qu’en tant que Carmélite mes seules obligations sont d’être
fidèle à mes prières et que je n’ai besoin de rien d’autre, alors non
je ne suis pas d’accord. La sainteté
personnelle n’a rien à voir avec le fait de tendre à la sainteté. Pour un
membre de l’Eglise baptisé, la sainteté est toujours ecclésiale, jamais
centrée sur elle-même, ni satisfaite d’elle-même. Je ne suis jamais le
juge de ma propre sainteté. (Nemo judex in causo suo)
Je me
sanctifie par la pratique des vertus, qui est le résultat direct d’une vie
de prière en cherchant Dieu dans sa vie. C’est le secret des Carmes. La
prière ne nous rend pas saint. La prière est l’élément essentiel de la
sainteté chrétienne (Carmélite) car elle est le contacte fréquent et
nécessaire pour être fidèle à Dieu. Ce contacte permet à Dieu de faire Sa
volonté dans ma vie, ce qui ensuite annonce au monde entier la présence et
la bonté de Dieu. Sans le contact dans la prière, je ne peux pas connaître
Dieu, et Dieu ne peux pas être connu par les autres.
Chercher la
face de Dieu demande une énorme discipline - au sens original et classique du
terme – disciple, celui qui apprend. Je dois reconnaître que je suis un
éternel étudiant. Je ne serai jamais un maître. Je suis toujours surpris
parce que Dieu fait dans le monde. Dieu est définitivement un mystère. Les
clefs de l’existence de Dieu me passionnent toujours. Je les trouve dans les
événements de la vie, que je sois célibataire, veuf, marié, en famille, au
travail ou en retraite. Mais ils ne sont reconnaissables et clairs qu’à
travers la prière, et l’observation à partir du cœur. L’appel à la
sainteté est un désir brûlant dans le cœur et l’esprit de celui qui est
appelé dans l’Ordre Séculier. C’est un engagement que le Séculier doit
prendre. Le Séculier est conduit à la prière et trouve dans la prière son
domicile et son identité.
Cette prière,
cette recherche de la sainteté, cette rencontre avec le Seigneur rend le
Séculier davantage acteur de l’Eglise. Et comme membre engagé de l’Eglise,
la vie d’un Séculier est plus ecclésiale. Plus la vie de prière grandit
plus elle produit des fruits dans la vie personnelle (accroissement des
vertus) et dans la vie Ecclésiale de la personne (apostolat).
Cela
me conduit au sixième élément de la définition : « Pour le
salut de l’Eglise et du monde ».
C’est le développement le plus récent dans la compréhension de la place
du Séculier dans l’Ordre et dans l’Eglise. C ‘est le résultat de
l’émergence de la théologie sur le rôle des laïcs dans l’Eglise et de
l’application de cette théologie à l’Ordre. En commençant par le
document du Concile Vatican II sur l’Apostolat des laïcs, puis ses fruits
avec le Synode des laïcs en 1986 et celui de la Vie Consacrée en 1996 (Cristifideles
Laici et Vita Consecrata) , l’Eglise a constamment souligné la
nécessité de l’engagement des laïcs pour répondre à ses besoins et aux
besoins du monde. Ste Thérèse avait la conviction que la seule preuve de
prière était l’accroissement des vertus, et que les fruits indispensables
d’une vie de prière étaient les bonnes œuvres.
Parfois j’entends
un Séculier dire « le seul apostolat d’un Séculier c’est la
prière ». Ce qui fausse ce constat est le mot seul. Une attitude
obéissante et priante envers les documents de l’Eglise fait apparaître
clairement que le rôle des laïcs dans l’Eglise a changé. La Règle
de Vie disait qu’il était
indispensable pour chaque Séculier d’avoir un Apostolat individuel. Ce que Cristifideles
Laici met en lumière est l’importance de chaque Association d’Eglise,
et l’OCDS est une Association dans l’Eglise, pour développer des
« groupes apostoliques ». De nombreux Séculiers, quand ils m’entendent
parles de « groupes apostoliques » s’imaginent que je parle de
communautés entières investies dans quelque chose qui prendrait des heures
et des jours. Ce n’est pas du tout ce que « groupe apostolique »
veut dire. Le paragraphe 30 de Cristifideles Laici donne les principes de base de « l’ecclésialité »
des Associations, et établit la liste des fruits de ces principes. Le premier
sur la liste est un désir renouvelé pour la prière, la méditation, la
contemplation et la vie sacramentelle. Ce sont exactement les voies du Carmel.
Combien de personnes attendent de connaître ce que nos docteurs de l’Eglise
du Carmel ont à dire ! Si chaque Carme s’occupait de répandre le
message du Carmel, combien de personnes y verraient plus clair dans leur vie
spirituelle ! Allez vous promener dans une librairie et regardez toutes
les stupidités divulguées dans les rayons du secteur «mystique ».
Chaque
Fraternité devrait, en tant que Fraternité, répondre à la question :
« Que pouvons-nous partager avec les autres que nous avons reçu par
notre appartenance au Carmel ? »
Nous, en tant que Carmes, pouvons aider à faire du nettoyage en faisant connaître ce que nous savons. C’est une responsabilité. Ainsi que je l’ai dit à Mexico, être Carme n’est pas un privilège, c’est une responsabilité, à la fois personnelle et ecclésiale. Ainsi que je le disais au début, ce n’est pas un seul de ces éléments qui permet de discerner si une personne à la vocation d’entrer au Carmel Séculier, c’est l’ensemble qui fait la différence. Dans la description que je viens de faire, il y a les grandes lignes d’un programme de formation. Mais ce sera un sujet pour une autre occasion.
|